Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Au Centre,  il y avait de bons et de mauvais moments mais j’ai toujours été entouré de mes parents. Souvent j’attendais le moment de leur arrivée.   

Des moments où je n’étais pas bien, oui il y en a eu, mais je devais composer,  je devais faire avec les douleurs liées à ma maladie, avec  le manque des miens… Les douleurs, oui,  elles  pouvaient me faire atrocement mal,  mais je les supportais, comme je supportais l’absence de mes parents.

Un jour j’ai entendu quelqu’un dire,  on s’habitue à tout,  oui à tout,  même à la douleur si intense qu’elle devient une partie de vous,  elle est là chaque jour et plus elle est présente plus on fait avec. Souvent les personnes qui vous connaissent vous disent,  on ne dirait pas que tu as mal, mais elle est bien là,  présente, en moi. La seule différence est que il faut l’accepter. Cela fait mal souvent, très mal parfois et tellement mal que l’on ne peut plus rien faire mais vous souriez et votre entourage pense que tout va bien.

 

Au Centre j’étais devenu plus qu’un enfant,  on devient vite autre chose qu’un enfant quand il vous arrive  d’importants problèmes de santé, on mûrit si on peut dire,  on grandit, oui dans sa tête,  on grandit mais le corps lui ne bouge pas,  vous êtes  et continuez à être un enfant mais vous grandissez trop vite de l’intérieur.

Entre nous il arrivait que l’on se chamaille, parfois même violemment. Nous étions au lit,  couchés à ne pas pouvoir bouger de celui-ci mais des bagarres éclataient quand même. On se traitait de tous les noms et la violence était là, oui là aussi. Nous arrivions à nous battre,  à nous envoyer les plateaux de repas à travers la figure, et heureusement nous ne nous sommes jamais fait vraiment mal.
Comme l’amour pouvait exister,  la violence était aussi présente. Ils survenaient aussi  les mauvais passages, les jours où tout est trop difficile. C’est vrai  nous n’étions pas des anges malades, mais des démons parfois…

Je souris parce que chaque mot écrit dans cette histoire,  chaque fois que je frappe le clavier, je revois chaque instant avec précision,  quand j’écris violence,  cela parait fort mais cela l’était même si maintenant je regrette ces moments où les mots,  les gestes dépassaient la mesure.

Nous étions si soudés que je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous étions à nous battre. La seule et unique bataille que l’on devait livrer était justement le contraire, il fallait se serrer les coudes comme nous le faisions la plupart du temps.

Mais voila ce n’était pas toujours le cas. Je me souviens qu’avec Thierry une dispute avait éclaté,  pourquoi je ne sais plus,  nous nous insultions et les mots étaient très forts, de ces mots découlaient des gestes aussi forts…des jets de diverses choses, ce que nous avions à porté de  mains et jusqu'à nos tablettes de repas. Et ce jour la dispute en est arrivée au mains, la colère et moi,  ayant pris l’habitude de me déplacer rapidement,  je suis passé de mon lit à sa table de nuit,  puis à son lit et là  une grosse bagarre a commencé, des claques,  des coups de poing…notre ring,  le lit,  et nous étions quand même assez habile pour rester dans le lit sans tomber. On se faisait mal mais on ne s’entait rien, tant la rage était là… il a fallut que les filles de salles interviennent pour nous séparer,  je crois que s’est Yann qui était parti les chercher et elles nous ont séparé avec peine,  chacun s’accrochant à l’autre,  à tenter de donner le dernier coup.

La violence et la méchanceté,  je les ai rencontrées par  ma maladie,  je ne me suis plus laisser plus faire depuis ce jour,  je n’ai pas arrêté de me battre contre les regards,  contre les mots et les sourires de certains,   j’ai eu en moi cette colère et depuis elle ne m’a jamais quittée et je crois que je la garderai en moi encore longtemps.


Juste après le petit déjeuner, nous avions notre toilette à faire, pour ensuite prendre le "chemin" de l’école. Et tous les matins,  avec Thierry et Robert nous étions les derniers à être emmenés au lavabo.

Comme d’habitude, il ne restait plus beaucoup d’eau chaude, la plupart du temps  nous nous lavions à l’eau froide et cela nous mettait en rogne dès le matin.

Pour réparer cette injustice,  nous avions notre astuce qui était de glisser nos pieds sous le lavabo de nos voisins et de faire remonter ce qui servait à retenir l’eau bien chaude qu’ils avaient afin qu’ils bénéficient de l’eau froide… comme nous… et là c’était parti pour une nouvelle bagarre ou des injures, des mots très "colorés" dans la bouche des mômes que nous étions.

Un matin,  une fois notre opération menée à bien,  j’étais tranquillement à savonner mon gant de toilette quand une des filles de salle est arrivée sans que je m’en aperçoive…elle  m’a pris dans ses bras et m’a ramené dans ma chambre. Je me débattais,  je ne voulais pas me laisser faire et pendant le trajet, enfin les quelques pas pour elle,  qui allait de  la salle des toilettes à ma chambre,  je devenais de plus en plus colérique. Et quand elle m’a déposé  dans mon lit, tout en  débattant je lui ai passé mon gant de toilette sur la figure,  je pourrai écrire que je ne  l’ai pas fait express… mais si… j’ai profité que ma main était libre pour la débarbouiller de ce gant bien savonneux,  elle est parti en me laissant dans mon lit.

Les autres ne bronchaient plus,  certains m’interpellaient de la salle des toilettes, me demandant si tout allait bien. Moi,  je jouais le dur,  mais j’étais vexé d’avoir été le seul à payer notre opération commando,  mais bon c’était le jeu et je ruminais contre Marie France,  je crois que c’était son prénom.

Quand tout le monde a eu fini de se laver, elle est revenue me chercher,  m’a ramené au lavabo et m’a dit  "maintenant tu te laves et tu te débrouilles pour retourner dans ton lit".

Je me suis lavé tranquillement, j’ai bien pris mon temps en me disant qu’elle allait revenir, elle ou une autre, qu’elle ne pouvait pas me laisser sur ce banc en bois toute la matinée,  que voyant que je serais toujours là, elle me prendrait et me ramènerait dans mon lit,  mais non rien,  j’ai espéré…attendu mais rien...

Ne voyant personne venir,  au bout d’un moment,  j’ai  essayé de faire sauter le banc pour avancer un peu, celui-ci ce déplaçait légèrement. A l’aide de mes bras, je me  battais pour gagner chaque centimètre,  cela m’a pris un temps fou pour rejoindre ma chambre, sur ce banc, mais j’y suis arrivé.

Une fois à porté de la table de nuit,  un dernier déplacement a failli me faire tomber,  heureusement  je me suis retenu afin d’éviter la chute, ce qui aurait pu être lourd de conséquences, pour moi. Toujours à l’aide de mes bras,  j’ai réussi à me hisser sur la table de nuit… au lit de Robert,  puis à ma table de nuit pour rejoindre mon lit.

Quand Marie France est arrivée et qu’elle m’a trouvé,  là assis dans mon lit,  moi la dévisageant, elle fut surprise certainement, elle a compris à ce moment que j’aurais pu me faire du mal,  beaucoup de mal, mais je n’avais pas à faire le môme "rebelle", comme on dit  aujourd’hui.

A force de jouer, on finit par gagner et avec mes bêtises enfin nos bêtises,  c’est moi qui est payé, j’ai été emmené dans une autre chambre,  je me suis retrouvé seul dans une petite chambre individuelle,  près des ascenseurs. J’y ai vécu des moments difficiles, ils sont bien présents encore à mon esprit, vous savez ces moments où quand on est gamin, l’injustice est forte, douloureuse parfois.
Personne ne venait me voir au début, cela leur était interdit. Dans notre chambre, tout le monde venait manger, c’était le lieu où nous nous retrouvions, et là, je me sentais  mis à l’écart.

Mais,  j’avais la visite de Marie qui venait me voir en cachette très souvent,  on parlait à voix basse pour que personne ne sache qu’elle était avec moi.


J’avais la chance d’avoir mes parents souvent avec moi, c’est vrai, je l’évoque beaucoup, mais  tous  les week-end, durant les mois passés à Pen Bron, ils étaient à mes côtés et cela ne plaisait pas aux sœurs. Pourtant  ces visites très fréquentes auraient du les ravir, elles voyaient combien j’étais soutenu par les miens, je comprend pas… mais non cela gênait que mes parents venaient me voir…et où est le mal,  je pense que l’on se disait que j’étais un enfant gâté mais croyez moi ce n’était pas le cas,  non,  chez moi avant ma maladie les claques et les punitions tombaient,  mon père avait  la main leste et lourde  elle est souvent venue se déposer sur mes joues,  que j’ai, ou non, fait une bêtise,  je la prenais même quand la bêtise venait de mon frère,  la claque était pour moi,  j’avais beau me défendre et dire que je n’y étais pour rien,  la seule et unique réponse que j’avais, était "tu es le plus vieux,  c’est à toi de faire attention a ton frère"…

Alors que l’on me prenne pour un enfant gâté, non, je ne l’étais pas et ne le serais jamais, même avec cette maladie,  cela a continué comme avant,  je dirais même qu’avec les années cela a empiré,  mais cela  forge le caractère

Non pas gâté,  j’étais entouré de  mes parents,  ils ont fait  ce qu’ils devaient faire et cela je ne peux que les remercier d’avoir été présents dans ces moments de douleur, et la douleur n’est pas que physique, mais elle envahit  votre tête, et pour des enfants, oui croyez moi cela  tourne et retourne,  et elle s’installe durablement.  

Le temps s’écoulait et les jours devenaient de plus en plus beau. De jour en jour,  le ciel bleuissait,  je me souviens et j’entends encore dire que la Bretagne est belle mais souvent  triste à cause de la pluie.

Nous nous  approchions du mois d’avril je me souviens que le mercredi après midi,  nous avions la chance de profiter  du parc.

Ces moments étaient  attendus, nous restions dans le parc, on y prenait l’air et le soleil et pour nous chaque instant  gagné dehors était magique. J’adorais  sentir  le soleil me chauffer le visage,  c’était un moment de vacances. En parlant de vacances je pense que nous étions comme les enfants des villes,  que nous avions nos vacances scolaires comme tous les enfants, mais cela je n’arrive pas à m’en souvenir,  je ne me rappelle pas avoir eu le plaisir de sortir de la classe à la sonnerie en courant heureux d’être en vacances, enfin courir pour moi était impossible.  

 

Je me souviens très bien d’un week-end, enfin d’un samedi : je vivais pour attendre l’arrivée de mes parents.

Donc ce fameux  samedi,  mes parents  sont venus comme d’habitude,  ma mère avait le sourire,  elle est venue,  m’a embrassé  et me dit qu’ils n’étaient pas que tous les deux,  j’avais de la visite.

Quand ma tante Marie France est rentrée dans ma chambre ;  j’étais heureux,  mon cœur battait très fort,  ce moment je l’ai adoré. J’aimais si fort ma tante que de savoir qu’elle avait fait la route pour venir me voir,  cela fait un bien fou,  croyez moi. Elle était accompagnée d’Alain,  je crois qu’à l’époque, ils n’étaient pas encore mariés tous les deux,  mais c’était mon oncle et pour moi c’était très important de le considérer comme tel,  même si je ne l’ai jamais appelé "tonton",  il savait que je l’aimais. Il n’arrêtait pas, il parlait sans cesse,  il était intarissable et sur n’importe quel sujet.

Il était divorcé et avait eu des  enfants  avant de connaître ma tante, son fils Franck  était venu avec eux.  Il y avait aussi des amis que mes parents connaissaient depuis des années.

Que de visites en ce samedi…

J’étais comme je l’ai dis couvert de bonbons,  de livres mais ce jour là je l’ai été plus encore que d’habitude, il  y en avait partout, je ne savais plus où tout mettre mais j’étais tellement bien de voir du monde,  tellement heureux que tant de personnes soient la ici autour de mon lit.

Mon lit ce jour là,  je n’y suis pas resté très longtemps,  nous avons pris la route pour aller bien au delà des promenades que nous faisions à l’accoutumée avec mes parents,  non là,  ce jour là,  nous sommes partis loin,  enfin pour moi oui, loin du centre,  loin de la maladie.

Nous avons visité  plusieurs  ports,  je ne sais plus où, mais  je  me rappelle d’une chose, c’est que tous ces endroit étaient magnifiques, que la mer et les bateaux m’ont apporté une certaine évasion….

J’en ai pris plein les yeux,  plein le cœur aussi. Je revois ma tante,  elle était ce jour près de moi,  elle a toujours été près de mon cœur et elle y restera toujours.

Nous avons déjeuné dans un restaurant. J’avais ma chaise, oui  j’étais installé le temps du repas comme tout le monde,  je me sentais bien et j’ai gardé en mémoire ce moment, ce repas, ce restaurant et toutes les personnes qui étaient ce jour là si proches de moi.

Après le repas nous sommes partis pour Carnac,  site où sont dressés des menhirs,  les uns près  des autres, ils formaient des lignes.  Il y en avait un nombre incroyable, je n’en revenais pas de voir toutes ces pierres taillées et dressées dans le sol vers le ciel.

Cet endroit m’apparaissait  magique, toutes ces pierres, ces gros blocs de pierre n’étaient pas là par hasard…..

Une photo  a été prise devant ces menhirs,  eux tous dressés, droits et fiers d’être debout et moi assis devant eux.

Quand nous avons pris la route du retour la tristesse, comme à chaque fois,  s’est installée en moi  et bien plus encore le soir puisque,  ce soir ma tante et les amis de mes parents reprenaient la route pour Châteauroux.  

Il vous manque toujours les êtres que vous aimez  et bien ce jour là ils m’ont manqués avant même d’être partis,  mais quelle belle journée j’ai vécue.

 

 

Articles récents

Hébergé par Overblog