Partager l'article ! Premier jour à Pen Bron: Je suis arrivé la veille, en début d'après midi. Après avoir pris possession de ma chambre, je suis allé march ...

Pour Les Enfants de Pen Bron - Centre Hélio Marin - La Turballe
Je suis arrivé la veille, en début d'après midi. Après avoir pris possession de ma chambre, je suis allé marcher, reprendre en quelque sorte mon histoire, chercher des points de repère que j'ai gardé en mémoire, cette mémoire d'enfant si présente en moi, et mes premiers pas m'ont naturellement porté vers l'océan...
Après quelques péripéties avec mes prises de sang matinales, je rencontre le docteur, elle m'examine, le dialogue
s'installe et elle m'explique que les jours suivant l’admission sont consacrés à une prise de contact avec l’ensemble des professionnels de santé qui allaient m’entourer durant mon séjour. Ensuite, un planning sera élaboré…
...Le docteur me laisse, je prends ma canne, je m’y suis fait et je vais jusqu’à la jetée qui entoure le centre pour regarder l’océan. Ces quelques
instants me ressourcent vraiment.
L’heure du repas arrive, je me dirige de
nouveau vers la salle à manger, mais de façon plus posée, je prend un peu plus confiance en moi…C’est incroyable comme les repas sont importants lorsqu’on est hospitalisé, ils rythment la journée…Un repère essentiel, il est vrai aussi que c’est un rendez-vous privilégié
pour se connaître et tisser des liens.
Quelques personnes sont déjà installées, je vais m’asseoir et tourne ma chaise face à l’océan en attendant qu’on nous serve les repas Je préfère attendre que Jocelyne et Rémy soient arrivés pour commencer, nous sommes à la même table.
Ils arrivent légèrement en retard mais retard tout à fait excusable, tous les deux
reviennent soit de la kiné, soit de la piscine.
Rémy bougonne un peu et je suis obligé de sourire en me retournant pour être avec eux.
Jocelyne lui parle alors gentiment, et il finit par se détendre et même sourire… Rémy est ainsi, il
faut qu’il râle un peu mais derrière cela c’est un homme vraiment agréable.
Nous commençons notre repas et un quatrième plateau est déposé à
la place inoccupée depuis que je suis arrivé.
Une femme arrive en fauteuil roulant électrique et se dirige vers notre table. On lui indique que c’est ici qu’elle devra prendre ses repas.
On dit que la gentillesse se lit dans le regard, alors oui cette femme est, et cela se confirmera, vraiment agréable et attachante. Elle oriente son fauteuil afin de s’installer puis elle coupe
le contact, si j’écrits cela, c’est qu’il y a une raison mais je la dévoilerais un peu plus tard.
Elle nous salue et nous souhaite un bon appétit, une phrase qui a son importance, elle sera à chaque repas reprise, ici on mange, on vit ensemble.
Un dialogue s’installe mais je me fais toujours aussi discret, j’écoute mais je ne suis pas le seul à réagir comme
cela, Bernadette, oui le prénom de la toute nouvelle arrivée est Bernadette et elle aussi écoute,
mange et ne dit pas un mot.
Jocelyne se sert un verre d’eau et en propose à tout le monde, un geste simple qui instaure une règle commune de courtoisie, nous sommes tous les
quatre et on apprend à être ensemble, dans un bon état d’esprit.
La personne qui gère les menus était venu me présenter ce qui était prévu pour la semaine. Tout me convenait dans les plats proposés. Il est possible néanmoins de changer.
C’est vrai que pour l’instant les repas sont très corrects, ce qui n’est pas toujours le cas dans les établissements de santé.
Quelques fois je souris à écouter Jocelyne, et je sens qu’autour de cette table, la table des Nadines, la bonne humeur et la convivialité vont très vite s’installer.
Je souhaite reprendre un verre d’eau, j’en propose à Bernadette et Rémy.
Je repose le pichet tranquillement quand Jocelyne me dit "merci de me l’avoir demandé si gentiment", je la regarde, et à cet instant, je me trouve bête et elle se met à rire en me disant "je prends la peine de te servir et à moi tu me proposes même pas, d’accord tu veux m’ignorer !" et là elle éclate de rire. Que c’est bon d’entendre rire…
Au moment où j’écris ces lignes, j’écoute les musiques du blog, je regardais les photos…Je pense très souvent à mon séjour, je revis les bon moments passés à Pen Bron et c’est vrai, je suis un peu nostalgique.
J’ai rendez vous à 14h30 avec un kiné, j’ai hâte d’y être car j’ai
beaucoup d’interrogations sur le déroulement du séjour, mais je suis assez tendu, j’espère être à la hauteur, et pouvoir mener au mieux ces semaines de rééducation.
Il va me falloir expliquer, énumérer toutes les interventions, opérations que j’ai pu avoir…un historique de ma maladie, encore et encore… mais je sais que cela est nécessaire, pourtant parfois, je vous confie bien que c’est assez lourd… c’est comme si à chaque fois, la maladie m’envahissait un peu plus, et je me tiens derrière elle, elle est prégnante, c’est elle qui a les honneurs. Je vais répondre une nouvelle fois pour elle aux questions posées, elle, l'ostéochondrite bilatérale…
On m’a indiqué où je devais me rendre et après le repas je suis allé en "éclaireur".
Pour le moment, je suis sur un banc, face à l’océan, et je suis du regard les oiseaux marins, mouettes ou goélands. Le ciel prend toutes les nuances qui vont du bleu au gris, le temps change avec la marée.
Bien souvent décriée comme une région où il pleut souvent, je peux témoigner qu’il ne pleut certainement pas plus ici qu’ailleurs.
Ce qui me ravit ici, c’est que les paysages sont infiniment différents, chaque heure du jour propose sa palette de couleurs, mais aussi ses odeurs, ses bruits… Chaque vague en appelle une autre, et l’onde est douce quand la mer est calme, elle nous berce, et quand c’est avec fracas que les vagues battent le muret et bien ce sont les yeux qui s’écarquillent d’étonnement devant un tel spectacle.
Il suffit de regarder, parfois de deviner, d’aller aussi au fond de soi et d’inscrire dans sa mémoire toutes ses nuances.
Mais l’heure est venue
d’aller faire connaissance avec mon kiné.
Je longe les bâtiments pour arriver devant une porte vitrée électrique qui s’ouvre devant moi, comme toute les portes d’ici.
Je traverse une pièce où se trouve, sur ma gauche, un distributeur de boissons et devant moi un couloir en plexis glace arrondi au plafond qui m’emmène jusqu’à un autre hall, séparant sur ma gauche la "salle kiné" et sur ma droite l’accès aux vestiaires qui
rejoignent la piscine.
J’avance et pénètre dans cette salle immense où déjà des malades sont à travailler avec les kinés et les stagiaires.
Je ne sais toujours pas qui va s’occuper de moi et lui comment va-t-il savoir qui je suis, je reste donc près du bureau, je suis un peu la mal à l’aise, je regarde autour de moi.
Il y a trois personnes bloquées dans des appareils qui servent a maintenir debout les personnes en fauteuil, il
doit être important que les personnes ne pouvant plus marcher soient debout dans ces appareils. Ces personnes lisent des revues ou magazines.
A l’entrée, se trouve un père, je suppose, avec ses deux enfants. Il prend tranquillement des photos de la salle, enfin il doit prendre une personne
mais elle est loin de lui, donc il a tout le monde dans son viseur.
Je suis à nouveau un peu gêné de voir cette personne faire ces photos.
Je détourne les yeux parfois et regarde un planisphère accroché au mur en attendant que quelqu’un vienne me chercher.
Une personne s’avance vers moi, me demande mon nom et il se présente en me disant qu’il est Hugo le kiné qui allait s’occuper de moi pendant mon
séjour à Pen Bron.
Il a l’air très jeune, un peu plus grand que moi, mais ce n’est pas difficile d’être plus grand que moi…
L’expression de son visage et sa façon de se présenter à moi me plaisent, je me dis que cela devrait bien se passer, la prise de contact est
très bonne.
Hugo m’indique une table où je dois m'installer.
Là commencent les questions tant
redoutées sur ma maladie, et pourquoi je suis de nouveau en rééducation mais je lui réponds posément, tout vient d’un coup
Et il me demande pourquoi je viens à Pen Bron alors que je suis de Châteauroux. Je lui raconte mon histoire et pourquoi Pen Bron et surtout Pen
Bron.
Le courant passe très bien entre nous, il prend mes jambes, mesure ma tolérance jusqu’à ce que la
douleur apparaisse puis il teste les muscles du dos.
Il sent une grande raideur musculaire et m'indique que pour l’instant nous allons va faire de la kiné
passive et que d’ici à mercredi ou jeudi, une fois que mon dossier sera un peu plus complet, et avec
les médecins, il établira un planning de travail.
Je ne peux pas lever mes jambes bien haut, tout est bien bloqué, alors il commence tranquillement. A assis en face de moi, il saisit une jambe l’une après l’autre et les étire doucement.
A chaque fois il me dit de lui indiquer jusqu’où il peut aller et s’arrête. Il maintient la jambe dans cette position et masse mes muscles en même temps.
Quand j’ai mal, je commence à sourire, j’ai pris cette habitude, alors il est vrai que cela peut faire bizarre mais c’est pour moi le seul moyen que j’ai trouvé pour rassurer mon entourage quand de violentes douleurs me
prennent.
Je me souviens avoir été très mal, je souffrais tant que mes jambes ne me tenaient plus et il m’arrivait de tomber. Et là tout le monde s’affole ne
sachant que faire. Alors pour pallier à la crainte, à la peur que je pouvais lire dans le visage de mes proches, j’ai trouvé ce subterfuge. J’ai mal,
je tiens ma jambe, je reste assis à tenter de me calmer et pour ceux qui m’entourent, je leur souris en disant cela va passer.
J’explique cela à Hugo et quand il voit un sourire se dessiner sur mes lèvres, il stoppe de suite de
monter ma jambe et la tient en suspension juste un peu plus bas…
Puis il me laisse en me disant de me décontracter et qu’il revient rapidement.
Dans la salle tout le monde parle, à chaque table de soin des discussions se font entre personnes malades et kinés, entre malade et malade…
Mon regard explore la salle, j’observe et j’écoute mais bientôt je suis à nouveau perplexe, j’apercevoir l’homme qui prenait des photos. Je le regarde, il est à l’entrée, puis se dirige vers une femme qui
se trouve en face de moi. Elle est maintenue dans cet appareil, elle se tient debout, son visage, son regard dénotent une absence.
Cet homme s’approche d’elle en souriant, c’est peut-être sa femme, et leurs enfants, que j’ai aperçu en arrivant, mais voila je suis choqué. Des photos, peut être plus tard quand tout commence à aller mieux, alors ces photos montrerons les progrès qu’elle a fait.
Parfois, certaines photos peuvent faire très mal, c’est dur d’affronter sa propre réalité et de réaliser combien nos proches ont pu souffrir.
Je détourne les yeux… tout le monde travaille. Plus loin un kiné, il me semble un peu particulier, il fait rire par sa façon de s’exprimer, par ses mots, il se moque s’en se moquer, il dit être débordé… Il imite un des malades qui parle du nez et reprend un dialogue de Coluche avec le même accent. Je l’écoute, je ris aussi, je me dis que ce n’est pas possible de raconter autant de bêtises, mais que c’est bon de rire, de voir et d’entendre rire.
Hugo est de retour et me demande de
remettre mes chaussures, nous allons faire un tour dehors, je ne comprends pas tout de suite…
Il m’explique que ce dernier exercice consiste à marcher, je peux m’arrêter quand je le veux et faire
une pause. Je suis prêt et il lance son chronomètre.
Nous partons tous les deux pour six minutes de marche, et six minutes c’est énorme pour moi en ce moment.
Depuis le mois de janvier où je me suis retrouvé bloqué par de violentes douleurs au dos et dans le bassin, j’ai à peine marché, je suis sorti bien sur, mais très peu et
rapidement les douleurs se faisaient plus présentes encore.
J’explique à Hugo que pour moi le fait d’avoir un parcours à réaliser, je me dois de le faire, c’est dans mon caractère, donc là, il y a plusieurs
choses qui sont à prendre en compte.
Si je doit me rendre d’un point à un autre point, même avec des douleurs, j’irai jusqu’au bout, un défi en quelque sorte et là le mental joue un rôle prépondérant.
Le seul et unique point important est que je ne dois pas m’arrêter en chemin, sinon j’ai encore plus mal et là tout ce complique.
Donc je marche avec lui le long du couloir intérieur de Pen Bron, je marche enfin j’avance avec ma canne et je fais consciencieusement un pas
après l’autre un pas. J’ai le sentiment de marcher à un bon rythme, au début, mais voilà six minutes c’est long quand même… Et je n’avais
pas remarqué que sur le bas du mur se trouvent des petites plaques qui indiquent la distance parcourue, par 50 mètres.
Je ne sais plus où nous en sommes mais je marche j’avance encore et encore. Avec Hugo tout en marchant, nous discutons du nombre de fois où j’ai été
hospitalisé, des interventions et aussi de mon séjour que j’ai fait ici il y a trente cinq ans.
Je lui explique qu’à l’époque je n’ai pas fait de rééducation vu qu’un de mes os n’avait pas été consolidé correctement le temps de mon
hospitalisation.
Je suis vraiment fatigué, ma cadence ralentit, je peine. Six minutes, oui il me faut encore tenir, je n’ose pas lui demander combien de temps il me reste. Je fixe un point devant moi,
je souris et je ne dis plus un mot. Je pense au livre « Pen Bron 1887 - 1987», un livre sur
l’histoire de Pen Bron, oui, je me remémore le passage où est évoquée Sœur Simard ; Par les hivers
rigoureux, cette sœur prenait le chemin de La Turballe pour aller chercher des vivres pour les enfants.Elle marchait dans le froid puis chargée de vivres, revenait par la plage bravant
le vent et le froid. Parfois penser au courage de certaines personnes vous donne l’envie d’avancer, je souris et là Hugo me dit : "Monsieur Lamy
voilà vous pouvez vous arrêtez" .Il calcule rapidement et je lui demande si j’ai parcouru une distance importante.
Si je me rappelle bien, je n’ai pas fait trois cents mètres, six minutes pour faire une distance aussi courte. Mais il me rassure en me disant que nous referons plusieurs fois
ce test, et surtout que j’améliorerai ce résultat.
De retour dans la salle, il me dit en regardant un résident : "Vous voyez ce que fait le monsieur sur la table…"
Je me retourne et je vois un homme installé sur la
table, allongé jusqu’au bassin, les jambes collées
au mur, je regarde Hugo et il me dit : "Avant de partir vous ferez cela".
Je n’ai pu m’empêcher de le regarder, de sourire et de me dire la Hugo, tu rêves, si je fais cela, ce sera un truc énorme. Car je sais que cette position nécessite un gros travail musculaire.
Mais pourquoi pas après tout, il me faut le croire, je suis venu ici pour aller mieux et prendre une
part active dans le programme que l’équipe médicale va me prescrire, alors laissons faire le temps, laissons les journées passer, les unes après les autres, chaque jour verra une amélioration
Cette première séance se termine et je regagne ma chambre, je dois avouer que je suis fatigué, alors je prend mon temps, il est même plus juste de dire
je fait comme je peux.
J’aperçois un peu plus loin le docteur Moutet, celui-ci vient à ma rencontre.
Ce docteur, devenu directeur du Centre, est à l’origine de la croisière Pen Bron-Arzal, manifestation annuelle tant attendue par tous les résidents. Il œuvre au quotidien, afin que des patients lourdement handicapés puissent retrouver une certaine autonomie et s’intégrer socialement et professionnellement.
Le docteur Moutet vient donc me saluer et me demande si je suis bien Monsieur Lamy, la personne à l’origine du blog "Les enfants de Pen Bron". Nous en discutons, il évoque également l’article paru dans la presse locale, un très bon témoignage selon lui. Je l’en remercie.
Je retrouve ma chambre, je pose ma canne et m’assois sur le bord du
lit, je suis épuisé. Je pense à la rencontre avec le docteur Moutet et je me dis que j’ai oublié de le remercier pour le livre qu’il m’a offert en
juin. Mais pour le moment, je compte bien reprendre des forces et surtout ne pas rester trop longtemps dans cette chambre, alors que dehors, j’ai
tant à voir.
Une fois remis de mon périple, je prends mon ordinateur et espère me connecter pour prendre des nouvelles de ma famille. Ensuite j’irai retrouver le bord de mer, m’installer sur le
muret et écouter le bruit des vagues.
Quand je suis arrivé ici, je pensais que le WiFi passait partout,
mais malheureusement non et dans un sens cela est bien, cela oblige à ne pas rester confiné dans sa chambre. Il me faudra donc parcourir une
bonne distance afin d’accéder à Internet, et là, avec bonne humeur, je qualifie ces trajets comme complémentaires à ma rééducation…
Une fois avoir traversé la cour intérieure, j’arrive au niveau de l’accueil, je salue les personnes se
trouvant dans les bureaux en adressant un bonjour. Je souhaite voir Madame Guillard, qui est absente ; J’ai hâte de la rencontrer à nouveau.
Je continue mon chemin, laisse la Chapelle sur ma gauche et ressort pour retrouver le hall extérieur. Voila encore quelques pas, je vais y arriver. Sur ma droite, se trouve la boutique des Amis de Pen Bron ouverte de 15h30 à 17h30 puis la bibliothèque du Centre.
J’atteins enfin la cafeteria, une salle de 60 à 80 mètres carrés. Dés l’entrée, je remarque deux distributeurs à boissons qui le temps de mon séjour tomberont trop souvent en panne et plus particulièrement le vendredi, ce qui fait que tout le week-end, il sera souvent impossible pour les patients et les visiteurs de venir s’y désaltérer. Je vois également un baby foot et un billard.
Je m’installe à une table, branche tranquillement l’ordinateur, attend patiemment la connexion. Un homme en fauteuil
roulant entre à son tour, je le reconnais, c’est l’homme qui se trouvait dans la salle kiné, qui parle
un peu du nez, il vient se présenter à moi et nous faisons connaissance.
Comme beaucoup de patients en fauteuil, Monsieur Mariano possède un fauteuil électrique, plus pratique pour circuler.
Installés à la table, nous
discutons un peu, je parcours rapidement mes mails, d’autres personnes se retrouvent dans la salle.
Je range mon ordinateur et reprend le chemin de ma chambre après avoir adressé une bonne soirée à toutes les personnes se trouvant dans la pièce.
Le temps n’est pas au plus beau, je suis couvert de mon blouson, et la sacoche de mon ordinateur
m’encombre un peu. Marcher avec ma canne dans la main droite et tenir l’ordinateur de l’autre main n’est pas évident. Je pense que je vais limiter
mes connections, marcher, oui il le faut, mais un peu plus libre que je ne le suis actuellement.
Je mets beaucoup de temps à regagner ma chambre, il est vrai que la journée a été épuisante.
Une fois arrivé, j’allume la télévision, je baisse le son. Et là, j’entends le cri des mouettes, mon visage se tourne vers la fenêtre qui donne dans le parc, la vue n’y est pas la plus jolie mais je vais
bien.
Je reste ainsi et je pense à mon fils, je regarde mon téléphone, j’ai un message, je souris… un message de Christopher, je l’entends rire, cela fait du
bien, il plaisante et je sais qu’il pense à moi, et que ce message, que des blagues en fait, me dit "tiens bon, je suis là, et je veux te faire
sourire".
Je l’écoute encore une fois puis je le rappelle. A cette heure il est encore en cours mais je ne résiste pas et en effet à mon tour je lui laisse un message.
Comme chacun d’entre vous, d’entre nous, j’ai mes petits penchants : les gourmandises et autres chocolats mais également cette boisson américaine…Je me fais plaisir, je souffle un peu, et me décide à ressortir, l’appel de la cigarette…
Je suis à nouveau assis sur le banc, près de moi une femme en fauteuil. Nous parlons un peu… Ici nous échangeons entre
nous, mais nous ne parlons que très peu de notre santé, des problèmes qui nous ont fait venir à Pen Bron. Tout du moins nous évitons, nous ne
cherchons pas à savoir de quoi souffrent les autres résidents.
Si la personne souhaite évoquer ses problèmes, elle est écoutée, mais elle n’est jamais questionnée.
Le respect de l’autre est essentiel, surtout quand nous savons pertinemment que les handicaps des uns ou des autres sont vécus d’autant plus douloureusement que nous sommes loin de nos familles.
Je fume ma cigarette, je regarde le ciel où trois mouettes n’arrêtent pas de faire des allers et retours entre l’océan et les toits du centre…
aujourd’hui le vent est un peu plus fort et elles ne volent pas, non elle planent, elle se jouent des courants et planent…
De tels moments je vais en vivre beaucoup ici, et je les ressentirais avec, à chaque fois, un même étonnement, un bonheur qui me réconforte.