Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Nous sommes le 5 décembre 1974, après être partis très tôt de Châteauroux, nous arrivons enfin à Tours, à l'hôpital Clocheville pour enfants.
Nous entrons dans une salle d'attente immense remplie d'enfants plâtrés, dans des fauteuils roulants, il y en a partout.

Plusieurs heures passent.
La secrétaire nous appelle, le Professeur Glorion nous reçoit et annonce à mes parents que le plus urgent est qu'il me faut être en élongation pendant plusieurs jours, sans bouger, ni marcher avant de subir une intervention chirurgicale des deux hanches qui me clouera au lit pendant de très long mois.
Il demande si je suis d'accord pour entrer à l'hôpital dès le lendemain, et  ma mère répond oui de suite, mais celui-ci se tourne vers elle et lui dit : "Madame, c'est à votre fils que je le demande".
J’ai dit oui sans savoir, sans peut être avoir compris ce qui allait m'arriver.
Le retour c'est fait sans un mot. Arrivé à la maison, tout le monde a pris soin de moi.

 
La journée s’est déroulée très vite,  il devenait important pour moi de ne plus rien faire,  il fallait que je réduise mes marches,  ne pas sortir, ne pas courir, ni même faire du vélo.
Dès que je voulais faire quelque chose,  c'était : "Non,  tu ne crois pas que tu n’es pas assez malade pour en rajouter"…
Pourtant,  ce n'est pas un après midi de liberté qui allait tout aggraver,  non je ne pense pas,  pour moi le mal était déjà fait.

On n'était quand même pas à quelques tours à vélo ou une simple promenade.
Le lendemain matin de très bonne heure, nous avons repris la route en direction de Tours. Je ne disais pas grand-chose, mais en moi ça bouillonnait, je me posais plein de questions auxquelles d'ailleurs je n'ai jamais eu de réponses.
Moi qui étais très souvent malade en voiture, j'avais en plus la trouille au ventre, nous sommes arrivés à l'hôpital, mes parents ont du remplir des documents puis  ils m'ont emmené dans le service. Et là de suite des infirmières souriantes et des femmes de salle se sont occupées de moi.
Mes parents m'ont embrassé et sont partis.
Tout seul, je me suis retrouvé devant un kiné immense, c'est dingue, un monstre, un colosse. Il m'a dit : "tu sais pas, va aux toilettes, profite!".

J'ai pas compris de suite ce qu'il voulait dire, mais quand je me suis allongé sur le lit et qu'il a commencé à me mettre des longueurs de sparadrap le long des jambes, à glisser des cordes, là j'ai cru comprendre que le sol, je n'étais pas près d'y remettre les pieds, et là je me suis mis à pleurer, du jeudi jusqu'au samedi, mes larmes n'ont pas cessé de couler. 
Dans une chambre de six gosses,  j'étais le nouveau.

J'ai appris à faire mes besoins dans un bassin, bon là je rigole, mais c'est pas drôle du tout, car tant que je suis couché, je fais tout pour ne pas y aller sur ce maudit bassin.

Je souris encore tout seul,  en me remémorant cela  !
Le réveil se faisait à six heures trente, mais de toute manière pour dormir, ce n'était pas simple vu que la lumière éclairait les couloirs la nuit entière, donc très souvent je sursautais , et restais  à me demander si je ne rêvais pas, si j'étais  bien là, bien dans cet hôpital à plus de cent trente kilomètres de chez moi.
Quelques fois, je me réveillais brusquement car  mes tractions s'étaient emmêlées les unes dans les autres, ce qui faisait que je ne savais  même plus dans quel sens je devais les tourner pour me remettre correctement.


Mes parents sont là, je les vois arriver,  je pleure à nouveau, bon, n'allez pas croire que je fais que ça non plus, mais j'étais heureux et ces larmes depuis jeudi n'étaient que de joie.    
Alors là, il  faut quand même reconnaître quelques avantages à être dans un hôpital et loin de chez soi , c’est que tout, tout vous est donné bonbons, livres et attentions, tout  vous est offert.
Mes parents ont passé la journée avec moi, mon père lui, ne tenait pas en place, il n'aimait pas être là, pourtant il aurait du savoir lui qui a connu aussi l'hôpital, il sait que c’est long, que c’est dur.  
Ils sont restés jusqu'au repas et ensuite ils ont repris la route. 
Les chambres étaient sur toute la longueur du couloir et communiquaient entre elles par des baies vitrées ; ce qui fait qu’en se relevant de son lit, on voyait tout le monde, de chambre en chambre, trop bien !  
J'ai connu là bas des moments très tristes mais aussi de bons moments où j'ai fait la connaissance de gosses, qui me sont, pour certains, encore bien présents à l'esprit.      
Dans la chambre, nous étions six dont trois à être en longue durée, sur ma gauche Thierry qui avait un problème à la jambe droite,  en face de moi un plus grand que nous,  il était un peu "simple" et énormément atteint dans son corps. Il nous faisait bien rire et il était d'une gentillesse énorme, je revois encore leurs visages  et complètement à l'opposé de moi Robert, lui comme moi nous avions un problème aux hanches, mais lui malheureusement très atteint depuis tout gosse. Personne ne croyait à ses douleurs.  On est très vite devenus amis.  
Amis parce que de toute manière des gosses se lient très vite et aussi parce que notre cours de recréation, c'était notre chambre et notre lit, notre prison. 

Les jours se ressemblaient tous, les uns aux autres,  levés si on peut dire levés, on prenait le petit déjeuner et après, et bien, il  fallait trouver quelque chose à faire. 
Même si les matinées étaient réservées aux soins,  c'était trop long. Depuis ces images de mon passé,  je suis retourné dans cet hôpital et là tout a changé,  des chambres de deux personnes à des chambres individuelles avec la télévision.        
Nous, pour regarder la télévision, on avait  une toute petite salle, très vite remplie par les non marchants,  oui un lit ça prend de la place. Ce qui fait que nous y allions que très rarement.

Robert, lui un singe, un vrai singe harnaché, comme moi,  il nous faisait des trucs inimaginables. Je me rappelle, j'avais les cheveux longs pour l'époque, on s'amusait alors avec quelques élastiques à se faire des queues de cheval partout sur la tête, nous devions être beaux comme tout !   

A cette instant, j'ai une pensée pour le personnel soignant, je tiens à remercier toutes ces femmes si gentilles et tolérantes et surtout très professionnelles  que j'ai pu rencontrer, car, oui, ce n'est pas un métier facile.

Un matin un petit nouveau arrive dans notre chambre, pas très vieux, je dirais moins de dix ans et comme nous tous, il est passé des larmes dans ses yeux qui ont fini par couler le long de ses joues.  
On a beau être gosse, on retient le plus possible nos larmes, mais nos yeux brillants ne cachent pas l'envie de pleurer qui nous prend quand nous rentrons dans cet univers.           
Les infirmières sont venues le voir,  lui ont donné un pyjama et là, enfin nous, on a bien ri ce matin là, mais lui je pense que non…l'infirmière lui a fait une toilette comme pour le préparer à une opération,  lui a demandé de s'allonger et dit qu’elle revenait de suite.          
Elle est alors revenue, mais pas les mains vides, elle avait avec elle deux énormes brocs d'eau, un tuyau et un entonnoir, non je ris pas, c’est bien vrai.         

Elle lui a demandé d'enlever son pantalon et là, le pauvre, nous avons vu disparaître  un morceau de tuyau entre ses jambes et à l'autre bout du tuyau, se trouvait l'entonnoir et là doucement elle a commencé à verser les brocs,  le liquide coulait, coulait, coulait, c’est dingue,  je sais pas combien cela contenait ces brocs,  mais tout y est passé.

Après cela, elle est partie et lui a dit : surtout dans quelques instants, tu vas avoir envie d'aller aux toilettes, elles sont juste là tu vois, tu y vas de suite.    
On ne peut pas dire que cela a duré très longtemps avant que cela  le prenne, mais je peux vous dire qu'il n’a pas couru, non, il a même volé jusqu'aux toilettes du couloir et nous, nous gosses que nous étions, une crise de rire a commencé à nous prendre,  on riait,  ça nous faisait un bien fou, on pouvait plus s'arrêter.         

Il est revenu avec une fille de salle, s’est allongé et peu de temps après, il est parti pour des examens,  nous ne l'avons revu qu'en fin d'après midi.
Mais même si ces longues heures ont du être pénibles pour lui, lui il est retourné chez lui, accompagné de ses parents, il est retourné dans sa maison, il a retrouvé sa chambre et demain, voir le surlendemain, retrouvé ses amis
d'école, quelle chance !          
Tous les quatre, Robert, Thierry et le plus vieux de la chambre, nous, nous restions là,  bien là,  les autres ne faisaient que passer une journée voir deux pas plus. 
Le soir, les filles de salle venaient toujours nous voir avant de partir, tous les soirs nous avions tous le même rituel, tous les trois nous demandions à avoir le bassin, pas toujours l'envie mais à chaque fois, nous avions droit à un rouleau de papier toilette chacun et on se débrouillait pour les garder chaque soir. 
   

 

Un petit jeu que nous avions trouvé une fois les filles de salle parties, nous prenions nos rouleaux de papier toilette  et les entourions d’élastiques afin de bloquer le papier et là un jeu tout simple commençait. On se lançait à travers la chambre les rouleaux et il nous fallait les rattraper des deux mains puis d'une.  
Que-est ce que l'on à pu rire  avec nos jeux tout simples dans notre chambre ! Un soir Thierry a loupé le rouleau qui est tombé entre nos deux lits,  on s’est précipité tous les deux pour l'attraper par terre sauf qu'il a oublié son plâtre et en se penchant le poids de celui ci l’a fait tomber par terre.   
Tant bien que mal, il est remonté dans son lit et là, il a vu que sur le dessus du plâtre une grosse fissure apparaissait, résultat, le lendemain salle de plâtre et on défait et on refait un plâtre.

On s’est bien fait disputer mais cela ne nous a pas empêché de recommencer notre jeu.        
Notre chambre était l'avant dernière du couloir et la seule baie vitrée où l'on ne voyait rien était derrière Robert.
 
Les vitres étaient grisées,  on ne pouvait pas voir de ce qui se trouvait derrière, mais on savait.
On savait tous que dans cette chambre était une jeune fille qui se trouvait dans le coma depuis des années, si je me souviens bien. Sa mère passait tous ses après midis avec elle, tous les jours vers 14h, elle était là,  on la voyait passer devant notre porte et tous les soirs repartir.   
On était au courant parce que quand nous faisions trop de bruit, les filles de salle nous avaient expliqué qui se trouvait derrière ces vitres et pourquoi,  alors l'après midi, c’est  vrai que nous étions calmes, très calmes.           
Je me souviens que Robert avait demandé à un des gosses d'aller gratter cette peinture présente sur les vitres  pour que l'on essaye de la voir.
Moi je l'ai vu un an après,  mon lit était juste derrière elle,  je l'ai vu,  elle avait autour du cou comme un collier de trombones et un tuyau dans la gorge,  je l'ai vu et j'ai vite retiré mes yeux de la vitre. Elle avait de très beaux cheveux longs et bouclés.      
Un soir en jouant avec notre jeu du rouleau de papier toilette, Thierry a lancé  tellement fort en direction de Robert qu'il n'a pu le rattraper et a frappé la vitre.   
Un bruit énorme dans nos têtes a résonné et là tous les trois, nous nous sommes calmés, nous avions tous les trois peur qu'elle se soit réveillée et qu'elle vienne dans notre chambre.         
Quelques années plus tard, je me rappelle avoir raconté ce moment et me dire comment j'aurai aimé qu'elle se réveille,  du à notre bruit, à notre jeu bête,  oui,  j'aurai vraiment aimé.
Je ne sais qu'une chose, c’est que l'année suivante à ce que j'écris, je l'ai vu et que c’est la dernière fois que j'ai entendu parler de la jeune fille d'à côté de notre chambre.
Je me suis toujours dit qu'elle s'était réveillée, que sa mère avait retrouvé le sourire mais j'ai peur d'avoir malheureusement  tort.


Les jours qui passent se ressemblent , les week-ends aussi,  mes parents arrivaient le samedi,  partaient et revenaient le dimanche.       
Je me souviens que mon père, souvent installé au bout de mon lit, levait légèrement mes poids et que par magie ma jambe remontait toute seule,  le moindre mouvement sur mes tractions je le sentais, c’est fou la sensation que cela me faisait. 
Ces tractions, si je me souviens bien ou plutôt si j'ai bien compris,  servaient à  décoller ma tête de fémur du bassin,  quelque chose comme ça... 
24 décembre 1974 enfin, enfin, j'ai l'autorisation de sortir de l'hôpital pour passer Noël chez moi. Cela fait maintenant 18 jours que je suis attaché à ces poids,  je vais pouvoir être libre.
Fin de matinée, le kiné arrive et là je me retrouve libéré,  je vous dis pas comment ça arrache. Les sparadrap collés à mes jambes font que je suis sale,  c’est tout noir la dessous et j'ai les marques même des trous du collant, ça fait un effet...
Je me souviens que l'on m'avait dit que j'aurais le droit de marcher un peu, juste un peu, donc, moi  le petit "Manu"  que j'étais alors, n'a pas attendu de savoir s'il avait le droit ou pas ! En cachette, une fois que tout le monde est sorti, j'ai eu qu'une envie, marcher !

Une grande question dans ma tête, est-ce que je saurais toujours marcher, quelque part j'avais la peur de ne plus savoir, j'avais peur de devoir réapprendre à marcher.         
Alors je me suis lancé,  j'ai laissé mon petit corps de gosse glisser le long du lit tout en me tenant bien. Mes jambes ont touché le sol,  une sensation de fourmillement m’a prise,  je me suis appuyé sur mes deux jambes et ai commencé à marcher.         
D'un premier pas, j'en ai fait un second, j'avais l’impression de descendre une pente, de marcher en descendant un chemin de montagne, je dirais.  
Là,  j'ai eu peur et j'ai "bondi" dans mon lit.         
En début d'après midi ma tante et mon oncle sont venus me chercher,  la route ne m’a pas paru longue.
Je suis arrivé devant chez moi où  tout le monde m'attendait,  tous avec un sourire,  j'étais heureux c’est vrai de rentrer chez moi après ces jours d'hospitalisation, heureux de me sentir ici, là sur cette banquette dans le salon.          

Là j'ai fait la découverte du cadeau qui avait été fait à mon frère, une chienne papillon, toute petite, ma mère me l’a apportée et me l’a déposée sur les jambes, j'ai voulu la caresser et madame enfin mademoiselle, c’est empressée de me faire dessus,  ce qui a mis un terme à une longue amitié qui aurait pu naître.         
Faut dire que je préfère les chats, c’est doux, ça ronronne, c’est câlin !  
La soirée c’est super bien passée,  j'étais heureux, en plus installé comme un roi devant la télévision, il
 faut dire que ça me manquait aussi ce petit écran.
Ma tante a eu la merveilleuse idée de m'emmener à la crèche vivante à une quarantaine de km de chez moi, je venais de faire dans l'après midi 140 km de route, couché et là on recommençait,  non mais franchement !  
Partir pour arriver à la nuit, voir une foule de personnes marcher vers une église,  accompagnée de bergers, de moutons, d'ânes...       
Nous sommes rentrés tranquillement et là une fois couché des démangeaisons dans les jambes m'ont prises mais à ne plus s'arrêter, j'en hurlais,  je me grattais, je n'arrêtais pas, j'avais les jambes gonflées. Après des appels à l'hôpital, au médecin et aux pharmacies de garde, j'ai du m'endormir avec une crème sur les jambes et quelques comprimés.     
Je ne parlerais pas des cadeaux de Noël, je ne m'en souviens pas, il devait y en avoir beaucoup mais tout ce que je sais, c’est  que le plus beau cadeau que j'avais eu, c'était de sortir de l'hôpital.       
Le 26 décembre 1974,  retour à l'hôpital...
Nous sommes passés voir un de mes copains parce que c'était l'un des seuls à prendre de mes nouvelles et avec lui, tout gosse on rêvait de devenir cuisinier ou archéologue... des rêves de mômes...


Ensuite, nous avons repris la route de Tours,   oui demain matin, je vais au bloc pour l'opération, la première pour mes jambes et cela ne sera pas la dernière, croyez moi,  là souvre un long chemin et le début des opérations.
J'ai retrouvé la même place, dans la même chambre, mes deux potes sont eux aussi rentrés dans la journée.          
Une fille de salle vient me voir, m'embrasse, me souhaite un bon Noël et m'offre un petit paquet.
Tous les enfants de l'hôpital ont eu la même chose, un père noël en chocolat, quelques pâtes de fruits et une maquette, si je me trompe pas.           
La soirée arrive à grand pas et là pas de chance, pour moi juste une soupe, une toute petite soupe et un yaourt, ce n’est pas grand-chose, il faudra faire avec.       
Juste après le repas une infirmière arrive avec sa table roulante remplie d'accessoires, là elle me demande de me déshabiller et elle s'installe près de moi, elle est munie d'un rasoir et me rase, elle a passé le rasoir partout, du torse jusqu'a mes chevilles...
Ensuite elle me donne un produit et me conduit à la douche et là,  un bain et une douche, deux douches avec ce produit marron qui sent mauvais, mais vraiment une odeur !  la betadine. 
Elle m'enroule dans un drap antiseptique bleu, me prend dans ses bras et m'emmène dans mon lit et là, on recommence avec un pince où elle a accroché au bout un coton rempli de betadine,  elle passe et repasse le coton, je suis marron non, non, j'ai pas pris le soleil, mais je suis d'une couleur atroce, marron rouille.
Ce soir là je n’ai pas trop dormi, pourtant il m'avait donné un médicament, mais j'ai tourné et tourné toute la nuit.     

Au matin, un peu plus tôt que d'habitude, l'infirmière du matin vient, me réveille et me dit qu'elle a encore quelques soins à me faire.  A nouveau,  la bétadine !
Je suis pas trop fier quand elle prend une seringue, je vous dis même pas la taille de la seringue,  mais là où je commence à flipper le plus, c’est quand je vois la taille de l'aiguille. C’est pas possible plus long, elle rentre pas dans la pièce ou alors faut faire un convoi exceptionnel !  
Un petit coup de coton, elle me pique, une douleur immense m'envahit le bassin ; j'ai l'impression qu'elle a traversé mon corps et que l'aiguille a  touché le matelas tellement elle m’a fait mal, c’est dingue ça, pour pas avoir mal on commence par vous faire mal…puis elle m'a dit, décontracte toi,  ça je l'étais, oui, pour être décontracté, tout était mis en oeuvre et j'ai senti le liquide me pénétrer doucement mais avec une violence aussi forte que cette fichue aiguille,
J'avais l'impression qu'elle n'allait jamais s'arrêter.            
Il parait que le liquide est gras et qu'il peine à rentrer, c’est la  raison pour laquelle elle y va doucement mais je peux vous dire que pour être épais, oui,  il doit l'être.   
Enfin elle retire l'aiguille mais j'ai toujours l'impression de l'avoir, ce n’est pas possible, elle a oublié un truc en moi,  j'ai mal et quelques larmes ont encore coulées le long de mes joues.  
Je bouge ma jambe pour écarter cette raideur, mais rien, au contraire plus je la bougeais plus j'avais mal.      
Il me restait à attendre que l'on vienne me chercher.
Mes potes étaient réveillés et prenaient leurs déjeuners tranquilles devant moi. Ils ne manquaient pas d'air quand même manger devant moi, moi qui n'avais pas le droit,  et la solidarité, non ne vous croyez pas !   

Thierry est venu me parler un peu. A Noël, il avait eu un jeu d'échecs, il m’a proposé de jouer et comme je ne savais pas,  il m'a appris à déplacer les pièces une par une.     
Il y a une chose qui me fait sourir ,  c’est qu'apprendre les échecs enfin apprendre c’est vite dit, un matin d'opération, je pense que nous sommes peu à l' avoir fait avant de franchir ces grandes portes et d'entrer dans le bloc opératoire !   
J'ai juste eu le temps de comprendre un peu, puis  on est venu me chercher. On m’a emmené avec mon lit et là j'ai traversé le couloir sur toute sa longueur,  traversé le côté des filles ! Même pas eu le temps de m'arrêter faire connaissance, car direction les deux portes du fond.     
A l'entrée, c'était bien marqué passage interdit bloc opératoire, nous on avait des laissez-passer  !   
Alors sur ma gauche,  bloc B et un petit peu plus loin bloc A.       
Le bloc B, j'aurais le temps de le connaître plus tard.         
Le bloc A, c'est une immense salle, énorme avec une table d'opéation en plein milieu, surplombé d'un immense spot qui éclairait très bien,  je crois bien que l'on aurait pu éclairer un stade avec,  non je plaisante !       
On m'installe sur la table d'opération et une personne, une femme masquée est venue me parler et en même temps m'installer sur le dessus de la main une aiguille munie d'un petit  tuyau.
Bon sur le dessus de la main,  ça picotait quand même pas mal quand elle m'a introduit l'aiguille mais je préfère cela à la précédente piqûre.         
Elle m'a installé un petit oreiller sous ma tête,  une petite forme de boudin, je n’étais pas trop mal installé, un peu dur le matelas, mon petit corps de gosse recouvert d'une nuisette bleue ouverte et d'un drap, enfin il ne faisait pas chaud du tout.
Là,  elle m'a parlé,  m’a demandé de compter à partir de dix en reculant et c’est  parti,  je n'ai pas eu le temps de finir que j'ai senti une drôle de sensation,  mes yeux voulaient se fermer et moi j'essayais de résister.

Elle m’a dit, laisse toi aller, et de toute manière j'ai rien pu faire d'autre, quelques secondes après, je me suis réveillé malade à vomir et des douleurs atroces dans mon bassin.
Bon mince alors,  ce n’est pas quelques secondes après,  vu qu'il parait qu'elle a duré plus de sept heures l'opération, il devait y avoir de gros travaux à faire dedans !    
Enfin tout ce que je retiens, c’est que pour moi cela a duré une seconde, même pas rêvé, rien, mais là maintenant un cauchemar, des douleurs, des vomissements incroyables et j'avais soif, c’est fou, il m'a fallu attendre je ne sais plus combien de temps avant que l'on porte un gant de toilette humide sur mes lèvres.
Je me rappelle l'avoir serré entre mes dents pour aspirer le peu d'eau qui s’y trouvait. J'ai été malade toute la nuit qui a suivi et les douleurs n'ont jamais cessées.
Au matin, j'ai découvert mon corps, j'ai relevé les draps, j'ai vue d'énormes pansements d'où sortaient sur chaque cuisse des tuyaux où du sang se trouvait. 

Oui, ce matin un peu vaseux, il  faut dire que j'ai passé un temps fou à vomir, toute la nuit, malgré les médicaments, je n’ai pas arrêté, il  faut dire qu’ils n’avaient pas le temps d'agir vu que je les rendais aussitôt...
Cela va mal,  mais ça passe, enfin je le dis vite parce que dès le moindre mouvement du bassin tout se réveille et j'ose même pas bouger mes jambes, ni les plier...
La matinée se passe, je dors, je me réveille, je suis un peu encore sous l'effet de l'anesthésie.

En milieu de matinée, l'infirmière arrive pour les premiers soins, une table remplie d'instruments. Bon,  c’est reparti ou plutôt c’est parti avant c'était supportable ! 
On va commencer à toucher les plaies... J’ai peur parce que je ne sais pas encore ce qui va m'arriver.        
Elle me demande de me mettre sur le côté avec gentillesse mais bon déjà que je peux à peine bouger alors me mettre sur le côté,  elle plaisante ou quoi !

Bon,  elle m'aide à me tourner j'ai mal et la peur ne fait qu'empirer les choses. Déjà les plaies me font mal mais en plus les tuyaux enfin les drains me causent plus de soucis,  ce truc vivement qu'ils m'enlèvent ça. 
L'infirmière avec délicatesse défait les pansements très, très doucement. Ils sont remplis de sang et collés donc elle fait attention.         
De toutes mes interventions,  jamais je ne pourrais dire qu'elles n'ont pas fait attention à ne pas me faire mal, elles seront, opérations après opérations, toutes gentilles et méticuleuses même s’il m'est arrivé de me prendre la tête une fois avec l'une d'elles,  elles seront toutes prévenantes avec moi.            
Voila la plaie est à l'air, c’est bizarre, je sens que plus rien ne la protège,  j'ai l'impression que c’est  frais dessus.

Avec un ciseau où elle a inséré au bout une compresse, elle glisse sur ma cicatrice et là un bien fou,  c’est doux,  c’est frais,  ça fait un bien incroyable.      
Le reflex que j'ai eu et que j'aurais toujours à chaque pansement,  c’est de regarder ma plaie,  de regarder à chaque fois comment c’est.            
Faut dire que c’est pas joli quand même,  des fils, il y en a un paquet,  je peux vous le dire, cela part du haut de mon bassin pour descendre jusqu'à côté de mon genou,  ça fait un sacré bout de chemin quand même.

Elle s'occupe de moi rapidement parce que ma position n'est quand même pas idéale,  même si elle m’a bloqué avec des coussins,  je commence à peiner et j'ai encore l'autre jambe à faire.
Bon voila,  tout est fait, avec joie je me retrouve allongé et frais j'ai, l'impression que je revis,  c’est fou,  bon cela vaut pas une bonne douche mais c’est déjà ça.  
Des douches,  suis pas près d'en prendre une,  croyez moi !   
J’ai faim,  j'ai une faim,  c’est fou et c’est bientôt l'heure du repas,  je sais plus ce qui se trouvait sur le plateau,  mais je sais une chose,  j'ai tout mangé avec plaisir,  j'ai rien laissé.  
En début d'après-midi, juste avant la sieste, une fille de salle est venue me passer une huile sur les talons, j'avais des fourmillements et elle m'a passé de la lotion sur le dos,   cela m'a fait un bien fou. J'étais mal à force de rester allongé sur le dos et pour éviter les escarres, j'aurais droit à ce massage assez régulièrement.  
Je n’ai jamais eu d'escarres, tant mieux et je n’aurais jamais d'oscar tant pis !    
Les jours ont passé tranquillement, tout se déroulait bien, je ressentais doucement mon bassin même si par moment c'était pas encore ça, tout allait bien.        
Le troisième ou quatrième jour, au matin, l'infirmière m’a dit les drains ne donnent plus rien,  on va les enlever alors là,  alors là,  j'étais content et c’est  pas peu dire croyez moi !
 
Alors elle me dis,  c’est parti,  j'inspire à fond et là une douleur violente me déchire la cuisse et me remonte jusqu'au cœur, des sueurs sur mon front sont apparues,  j'ai jamais eu de ma vie aussi mal qu’à ce moment là,  c’est fou, j'ai l'impression qu'elle a mis sa main à l'intérieur de ma poitrine et qu'elle m’a arraché le coeur et déchiré en même temps tout l'intérieur de ma cuisse.
J'ai hurlé,  simplement hurlé, on m'a entendu dans tout le couloir. 
Elle m'a dit de respirer calmement et avec une compresse a épongé le sang qui coulait de ce trou,  une longueur de tuyau incroyable qu'elle venait alors de retirer de ma cuisse. 
Elle a refait le pansement de ma jambe pour m'installer sur l'autre côté et s'occuper de mon autre jambe.
Elle a tout refait comme j'ai écrit avant,  même système pour le second drain,  mais là je savais la douleur que j'avais eu,  je savais que c'était repartis pour la même chose. 
Au moment où j'ai pris mon inspiration,  je me suis tellement contracté que la douleur était encore plus forte , encore plus violente,  je sais pas si c’est parce que je savais mais je peux vous dire que des larmes ont coulé, quand elle a eu fini,  des larmes de douleurs en même temps que des larmes de soulagement se mêlaient les unes aux autres.   
Parce que c'était fini,  je n'avais plus ces maudits tuyaux et pour moi je pensais que je ne pouvais pas avoir des douleurs aussi importantes maintenant.      


Voila le retour du bassin,  cela fait depuis l'opération,   donc je dirais quatre jours,  je battrais mon record  de bassin bien plus tard  puisque je ferais toujours tout pour ne pas y aller...Record à battre 15 jours !       
Alors comment faire pour ne pas aller au bassin sans éveiller les soupons,  tous les matins et tous les soirs, l’infirmière vous demande si vous avez été au bassin,  pas dur, à un moment vous dites oui,  elle vous répond,  c’est  pas marqué sur la fiche et vous,  et bien , elle a du oublié !  Cela  a marché à chaque fois !     
Donc le bassin,  je demande à l'avoir,  mais là mes fils sont justes posés dessus sur le bord, ça fait  mal,  mais en plus le bassin me fait mal lui aussi.     
Les journées s'écoulaient doucement et avec mes potes,  les jeux et rigolades étaient revenus à notre chambrée.

  
Et voila le jour des fils qui arrivent, ce matin l'infirmière m'a dit qu'on enlevait tout.
Elle m'installe, donc je ne vous redis pas comment,  vous le savez.          
Et là, c’est parti,  je redoute un peu, je repense au drain,  elle me rassure et commence par le premier, le deuxième et là un bien fou, ça gratte et elle gratte là juste là sans que je lui dise,  c’est là qu‘elle pose sa lame, ça fait un bien fou.          
De temps en temps,  un fil est sous la peau et ça fait  un  peu mal mais je suis bien, si je me rappelle bien,  je crois que j'avais entre 50 à 60 points par jambes.     
Elle a nettoyé tout cela et m'a remis un pansement,  j'étais bien et soulagé,  ce n'était pas beau, ma cicatrice était très gonflée, c'était moche,  mais tant pis 
 

Nous entendions tous parler d'un centre de rééducation spécialisé près de Guérande, il s'appelait Pen Bron, on devait tous les trois y aller mais pour l'instant ce n'était que des paroles.           
On m'a demandé si je voulais y aller et moi je n’avais pas envie même si mes copains s'y rendaient. Je voulais pas, c'était très loin de chez moi, trop loin
      

Voila,  Thierry est parti dans le centre de Pen Bron,  un  vide s’est  installé dans notre chambre.
C’est morose,  on a l'impression de l'avoir perdu  et en même temps notre bonne humeur.           
Les jours passent,  ils deviennent de plus en plus longs, nous voyons de dehors que le temps gris et  la pluie tomber.           
Nous sommes au chaud dans notre lit, plein de personnes rêvent de rester au lit le matin,  de faire la grasse matinée, plus moi et pourtant j'aimais mon lit, j'aimais le soir aller me coucher, ouvrir discrètement les volets de ma chambre en pleine nuit et appeler ma chatte,  Sophie, oui drôle de nom, je sais.
Parfois elle était trempée mais tant pis je l'appelais et elle bondissait sur le mur, le longeait de tout son long et venait d'un bon sur le bord de ma fenêtre. 
Je la laissais vadrouiller et venir me rejoindre dans mon lit, elle s'enfonçait au fond du lit contre mes pieds, et elle me tenait chaud. Le matin, je me réveillais, elle était juste là, sur le traversin collée à ma tête. Comme ces moments là me semblent si importants maintenant,  c’est fou j'aimerai pouvoir la caresser, l'entendre ronronner.       
Parfois je repense à ma grand-mère et elle me manque, je me dis que jamais elle ne m’aurait pas laissé partir dans cet hôpital, mais je sais que, non elle, elle aurait vu depuis longtemps que j'avais un problème.       
J'étais petit, chétif, je n'arrêtais pas de courir, de faire du vélo et de me prendre pour les plus grands joueur de la planète.   

Et voila le résultat,  au fond de mon lit, je ne bouge plus et je crois que jamais je ne recommencerais à faire un sport, à rêver à tout cela.    
Bientôt, je vais partir pour le Centre de Pen Bron, j'ai peur d'affronter cela et encore j'ai de la chance, on m'a promis que je serais dans la même chambre que Thierry. 
   

Voila, demain je pars ; toutes les filles de salle, les  infirmières viennent m'embrasser, me dire au revoir. 
Quand je pense que j'ai pleuré en arrivant ici, je pleure à mon départ,  c’est dingue,
mais voilà durant le temps passé ici,  je n'ai jamais été mal traité, je me suis fait gronder une fois,  la fois où j'ai fait dans le bassin pour la première fois et que j'avais peur, mais bon c’est tout ce qui c’est passé de mal.   
Donc, je tenais à dire une chose à tous les parents et enfants qui ont ou qui fréquenteront l'hôpital de Clocheville pour enfants à Tours,  tout se passera bien.    

Articles récents

Hébergé par Overblog