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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Le cœur un peu lourd,   je  rejoins  le service des Nadines,  des images d’hier, du temps où je n’étais qu’un enfant et de ma visite du mois de juin dernier,  se superposent dans mon esprit et dans le même temps, mon regard balaie ce lieu, oui, je suis à Pen Bron et je suis impressionné.
L’intérieur du centre n’a pas changé,  à part une pergola située derrière la chapelle où les patients  peuvent se détendre avec des amis ou de la famille dès les premiers rayons du soleil.

Les pêcheurs et amis de la Turballe ont offert cette pergola à Pen Bron.

Je croise plusieurs personnes, des malades comme moi ou accidentés à qui j’adresse un bonjour, je leur souris.

Je marche péniblement avec ma canne, mais ce n’est pas grave, je prends mon temps et déjà mes yeux se remplissent tout doucement de Pen Bron.
J’emprunte le couloir et arrivé devant la porte des Nadines la porte électrique s’ouvre pour me laisser le passage ;  un système mis en place pour faciliter l’entrée et la sortie des personnes en fauteuils roulants. Mais je suis surpris j’avais commencé à tendre la main pour l’ouvrir et il me faudra un certain temps pour me débarrasser de cette habitude.
J’emprunte le couloir, je me souviens de l’endroit où se situe ma chambre, mais j’ai oublié le nom de l’île que porte ma chambre ; Berder,  oui l’île Berder,  c’est bien là,  je rentre,   regarde mon lit et m’assois…J’ai toujours l’esprit un peu perdu,  je suis seul et  je pense au déroulement de mon séjour, aux  soins qui vont m’être prodigués durant ces semaines d’hospitalisation…

Quelques minutes s’écoulent puis je me décide à ranger mes effets personnels.  Je tente d’organiser ma chambre de manière à trouver ce dont je vais le plus me servir et l’avoir à portée de main.
Je suis un peu fatigué, mon dos me fait souffrir mais j’ai besoin de bouger, de sortir, de me remplir des paysages que je connais déjà, que j’aime et  je ressens un  élan extraordinaire de voir l’océan, de respirer l’iode, de revivre les moments de pur bonheur du môme de 10 ans que j’étais,  car même si je suis venu au centre en juin dernier, je n’étais pas dans le même état d’esprit, aujourd’hui, je suis de nouveau hospitalisé, je suis en quelque sorte un "ancien"de Pen Bron.  

 

Je suis devant  la porte  qui donne accès à la jetée,  un muret sépare le centre de la jetée, l’océan est à moins de cinq mètres. Je m’assois sur le muret,  avec ma canne, j’attrape ma jambe et voila je suis face à l’océan. Mes yeux embrassent cette immensité,  je suis bien,  une légère brise caresse ma peau et derrière moi j’entends mes premiers cris de mouettes et goélands.
Ces moments,  je les avais gardé au fond de moi,  les cris de ces  blancs oiseaux de mer… Quelques goélands planent devant moi, j’ai l’impression que les cris sont pour moi, je souris, oui, ils me souhaitent la bienvenue.

Je reste ébahi par ce paysage, par la beauté qui se trouve devant moi, j’écoute, je regarde et je commence à me détendre, je pense aux enfants de Pen Bron, à tout ces gamins qui comme moi aujourd’hui, ont scruté l’horizon, de tout temps promesse de voyage vers un monde meilleur.
Quelques bateaux rentrent vers le port en longeant la jetée du Croisic, elle semble épouser l’océan tant elle me semble longue, je suis cette jetée des yeux et son extrémité arbore un phare, il semble poser là, un véritable gardien et espoir indiquant à tous les bateaux l’entrée du port.

L’heure du repas va bientôt arriver,  oui je sais il est 18 h, mais dans quelques instants je vais rencontrer d’autres résidents, dîner dans cette salle  qui fait aujourd’hui office de "réfectoire" et d’espace détente, et que j’appelais enfant, la salle de télévision.
Je prendrais  donc pendant mon séjour tous les repas face à l’océan, je vais pouvoir regarder les vagues, les mouettes ainsi que les bateaux défiler devant mes yeux.
J’allume une cigarette,  je profite encore quelques minutes de ce  moment. Quelques personnes se promènent, m’adressent des bonjours, je leurs réponds à mon tour puis je les regarde marcher et lentement s’éloigner.
Puis je regagne ma chambre tranquillement, en levant les yeux sur le bâtiment, je regarde les fenêtres du premier étage là où ma chambre,  notre chambre, je repense à Thierry et à Robert, mes compagnons, et je me dis à cet instant, il faut que je me renseigne, que sont-il devenus ? 
Je regarde et souris, je suis là debout,  je marche péniblement mais je suis debout,  aujourd’hui je foule le sol sablonneux.
Je suis de retour à Pen Bron pour aller mieux enfin je l’espère, je le souhaite vivement.

Je suis là,  oui volontairement,  je suis de nouveau dans ce centre  pour aller mieux car mon état de santé s’est dégradé depuis quelques mois. J’ai promis à mon fils de donner le meilleur de moi-même, de tout faire pour que ces quelques semaines de rééducation loin de lui, de ma famille,  c’est vrai,  soient profitables  et que très vite je puisse rentrer à Châteauroux, un retour pour aller mieux, même si je me sens bien ici, oui, tout va bien se passer…

 

Je regarde ma montre,  il est presque 18h15,  je me dirige vers la porte et emprunte le couloir qui mène jusqu’à la salle des repas.
Je passe devant chaque chambre, et sur chaque  porte un nom d’île de la région, des photos pointées sur les murs me montrent chacune de ces îles…Je m’attarde sur quelques-unes,   avec envie.

Le sol n’a pas changé,  il est comme à l’étage, dans cette chambre où nous nous retrouvions enfants…
Me voila arrivé,   je suis le dernier, tout le monde est déjà à table,  je regarde rapidement la pendule au mur et me rends compte qu’entre la pendule et ma montre,  il y a près de  cinq minutes de décalage.
Moi qui dans mon métier demande aux jeunes d’être à l’heure, et notamment aux repas,  je suis le dernier et en plus en retard. Tous me regardent, je leur souhaite le bonsoir et   un bon appétit. Tous me répondent et me disent merci. Je me sens un peu gauche, je ne sais pas où m’asseoir, mais une femme de salle m’indique la place où  je dois m’installer : une table au fond de la salle, près de la baie vitrée mais le dos à l’océan.  Mais il est là, je le sens près de moi et si accessible…

Arrivé à ma table,  une femme et un homme ont déjà commencé leur repas,  je les salue et m’assoie.

Je regarde mon plateau  et découvre mon repas et je ne dis pas un mot, je ne me sens pas à mon aise.  Ils parlent entre eux,  je ne connais pas leurs prénoms à cet instant,  mais  je dîne face à Rémy et Jocelyne.

Rémi semble de mauvaise humeur et Jocelyne lui répond calmement. Ils continuent leurs repas,  je souris aux mots que j’entends,  aux phrases qu’ils échangent tous les deux. De temps à autres, je me retourne vers l’océan.

La salle à manger est une grande pièce comportant cinq tables de quatre places,  deux tables  à l’entrée  puis trois autres le long des baies vitrées. Nous sommes donc une vingtaine de personnes en tout dans le service. Nous pour l’instant nous ne sommes que trois à table.

Je mange tranquillement. Il y a très peu  d’hommes. Dans la pièce quelques murmures,  les échanges se font calmement.

Une fois mon repas terminé, je m’installe légèrement de côté et je fixe mon regard sur l’océan et puis plutôt que d’être la derrière cette vitre,  je me lève, je souhaite une bonne soirée et je sors très vite  prendre l’air et fumer une cigarette,  j’en ai besoin.

A l’aide de ma canne,  à nouveau je sors,  il fait un peu frais je m’arrête dans ma chambre et prend mon blouson.
Je marche, quel bonheur de marcher, même si je souffre,  mais je  foule le sol  de Pen Bron. Cela signifie tant de choses pour moi, une victoire quelque part même si, oui je me dois d’être réaliste, je suis ici pour quelques semaines de rééducation, je ne suis donc pas en grande forme.

Je prends la direction de la jetée,  je m’installe sur le muret et le vent caresse mon visage.
J’allume ma cigarette et rejette doucement la fumée,  je me sens bien,  il n’y a aucun bruit sauf celui des vagues et les cris des mouettes. Sur le toit un couple est installé et lance des cris qui ressemblent  à des éclats de rire,  s’amusent-elles de me voir à nouveau là…
Je les regarde, je souris en imaginant cela et me dis oui,  je suis de nouveau à Pen Bron mais c’est moi qui l’ai voulu et j’aime les cris des mouettes et des goélands.

Le vent est un peu frais, je me décide à regagner ma chambre.
J’ai hâte de savoir si ma tante,  mon oncle et Christopher sont bien rentrés à Châteauroux.

A nouveau j’emprunte ce couloir, j’entre dans ma chambre, je suis un peu fébrile, devant cet espace qui va être le mien durant quelques semaines.  Je m’installe sur le lit,  allume la télévision, il me faut un peu de bruit, une présence. Je fais sonner chez moi afin de me faire rappeler ici…Quelques secondes s’écoulent et le téléphone sonne,  je décroche hâtivement,  c’est le seul moyen de communication avec les miens.
Lydie me demande comment je vais,  si je suis bien installé, je prends des nouvelles de mon fils. Pendant plusieurs minutes je vais parler,  écouter et puis je leur souhaite une bonne nuit. A nouveau seul dans la chambre, je me sens un peu vide et réalise que la télévision est allumée,  je change de chaîne, encore et encore,  et je stoppe sur Eurosport qui diffuse un match de football,  mais là déception je n’ai pas Eurosport France,  mais  Eurosport en langue allemande. Dépitée, je zappe à nouveau…Je sors de temps à autre fumer une cigarette, et la soirée passe vite, je regarde par la fenêtre,  la nuit tombe. Une nouvelle fois je  me dirige vers la salle à manger et regarde ou plutôt devine l’océan à travers l’obscurité. J’entends les vagues se jeter encore et encore, l’une après l’autre contre le mur,  ce bruit continu me berce doucement.
 Je retourne dans ma chambre, la fatigue se fait pensante, elle me gagne mais je n’ai pas l’impression d’avoir sommeil.
On frappe à la porte,  une infirmière de nuit pénètre et me demande si j’ai besoin de quelque chose,  je lui répond que non elle me souhaite bonne nuit. Une femme très sympathique,  elle referme la porte,  et devant mon petit écran,  je m’endors, je tombe lentement,  sans même me rendre compte.
Début de matinée piquante,  il est à peu prés 6h du matin quand une femme rentre dans la chambre,  me dit qu’elle doit me faire une prise de sang.
Encore dans un demi sommeil, je lui tends mon bras gauche et la laisse faire son travail.

Quelques minutes s’écoulent, quand à nouveau elle rentre dans la chambre,  très ennuyée  et me dis qu’elle a oublié un flacon, et  qu’il lui faut refaire une prise de sang.
Je ne sais pas ce qui ce passe alors, mais elle me pique,  me fait un peu mal,  je suis surpris mais  la légère douleur s’atténue et je patiente…mais je me dis que c’est bien long pour un flacon, je sens qu’elle bouge l’aiguille et fait plusieurs tentatives. Là, je suis bien réveillé. Elle termine enfin, je me rendors sans souci.
Il est 8h, je me réveille doucement avec  l’arrivée de l’infirmière de la matinée,  très souriante, elle m’annonce : « Monsieur Lamy,  j’ai besoin de vous refaire une prise de sang » !
Les aiguilles ne me gênent pas, tant que c’est dans mon bras,  mais réflexion faite,  je m’assois au bord du lit et la je lui tends mon bras droit. Elle est un peu surprise,  et cette fois-ci  le flacon se remplit très vite.

 

Je me prépare et quitte ma chambre pour aller me doucher.

Une femme, Odile mais cela je ne le sais pas encore,  m’informe que plusieurs personnes attendent pour accéder à la douche. Dans le service très peu de chambres sont équipées de douche et celles-ci sont en priorité réservées aux personnes dont la mobilité est réduite.
Je la remercie et me décide à aller prendre mon café. Les deux personnes avec qui j’ai dîné la vielle au soir sont déjà installées  et déjeunent. Je retrouve donc Jocelyne en face de moi et Rémy sur ma droite. Jocelyne prépare sont thé tranquillement en écoutant Rémy qui a quelques soucis et se confie. Il parle encore quelques instant et  Jocelyne réussit à le faire sourire. Au fil des jours je vais découvrir  chacun d’entre eux et apprécier comment  Jocelyne redonne le moral à Rémy.

Je me sers mon café et patiente car il est bouillant,  ce qui mécontente Rémy. Je suis obligé de sourire, Jocelyne s’en aperçoit et me renvoie un sourire de son regard.

L’océan est bleu,  un peu de brume au loin mais j’ai l’impression qu’il va faire beau temps,  je regarde partir quelques bateaux, très peu ce matin prennent la mer.
J’attends encore quelques instants puis je retourne dans ma chambre pour prendre mes affaires et aller enfin me doucher en espérant la place soit libre…ce qui fut le cas.
Une infirmière  m’informe que ce matin le docteur doit  passer me voir, et je réintègre rapidement ma chambre.
Je fais tranquillement mon lit, et patiente avec cette petite lucarne qui remplit mon espace, je regarde la télévision, mon regard se fige sur les images mais mon esprit  est ailleurs.
Je m’interroge, m’inquiète je pense aussi, sur le déroulement de mon séjour et j’essaye d’imaginer le planning des journées à venir, quelles activités vais-je avoir ?  Est-ce que je vais être à la hauteur de cette rééducation ?
Bientôt deux femmes  se présentent, Fanny une interne et le docteur. Nous échangeons  quelques instants, le docteur  commence à faire une première observation sur mes douleurs et me demande de réaliser quelques mouvements afin de comprendre où j’en suis. 

Là, je ne peux retenir quelques larmes,  j’ai un trop plein depuis plusieurs mois,  les douleurs et de gros soucis dans mon travail font que je craque.
Je ne cherche pas non plus à retenir  mes larmes, je les laisse couler  et je finis par me confier.

Le fait de retrouver cette partie de moi, l’enfant  qui a été troublé par les mois passés ici dans un lit face à la mer,  mes douleurs et mon travail, représentent beaucoup pour moi, et je ne peux cacher mon émotion, ce retour à Pen Bron est voulu mais me touche énormément.

Elle me sourit,  me dit que tout va s’arranger tranquillement,  que je suis ici pour quelques semaines et que des personnes sont là pour m’aider et faire en sorte que ma santé s’améliore.  
Je la remercie et avant de sortir elle me dit que la première semaine sera consacrée à une prise de contact  avec le kiné, les ergothérapeutes et l’ensemble  des personnes qui allaient m’entourer durant mon séjour.

Ensuite, un planning sera élaboré
Une fois seul,  je prends ma canne, je m’y suis fait et je vais jusqu’à la jetée qui entoure le centre pour regarder l’océan.

Et ma première journée au Centre de Pen Bron commence...

 

Centre marin de Pen Bron, Emmanuel

 

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