Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog
Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Nous quittons Pen Bron. Je suis installé à l’arrière de la voiture...  mon fauteuil roulant et mes bagages remplissent le coffre. 

 

Je me sens perdu, divers sentiments me traversent, et j’ai du mal à tout canaliser. J’ai du plaisir à renter chez moi, c’est vrai mais je laisse tant de visages, d’émotions et d’aventures de  "gosse" derrière moi, et pourtant je ne suis resté que quelques mois dans le centre, mais quand on est enfant tout est tellement grand, important, les amitiés nouvelles ont pris tant de place. Je me sens différent,  j’ai mûri,  mon hospitalisation a fait de moi un enfant beaucoup plus  "grand" et la suite me fera devenir encore plus  fort  peut être un peu plus attiré par le regard des autres.

 

Il n’y a pas un mot dans la voiture, uniquement la radio dont j’entends le son mais je ne sais pas ce qui se dit…
Mes yeux se remplissent de Pen Bron, je veux tout graver en moi avant de partir,   je me retourne et l’entrée du centre disparaît chaque seconde un peu plus. Puis mon père tourne à droite,  en direction de Guérande
Je regarde, je fixe, je maintiens mon regard le plus longtemps possible pour ne pas oublier tout ce qui entoure le centre,  les légères dunes traversées de chemins  qui emmènent  à la  plage mais aussi,  juste sur ma gauche, un au revoir aux enfants de Pen Bron, ces enfants qui restent là à tout jamais, ces enfants qui ne me sont plus étrangers, j’ai mis des prénoms sur ces petites tombes…

 

La route commence et mes yeux sont embués de larmes,  mais rien ne coule d’eux, peut-être parce que la tristesse est trop grande.

Triste alors que je ne voulais pas venir, triste alors que je voulais partir aussitôt arrivé, et maintenant, je souffre de quitter cet endroit…

Je ne sais pas ce que je veux, si je sais ce que je veux, retrouver ma famille mais je ne veux pas perdre les moments passés à Pen Bron,  n’y ceux de l’hôpital Clocheville. Je sais que je n’oublierai jamais ces derniers mois écoulés  entre rires et batailles,  entre douleurs et plaisirs,  je resterais  pour toujours un enfant de Pen Bron.

 
Mes parents se mettent à discuter, ils parlent du centre,  ils ont l’air ravi. Moi,  je pense que le fait d’être venus me chercher les rend heureux mais ce n’est pas pour cela qu’ils le sont…
Une bonne partie de la route se fait sans que je sois malade et là c’est un miracle mais les miracles avec moi en voiture,  cela ne dure pas. Bientôt  le mal au cœur s’installe,  l’envie de vomir me prend mais je sais que mon père n’aime pas s’arrêter, qu’il aime rouler sans aucune halte alors je vais tenir le plus longtemps possible, sans rien dire.

Pour ne pas penser à mon mal au cœur, j’essaye d’imaginer ce qui se passe au centre,  que font mes copains,  que fait marie France ? Je pense à eux, j’imagine car il est vrai que les samedis après midi que j’ai passés au centre sont rares vu que la plupart des week-ends  j’avais eu la chance d’avoir de la visite.
Je ne connais pas la route que mon père prend pour rentrer à la maison,  je ne sais pas par où on va passer pour rentrer,  ni les villes que l’on traverse à cette époque. Nous rentrons par la nationale et pour un samedi,  il n’y a pas trop de monde sur la route.
Tout ce dont  je me souviens, c’est d’être passé par Saint-Nazaire, puis direction Nantes et Tours, je crois…

Le seul souvenir est que je ne tenais plus et j’ai commencé à dire a mon père de s’arrêter,  que j’allais rendre, que j’étais vraiment mal.
Alors d’habitude quand cela m’arrive, mon père se gare comme il peut,  je sors de la voiture… mais là que faire je ne peux pas marcher.
J’ouvre la portière et je suis allongé sur le ventre,  ma tête sortie,  j’ai mal au ventre,  mal au cœur mais surtout mal aux jambes, je ressens  des douleurs, des spasmes si violents que je souffre jusque dans mon bassin.
La route me semble longue mais  pour mon père, davantage encore, car il vient de faire l’aller et  je suis malade donc il s’énerve. Une voiture devant lui  roule au pas et impossible de la doubler…Enfin l’autorisation de doubler,  mon père accélère,  la voie est libre  dans l’autre sens,  il double,  accélère mais là l’autre conducteur accélère aussi alors qu’il n’a pas roulé sur des kilomètres ; il semble qu’il veut empêcher mon père de doubler.

Mon père est forcer d’accélérer encore… Mais  les gendarmes installés au bord de la route lui font signe de se garer,  mon père freine mais il roulait très vite,  il lui faut donc un long moment pour se garer.
Les gendarmes arrivent et sermonnent mon père en lui faisant remarquer les infractions.  Mon père a beau expliquer que le véhicule avait accéléré au même moment mais rien n’y fait …

Il invoque alors le fait  que je viens de sortir d’un centre de soin et que je dois aller impérativement à l’hôpital et que je suis malade, il essaye par tous les moyens d’éviter d’être verbalisé mais rien n’y fera, il aura son PV.
Il est en colère,  quelle journée…,  mais voila on peut rien y changer.
J’apprendrais plus tard que mon père a écopé d’une semaine de retrait de permis,  qu’il ira le donner au commissariat de Châteauroux.


Nous sommes arrivés en fin de journée,  je me souviens du sourire que j’avais en rentrant dans Châteauroux et une fois passé le pont, d’être à nouveau  dans la petite ville de Déols, à ce moment là, je me suis senti bien.

La maison était toujours entourée de l’épicerie et du boulanger. La voiture enfin garée sur le parking, face de la maison,  tout le monde se précipite, donne un coup de main au déchargement dont je faisais parti !
Je n’ai pas été installé sur le fauteuil roulant, non,  on m’a porté et installé sur la banquette du salon et là durant un instant, à nouveau  bien installé chez moi,  j’avais l’impression que je n’étais jamais parti, rien n’avait changé.
Mes tantes étaient prés de moi mes oncles aussi,  tout le monde était ravi que je revienne à la maison  et moi aussi j’étais heureux.

Mon frère, que je n’avais pas vu depuis Noël dernier, était près de moi  avec sa tignasse si longue et d’un blond presque blanc,  alors que moi j’étais tout le contraire bien brun mais pour ce qui était de la longueur des cheveux,   je rivalisais maintenant,  mes cheveux n’avaient  pas été coupés depuis quelques temps.
Fatigué sans que je le sois vraiment,  ma tête tourne un peu, je prends conscience de tout ce qui m’avait manqué.
On m’a amené ma petite chatte Sophie, quel plaisir de la retrouver, de sentir la douceur de son pelage. Elle me reconnaît,  elle est là sur mes genoux à se laisser caresser, elle ronronne. C’est bon de sentir ce petit animal blotti contre moi.
 
La soirée arrive très vite,  la vie reprend son cours, je suis installé sur la banquette mais j’ai envie de bouger et personne ne se demande si je dois d’aller aux toilettes…
Je ne dis rien,  me laisse glisser à terre et me dirige vers l’escalier. Je réapprenais à me déplacer enfin sans faire de bruit pendant que tout le monde était  à préparer le repas en cuisine. Mon père devait être parti prendre l’apéritif,  comme il le faisait avant au bar du coin.

 
Moi je commence ma première escalade des escaliers ;  Les toilettes sont   à coté de ma chambre et il y a du chemin…
Tranquillement, prudemment,  une à  une  et de coté je fais passer mes jambes sur la marche suivante et de mes mains, je prends appui pour poser mes fesses et ainsi  jusqu’à la dernière marche.
Enfin j’atteins  le  "sommet",  il ne me reste plus qu’à traverser le couloir, qui est pour moi assez long pour mes premiers pas,  non pas mes pas car  ce sont mes bras qui me portent de chaque coté du corps,  je les  pose et pousse et mes fesses suivent.
Enfin ma chambre,  rien n’a vraiment changé,  mon bureau est toujours là, mon bureau où je fais toujours mes leçons avec plaisir, avec envie, où je m’efforce d’apprendre… non  je plaisante… mais le fait de l’avoir retrouvé m’a certainement fait délirer un instant.
Et juste après les toilettes,  mais là petit problème… comment les atteindre…mais quand on est gamin, rien ne peut vous arrêter non !
Qu’est-ce que j’ai pris quand on a su que j’étais parti à l’aventure à peine arrivé mais mon père a eu raison de me disputer, car là j’avais été bien inconscient, je venais juste de rentrer du Centre.
Mais il fallait aussi que je me débrouille parce que quand j’allais me retrouver seul quand tout le monde serait parti au travail ou à l’école,  je serais bien tout seul pour me débrouiller…

Articles récents

Hébergé par Overblog