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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Une  semaine s’est écoulée...,  les jours passent doucement. Le temps est de plus en plus beau et  le bleu du  ciel gagne en force et luminosité  et je peux de mieux en mieux apprécier tôt le matin le départ des bateaux de pêche,  avant de partir en cours.
J’aurai aimer être d’ici,  aimer vivre là au bord de l’océan,  pouvoir chaque jour regarder les vagues défiler les unes derrières les autres,  les voir venir s’échouer sur la plage,  pouvoir profiter de tous ces moments,  oui je sais peut être que pour celui qui vit près du bord de mer,  tout cela est devenu routinier,  mais cette immensité d’eau,  là devant mes yeux, c'est très impressionnant, et je suis un  enfant qui vient du Centre de la France.  J’apprendrai plus tard que cela est un besoin très fort qui s'inscrit dés lors en moi,  un moment de calme,  de détente, pouvoir se ressourcer les yeux pointés vers l’horizon où le ciel et la mer se confondent.
Aujourd'hui, Pen Bron est un site protégé, la nature y reprend ses droits que ce soit le faune ou la flore, et c'est important de préserver cet environnement. Il fait partie du Grand site classé des Marais de Guérande. Le massif dunaire de Pen Bron est classé Natura 2000.
Il est à l'abri de spéculateurs ou de projets immobiliers qui détruisent de nombreux espaces proches des rivages.
Dans une époque où l'argent et la cupidité  règnent, il est bon de revenir sur notre histoire commune et se rappeler que  l'hôpital pour enfants Pen Bron est né de généreux donateurs qui, afin de pouvoir soulager et souvent soigner les enfants tuberculeux, ont fait preuve d'abnégation,  de générosité.
Revenons à Pen Bron,  revenons à l’histoire que je vous livre depuis quelques semaines déjà.
Mes parents n'ont pu venir me voir au Centre,  je le comprends très bien,  il est tout à fait normal qu'ils restent avec mon frère. Il faut dire que depuis ma maladie, ils passent tous les week-end sur la route puis dans une chambre d’hôpital.  Ils me manquent chaque jour ici, c'est  vrai, mais  mon frère, lui,  ne les voit pas chaque fin de semaine, ils doivent lui manquer tout autant... mon frère que je n’ai pas vu depuis Noël lorsque je suis rentré, pour quelques heures chez moi.
Les  moments importants d'une  vie passent vite, trop vite,  que l'on soit enfant ou adulte, nous vivons tous des moments magiques qui vous donnent l’envie que le temps s’arrête, mais...  pas en salle de classe,  là je trouve que la pendule accrochée au mur est déréglée, car les aiguilles peinent à avancer.  Parfois je me dis que dans notre monde le temps ne bouge plus et là,  la journée est très longue,  oui,  il est vrai que si j’avais plus écouté Tartine et regardé le tableau, j’aurai peut être trouvé les heures  beaucoup moins longues et aurai certainement eu des notes beaucoup plus fortes que celles que j'obtenais.
J’ai eu,  ce samedi là,  la visite de mon oncle et de ma tante,  Christian et  Christine. Ils sont arrivés en tout début d’après midi,  vraiment très tôt et j’étais heureux de les voir,  ils me manquaient eux aussi. Ils ont fait la route pour passer quelques heures avec moi et  j’étais heureux. Mon oncle adorait le football,  mais dans ma famille qui n'aimait pas le foot... peut être les  mères,  tantes  et cousines, oui mais... j’ai eu une cousine,  très douée en  football. A l’époque elle était  capitaine de l’équipe de France féminine,  un vrai garçon manqué, avec un ballon dans les pieds.
Nous partons donc en promenade, on m’installe dans mon lit, mes parents ayant ramené le fauteuil roulant puisque dans la semaine j’allais en cours dans mon lit.  Pour cette fois,  la promenade  se fait en lit roulant. Une nouvelle fois,  je découvre,  redécouvre le tour de Pen Bron parcouru tant de fois, mais cela n’est pas grave, non, j’aime longer le Centre, le contourner, voir le port du Croisic. Le vent fouette à  nouveau mon visage et là quel plaisir,  une nouvelle fois je vis,  là devant ce paysage si beau,  j’ai beau le connaître,  j’aime cet endroit. Le chemin est chaotique, c'est plus facile avec le fauteuil,  mais  je suis bien et je supporte les soubresauts quand mon lit avance sur la jetée.
Ma tante Christine me raconte tout ce qui se passe chez moi, à Châteauroux,  et je souris,  tout ce qu’elle me dit,  je l'imagine dans ma tête... tous les jours,  je pense à ce que chacun fait que ce soit chez moi ou à l’école,  je vis ainsi un peu avec eux.
Christian me dit qu’une fois que je reviendrais à Châteauroux,  nous irons voir mes copains et copines de classe et mon professeur monsieur Bernard Boissineau et là  je souris encore plus fort parce que j’en ai envie,  j’en ai besoin,  j’ai besoin de retrouver mon "chez moi",  j’ai besoin de revoir chaque visage.

Nous avons fait ce jour là le tour du centre, puis  nous nous dirigeons vers l’entrée,  oui notre tour est terminé quand ma tante propose de remonter la route…
Avec mes parents nous faisions souvent le tour mais nous n’allions pas plus loin. Nous partions en ballade à Guérande ou au Croisic,  nous  longions la côte sauvage et visitions  les alentours de Pen Bron.
Alors aujourd’hui, oui,  remontons la route et continuons la promenade… Cette route, je la connais mais à travers les vitres de la voiture.   J’apercevais alors des chemins traversant les dunes, tels des passages secrets qui  menaient, je le  sais,  à de belles plages…Qu'il eut été bon alors de courir et d'aller voir de l'autre côté.
Faire ce chemin avec mon oncle et ma tante, c’était comme tout découvrir avec eux.  Bientôt, nous apercevons sur le côté droit de la route le haut d’un petit muret,  jamais je ne l’avais vu,  non jamais,  je m’en rappellerai. Mon oncle nous laisse un instant, et de la route il s’engage dans un petit chemin façonné dans le sable,  et bientôt disparaît.
Il revient vers nous, une émotion se lit sur son visage et d’une voix hésitante nous apprend que là, derrière ce muret, à l’abri des regards et du temps qui passe, se trouve un cimetière.
Difficilement,  tous deux poussent, tirent mon lit sur le chemin menant à  quelques marches puis à des grilles en fer…comme une porte  entrouverte qui  laisse l’entrée libre à qui veut bien venir à elle,  j’apprendrais plus tard,  bien des années après,  qu’elle est toujours ouverte.
Nous nous trouvons face  à de petites tombes, deux rangées de tombes d’enfants surmontées de croix blanches. De très  jeunes enfants sont enterrés là dans le sable, ce qui me trouble c’est que sur chacune d’entre elles sont indiquées la date de décès et les noms et prénoms.
C’est ainsi sur n’importe quelle tombe mais là ce ne sont que des enfants, des enfants qui sont morts d’une maladie qui n’existe plus, mais moi je suis là malade, comme eux dans ce centre,  tout comme eux à  leur époque où ils sont venus pour guérir mais ils n'en sont jamais repartis… et là j’ai peur, j’ai l’impression de les voir tous ces enfants…je suis triste et j’ai peur.
Ils sont là alignés sagement, il n’y a pas de bruit,  et au centre de  l’allée une grande tombe, une sœur est là,  elle veille sur eux,  elle ne les surveille  pas,  elle les protège oui, je le sais, je sens que la sœur veille simplement sur eux,  mais malgré cela j’ai peur, je n’ai qu’un souhait quitter cet endroit.
Nous repartons enfin, mais les images de ces tombes d'enfants restent en moi, dans ma tête et devant mes yeux, mon oncle et ma tante en parlent encore. Ils ont été très surpris de trouver ainsi ce cimetière,  et ce sont des adultes, alors moi, jeune garçon de 11 ans, moi qui n'avais pas encore posé le pied sur le sol de Pen Bron, ce sol m'apparaissait maintenant dangereux, et l'émotion emplissait tout mon être et la crainte, la crainte de ne jamais rentrer chez moi.
Nous prenons  la direction du centre doucement,  la journée se termine,  ils vont partir et moi reprendre ma vie ici tout en sachant que certains de nous meurent ici, je savais cela possible, mais depuis ce jour c'est une vérité, j'ai vu ces tombes  d'enfants, des jeunes,  voire très jeunes enfants  venus pour guérir,  ils n’en sont jamais repartis. Ils demeurent là  couchés sur le bord de mer,  bercés par le bruit des vagues,  protégés du vent par ce muret de pierre,  la sœur veillant leurs petites âmes d'enfants. Moi  aussi, je suis un enfant…Ils sont près de nous, ils resteront à jamais des enfants de Pen Bron.
Pour nous, aujourd'hui adultes, et bien des années après, nous demeurons aussi des enfants de Pen Bron. Je suis aujourd'hui debout, j'ai pu parcourir à nouveau ce chemin sur mes jambes, l'émotion est demeurée intacte et je sais qu'au fond de moi je suis lié à ce lieu.
Pourquoi un tel attachement, car comme tous, j'y ai vécu des moments difficiles, loin des miens et la maladie, une ostéochondrite, a fait que ma vie a pris un chemin différent de celui qui est donné aux autres enfants. Cependant, je suis venu à Pen Bron, et les mois passés dans ce centre sont gravés en moi. Je ressens aujourd'hui une certaine sérénité à parcourir ce bout de presqu'île. 
La tristesse, la colère, l'incompréhension parfois, que j'avais en moi enfant ont laissé place à une réconciliation, une union affective entre le centre de Pen Bron, son environnement si riches de couleurs, d'odeurs, et de paysages si contrastés  et la finalité aujourd'hui de cet endroit : offrir une convalescence aux personnes, enfants ou adultes,  souffrants de handicap  dans un cadre où la nature est préservée.
Oui, tous, nous demeurons des enfants de Pen Bron.


Quelques clichés du cimetière de Pen Bron

Lien vers l'article : Le cimetière de Pen Bron, entre terre et mer

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