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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Traverser à nouveau la ville ,me redonne de belles et douces sensations . Je suis bien chez moi , enfin je crois ou pense l'être
Mon oncle gare la voiture juste devant l'école . A ce moment là ,recommence l'opération inverse , qui est de déplier mon fauteuil roulant et de m'installer dedans.
Je suis à la fois heureux , content , mais j'ai en moi un peu la trouille de retourner dans la cour .
Je sais que je vais retrouver mes copains mais j'ai la peur au ventre.

Cela fait très longtemps que je ne suis pas revenu ici .Mon retour chez moi a déjà été un moment immense et intense .
Retrouver ces moments de la vie d'avant me troublent et me perturbent un peu.
J'ai l'impression de revivre comme une sorte de rentrée scolaire , mais aujourd'hui je suis le seul et unique élève .
Mon oncle pousse mon fauteuil roulant vers l'entrée de la cour de l'école . Tout le monde est encore dehors .La foule d'enfants qui était en train de jouer juste avant mon arrivée ,
s'arrête .
Quelques uns me regardent sans bouger et d'autres s'avancent vers moi .
Les maîtres d'écoles , au courant de mon retour viennent eux aussi vers moi ,ainsi que Monsieur Huguon , le directeur .
Au fur et à mesure , une foule d'enfants vient m'entourer . j'arrive à apercevoir des copains de classe ,qui eux me connaissent bien .
Un sourire se dessine sur mon visage et je me sens de mieux en mieux et rassuré . Ils sont heureux de me voir et de me parler ,et moi aussi d'ailleurs .
Seulement , je suis un peu perdu d'avoir autant de monde s'agglutiner autour de moi ,aussi bien des enfants que je connais et d'autres que je ne connais pas.
J'ai l'impression d'être une star , qu'il faut absolument voir ,toucher . C'est incroyable quand même !!!!
Je suis sûr que pour certains , si j'étais arrivé en marchant comme eux , mon entrée serait passée inaperçue.
Monsieur Boissinaud , lui , se dirige vers moi . Il est toujours pareil ,grand , il porte ses lunettes et il a toujours la barbe .
Il a un sourire aussi grand que le mien . Il vient me saluer et je me sens bien .
C'est bizarre pour moi , non , qui n'aime pas l'école de dire que je suis bien . Ce maître là , a toujours su se faire aimer par les élèves de sa classe .
Et je suis certain que beaucoup d'entre eux se souviennent encore de lui .
Il me parle , me pose plein de questions , je lui réponds et de moins en moins d'enfants restent avec nous . Ils retournent pour la plupart jouer ou reprendre leurs différentes occupations
qu'ils avaient ,avant mon arrivée.
La cour a très vite retrouvé ses cris d'enfants et ses petits groupes au quatre coin de la cour.
Quelques minutes se passent quand retentit la sirène annonçant la reprise des cours .
Là ,tous les gosses se dirigent à un endroit précis pour se mettre en rang deux par deux pour former une belle et droite ligne indienne .
Ce doit être le même rituel dans toutes les écoles de France .
Je retrouve mes copains de classe , là ,tous en rang ,attendant le signal du maître pour avancer . Et moi , je suis sous le préau du bâtiment , enfin moi j'appellerai ça plutôt un hall.
L'école est toute neuve , je l'ai vu se construire quand nous étions encore dans l'ancienne . Nous venions même faire du sport dans l'immense terrain se trouvant derrière celle ci.
Une belle école : comme tous mes camarades , nous avons découvert ce nouveau et grand bâtiment en Septembre 1974.
La vieille école qui abritait les classes de primaire , est toujours debout . Maintenant ,elle accueille la classe des maternelles. Et le primaire est doté de locaux tout neufs.
Le bâtiment est situé sur un rez de chaussée et un étage . Les files d'enfants avancent presque toutes en même temps.
Une danse de file indienne se dessine doucement , certaines s'entrelacent vers le couloir du bas et d'autres empruntent l'escalier pour rejoindre leurs classes.
Moi , la mienne est à l'étage et ma classe avance et monte l'escalier que j'ai si souvent comme eux gravi et monté les marches deux par deux , il y a quelques mois.
Mais là ,je suis toujours dans le hall.
Moi ,je pensais que j'étais juste venu voir mes copains de classe et mon maître et qu'ensuite je les laisserai travailler et que moi ,je rentrerai chez moi.
Hé bien non ,une belle surprise m'attend : mon oncle et le maître , chacun d'un côté du fauteuil ,me soulèvent et je me retrouve en haut de l'escalier .
Sur la gauche de l'escalier , je retrouve la porte de ma classe où tous les élèves attendent que le maître leur dise d'entrer.
Bien sur , la place que j'avais , est occupée par un autre élève. De toute façon ,avec mon fauteuil ,je reste dans le fond de la classe .
Une table est installée pour moi ,et là je suis en classe comme avant le 05 Décembre 1974.
Il n'y a aucun bruit . Le maître explique ma venue d'aujourd'hui , mon absence de ces derniers mois et de mon retour avec eux .
J'ai l'impression de me retrouver un lundi matin ,où nous avions l'habitude de raconter notre week end chacun notre tour.
Seulement ,l'histoire , c'est moi qui la raconte aujourd'hui et tout seul .Je leur explique tout ce qui s'est déroulé depuis ma première visite à l'hôpital de Clocheville.
Je leur dit que c'est un hôpital pour enfants . Les mots ,les phrases s'enchaînent , je leur parle pendant un long moment de ce qui m'est arrivé : des moments où j'étais un peu
perdu , seul et les moments de rigolades.
Je me suis fait des copains pendant mon séjour ,et je leur fait le récit de nos fous rires , la description des chambres d'hôpital, de mon Noël passé chez moi ,de mes
opérations ,et mon départ au Centre de Pen Bron et de la vie que j'avais là bas.
Le plus dur pour eux , était de de leur faire comprendre pourquoi, j'étais dans un fauteuil roulant maintenant, alors qu'avant je marchais et que tout allait bien.
Mon opération nécessite un long moment sans avoir le droit de marcher ,même si je peux marcher , mais je n'ai pas le droit . Ils ont du mal à comprendre:
"il peut marcher ,mais il est dans un fauteuil roulant " !!!!!
Alors , mon maître a essayé aussi de leur expliquer , mais il est vrai que c'est compliqué de faire comprendre ca à des enfants , même si moi ,je savais que je pouvais
marcher , me mettre debout ,je n'en avais pas le droit. Moi ,je l'avais très vite compris ,mais pas eux .
Pendant un très long moment ,je leur ai raconté ma maladie , ma manière de vivre , de me déplacer :soit en fauteuil roulant ,soit assis parterre.
Ils m'ont posé beaucoup de questions et moi ,je leur ai donné des réponses ; des réponses de gosse .Des réponses de gosse qui sont parfois et souvent plus drôles pour éviter
de parler de maladies.
Pour moi ,ce qui m'arrivait n'était pas une maladie ( même si c'était le cas ) car je ne me suis jamais senti malade.
Etre malade pour moi c'est avoir la rougeole , la grippe ,la varicelle ,les oreillons ,une angine ,enfin des maladies que nous avons tous eu à un moment dans la vie.
Ces maladies qui vous clouent au lit avec une bonne fièvre ou une grosse toux . Voilà ,pour moi ce que c'est une maladie.
Je n'ai pas eu un seul moment un de ces symptômes , je suis bien ,je me sens bien ,sauf que je suis cloué depuis plusieurs mois dans mon lit ,le plus souvent de la journée
et maintenant depuis mon retour ,je passe plus de temps assis le cul parterre ou dans mon fauteuil.
Il y a une chose qui me fait sourire . Quand on est gosse ,on a des vêtements pour la semaine et d'autres pour le dimanche . Ceux là sont plus beaux et plus neufs .
Et bien ,pour moi ,c'est la même chose ,c'est du pareil au même ,comme on dit .
Oui ,je vous vois sourire ,sans trop comprendre ,mais c'est très simple !!!
Quand je suis chez moi ,je passe la plupart du temps assis parterre ,à vivre en rampant le sol.
Tout est hors de portée pour moi ,alors il faut sans cesse que je jongle pour avoir la possibilité d'attraper la moindre chose .
Je me démène pour monter les escaliers , atteindre la cuvette des toilettes , ou même m'installer sur une chaise pour faire ma toilette ,même si souvent quelqu'un est là
avec moi ,en ce moment c'est ma tante Christine qui est là ,donc ca va .
Quant aux jours de sorties , je me retrouve assis dans ce beau fauteuil roulant bleu . Mon père a installé un système qui me permet d'avoir les jambes complètement allongées.
Pour moi c'est un jour de fête , un dimanche . Je peux mieux profiter des choses et je me sens un peu plus libre de mes mouvements.
Donc pour moi, l'inconvénient était que j'étais tout le temps au sol, comme un rampant. Mais je ne me sentais pas malade , j'étais en bonne santé.
Il y a des maladies qui sont graves et longues à guérir et aussi qui vous font souffrir .
La maladie n'est pas physique ,mais pschychique . C 'est plus dans la tête que l'on souffre : regarder les autres jouer, courir, faire du vélo etc ... oui ca pour moi, c'est dur ,
surtout que j'étais un enfant qui bougeait beaucoup. Alors oui c'est vraiment dur pour moi.
Mais en 1975 qui se préoccupe de tout ca, qui pense qu'un enfant ou un adulte peut souffrir, et vivre avec la douleur.
Personne, non personne !
Pourtant, si vous étiez à notre place un tout petit peu( on vous la donne ) ,peut être que vous comprendriez notre douleur ,notre souffrance.

 

Cette incompréhension est insoutenable et inhumaine.

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