Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Voilà maintenant plusieurs mois que j’ai été hospitalisé à Clocheville puis dirigé vers Pen Bron que j’ai quitté le cœur bien serré…


Le mois de juin est arrivé à grande vitesse  plus vite que je pensais, les beaux jours se sont installés, le soir le soleil ne se couche plus si tôt et les journées sont de plus en plus longues.
C’est la période que je préfère le plus, même encore maintenant j’aime quand tard le soir il fait encore jour je profite à fond de chaque moment de chaleur…


Depuis le 5 décembre 1974, je ne me suis tenu debout sur mes deux jambes alors que je n’en avais pas le droit.


Comme je vous l’ai raconté, ne pas marcher pour un enfant est bien plus simple et accepté que par un adulte, mais là même avec mes béquilles le temps me semble long et pourtant bien d’autres enfants ou adultes n’ont pas cette chance, je sais en moi qu’un jour je remarcherai, je peux si je le veux lâcher mes béquilles et me tenir debout comme tout le monde.
Mais depuis ce jour ou j’ai désobéi au professeur Glorion je n’ai pas essayé une nouvelle fois de le faire j’ai eu bien trop peur.
Vous allez sourire, mais j’ai l’impression que je vous parle souvent d’une seule et unique journée de la semaine le mercredi mais je n’y peux rien mes rendez vous à Clocheville sont le mercredi, journée des enfants donc en ce mois de juin une nouvelle fois nous prenons la route pour Tours.
Mes parents ont pris une journée de congé, je pense et nous sommes là sur cette route que je connais que trop bien, à un point ou je pourrais les yeux fermés savoir ou je suis.
Mes béquilles posées à coté de moi dans la voiture se repose un peu, je suis là, le front posé sur la fenêtre et je regarde défiler les paysages si familier pour moi, la vitre légèrement ouverte m’apporte un peu d’air et m’aide à ne pas avoir mal au cœur tout du moins j’ose espérer que cela ne me prendra pas de suite.
La route, la route… toujours et encore prendre cette route, je connais tous ces villages chaque nid de poules et comme à chaque fois une foule de camions devant nous à doubler.
Mon père a l’habitude de rouler et ne se gêne pas pour doubler rapidement chaque camion qui nous ralentit pour joindre l’hôpital et arriver à l’heure.
Il faudra déjà trouver une place de parking et à chaque fois la même galère, Clocheville est un super hôpital mais en plein centre ville et jour de marché il est très rare de pouvoir trouver une place ou alors vous la trouvez du premier coup et la vous vous dîtes que la chance est avec vous…
Ce jour là oui la chance était présente, on se gare rapidement et juste le long du trottoir à coté des portes d’entrée, nous ne pouvions pas trouver mieux.
Hier soir ma mère et ma tante étaient là dehors sur le trottoir devant ma maison elles m’ont pris chacune par un  bras et là j’ai lâché mes béquilles et elles m’ont fait marcher en me soutenant,
J’ai fait ces quelques pas bizarrement, je n’avais pas la sensation d’être mieux qu’avec mes cannes, elles me tenaient de manière à m’aider un peu à marcher, je ne comprenais pas trop je n’ai pas le droit de marcher sans béquilles !!!
La devant l’entrée une nouvelle fois je descends de voiture un peu barbouillé et dès que je prends ma première bouffée d’air, une envie de vomir me prend, Je ne peux me retenir et la je vomis debout appuyé sur mes béquilles, je vomis ce que je n’ai pas mangé ce matin, ca me tire dans le ventre, j’ai l’impression d’étouffer mais ça me lance tellement à l’intérieur de moi que je ne peux retenir des hauts de cœur.
Après quelques instants j’essaie à nouveau de reprendre un peu d’air dans mes poumons, je respire difficilement et mes yeux sont remplis de larmes à force d’avoir essayé d’évacuer de mon corps ce qui me gêne.
En fin de compte rien ne me gêne non mon mal au cœur vient à nouveau de la voiture comme à chaque fois mais là, j’ai réussi à tenir jusqu’à l’arrivée ce qui est déjà un exploit.
Nous nous dirigeons vers le premier étage, lieu des rendez vous, comme à chaque fois la salle est pleine alors qu’il est à peine 9 heures.
Des enfants comme moi viennent de partout, des villes éloignées de Tours et d’autres sont de la région.
Ils jouent tous avec les jeux mis à dispositions par l’hôpital ou certains sont la assis et dorment sur les genoux de leur maman. Ceux qui dorment sont souvent les plus petits, les plus jeunes d’entre nous.
Moi je suis assis sur une chaise, j’attend mon tour pour rencontrer le professeur Glorion,
comme à chaque fois un petit passage dans le cabinet et direction service des radios,
Encore une fois on me demande de m’allonger on m’aide un peu à m’installer sur cette table froide et dure,  on me demande de rentrer mes pieds l’un contre l’autre, une sorte de V à l’envers, afin de bien mettre en valeur mes têtes de fémur pour que l’image donne un meilleur aperçu de celle-ci, plus besoin de me le dire je le sais qu’il faut les mettre comme cela mes pieds je connais le rituel par cœur…
Elle m’installe et se dirige vers la petite cabine j’entends comme un bruit de moteur et là une nouvelle fois je retiens ma respiration avant même que la radiologue me le demande, ça aussi je l’ai compris.
Le bruit monte un peu plus et j’entend un bruit un peu plus fort ca y est le clicher est pris, elle revient à nouveau vers moi et là me demande de m’installer différemment, de me mettre sur le coté, elle me cale mon dos avec des mousses de manière à ce que je ne glisse pas, j’ai une position pénible, car ma hanche appuyée contre la table dure me gêne, j’ai hâte que ces deux radios soient faites, se sont  les plus douloureuses.

Voila, maintenant elle me laisse sur la table, les radios sont faites et je dois attendre avant de me rhabiller pour savoir si celles-ci sont bien faites et nettes sinon il faudra recommencer.
J’attends quelques minutes et là elle revient, me dis que tout est parfait et que je peux retourner dans la cabine pour me rhabiller.
Une toute petite cabine ou tout à l’heure je me suis déshabiller, la je m’assois sur la chaise et remets mon pantalon difficilement vu le peu d’espace qu’il y a, je ressors dans le couloir ou m’attendent mes parents et on leurs remet les radios de contrôle.
Voila à nouveau la salle d’attente … pour ça elle porte bien son nom attendre, attendre, toujours attendre que l’on appelle votre nom pour enfin vous retrouver face au professeur.
Nous rentrons dans la pièce, il est la derrière son bureau avec des internes autour de lui,
Chaque interne qui travaille auprès du professeur Glorion ont la chance d’avoir d’évoluer prés d’une personne si importante dans la chirurgie, pour moi cette personne est immense non seulement dans sa grandeur mais par la personnalité qu’il dégage.
Combien d’enfants aura-t-il opéré ? Combien de gosses comme moi lui devons d’avoir eu la chance qu’il s’occupe de nous ?
Je croiserai dans les années à venir d’autres chirurgiens et tous m’auront impressionné par leur gentillesse leur dévouement.
Un des internes installe les radios dans le petit appareil d’où une lumière fait que celles-ci sont d’une visibilité parfaite.
Le professeur se relève après avoir regardé mon dossier, il se dirige vers mes radios la il commente d’une voix grave ce qu’il regarde il à l’air très content de moi et de son travail, il regarde et dit que tout est très bien consolidé que l’on va pouvoir envisagé d’ici les vacances de février ou avril l’ablation des plaques et que mes hanches sont saines mais qu’il attend de voir l’évolution dans les années à venir.
Une secrétaire prend note de chaque mot à une vitesse folle, puis il s’installe sur une chaise en bout de salle et me demande de venir vers lui.
Avec mes cannes je me dirige rapidement vers lui, je m’arrête il me demande de me m’être debout bien droit ce que je fais, mais j’ai des difficultés à rester debout même encore maintenant.
J’essaie de me tenir le plus droit possible, il passe ses mains sur mon bassin puis sur mes hanches et sur mon dos, là encore il dira quelques mots que prendra en note la secrétaire, puis il me regarde droit dans les yeux, il glisse ses mains sur mes béquilles et me les retire !!!
Je suis debout oui debout sans aucun appui, je reste debout je ne vacille pas d’un poil, il me demande comment je me sens  !!!
Pour moi tout va bien je suis étonné mais je suis debout et je me sens très très bien.
Là toujours debout, il me demande de marcher sur la bande de moquette grise et de faire quelques pas, je marche jusqu’au bout de celle-ci et je fais demi tour et reviens vers lui, je fais encore quelques aller-retour et je le rejoins, ses mains frôles la peau de mes hanches, il me sourit.
Je suis heureux, je marche comme avant … enfin je crois !!!
Il dit que mes cicatrices ne sont pas très jolies mais que cela s’arrangera à la prochaine opération, il les reprendra.
Il nous redonne un rendez vous et nous le quittons tous debout, moi comme mon père et ma mère, je suis la debout je marche…
Mon père a pris les béquilles dans ses mains et nous repartons, nous descendons l’escalier nous permettant de rejoindre le rez-de-chaussée, ça me fait bizarre une légère sensation qu’à chaque marche mes jambes sont molles.
Mais je marche, je descends doucement chaque marche une à une et je suis heureux.

Articles récents

Hébergé par Overblog