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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Il y a quelques jours maintenant que je suis rentré, et que dire. J'ai beaucoup d'émotion. Je regarde les nombreuses photos, oui Arnaud, les nombreuses photos de la mer et des coucher de soleil, et là j'ai un grand sourire pour toi. Merci à tous pour ces formidables moments de partage, d'écoute et d'attention, de rires  et de confidences.  

Merci à Bernadette, Jocelyne, Odile, Claire, Arnaud, Rémy. Avec toutes mes pensées  

 

Ce matin j’ai tout préparé -  mes affaires sont là,  une valise et un sac… Je suis prêt. Je quitte ma famille, mon appartement pour Pen Bron.  Il m'était vivement conseillé  une rééducation, elle  était prévue mais je la repoussais encore et encore… Je n’avais pas envie de retourner à l’hôpital de Tours pour une hospitalisation de quelques semaines, donc je reculais sans cesse l'échéance.

 

Je recherche souvent sur Internet des informations sur  Pen Bron, revoir ce que ce lieu offre, je fixe bien souvent les photographies que je trouve ici et là.   

Et un besoin de ressentir davantage ce lieu, de partager mon expérience,  me submerge…

Pourquoi là, maintenant…… Je me renseigne un peu plus et je m'aperçois que le centre de Pen Bron rencontre bien des difficultés.

Et monte une envie de retrouver cet endroit et l'enfant que j'étais…

 

Je copie l'adresse email  du centre et me lance dans la  rédaction d'une lettre…plutôt spontanée  et que j’envoie rapidement. J’explique qu’enfant j’avais été hospitalisé dans l’établissement et que quelque part au fond de moi j’ai le souhait,  le besoin de revenir visiter le centre, d’y retrouver plein de souvenirs, des images de quelques mois d'enfance, des instants qui sont  en moi,  que je n'ai jamais oubliés comme je l’ai raconté dans mon témoignage. Voila je relis à peine, je clique sur envoi… et  je souris et espère avoir une réponse et que tout cela sera possible.
Après quelques semaines,  j’ai eu une réponse positive de Pen Bron, je vais enfin pouvoir y retourner,  ne plus en faire le tour, comme je faisais parfois lors de passages discrets dans la région  mais entrer à l’intérieur du centre, respirer….
Les souvenirs d’enfant allaient être  ravivés, je le sais, j'attends cela  mais une chose importante pour moi est de marcher,  oui marcher,  être fort, et gravir les marches de l'entrée….

 

Le lundi 15 juin,  j’ai eu la chance de me retrouver devant cette  magnifique entrée, je suis là à regarder cette façade et je monte les marches une à une, quelle sensation, que de choses me sont passées alors dans la tête.

Madame Guillard me fait visiter le centre, une femme  souriante qui   me reçoit avec une gentillesse et je veux encore la remercier de toute l’attention qu’elle m’a offert.


Une fois à  l’intérieur, je me suis arrêté un peu,  mes yeux sont embuées de toute l’émotion ressentie à ce moment…
J’ai donc fait le tour du centre et me suis souvenu de chaque endroit,  de l’école où Marguerite me donnait les cours, de la cour… c'est impressionnant  tout me revenait et me faisait face.

Une fois arrivé devant le bâtiment où se trouvait ma chambre, 35 ans auparavant,  l'émotion m'a fait trembler. Madame Guillard m’a proposé de prendre l’ascenseur, je le connaissais.
Non,  j’ai préféré prendre les escaliers,  monter ces marches que je n’avais jamais pris ni même vu.
Une fois au premier étage, et après quelques pas dans le couloir, Madame Guillard m'a demandé si je m'y retrouvais un peu et je lui ai répondu que oui, et qu'en tournant légèrement à droite,  on allait retrouver la salle des infirmières puis juste après la salle des bains.

Nous avons poursuivi la visite et tout était comme avant,  même le sol…ce carrelage, oui c'est  le même !
La seule chose qui a changé et là je le comprend,  mais j’ai trouvé cela très triste : c'est la chambre, notre chambre,  notre grande chambre, celle où tous les enfants venaient prendre les repas et où nous nous retrouvions tous le soir pour bavarder, ou bien très souvent  à rire entre nous.
Des travaux avaient été entrepris pour en faire des chambres individuelles,  c’était beaucoup mieux,  plus simple aussi, mais j’aurai tellement voulu arriver au bout de ce couloir,  tout retrouver, et  je l’espérais au fond de moi, oui  revoir tout comme à  l’époque de mes 11 ans.  Pouvoir faire un retour dans le temps et tous les retrouver, mes compagnons de chambre,  mais ce n’était qu’un espoir, une illusion.
Au bout de ce couloir, se trouve  la salle TV ;  Elle n’a pas trop changé, et l'essentiel est là. Oui cette fenêtre, plutôt une baie vitrée offre ce jour encore la même vue magnifique de l’océan,  juste là au bord de la fenêtre.

Nous nous sommes dirigés vers l’accueil en marchant tranquillement,  j’en prends plein les yeux et aussi plein le cœur,  j’ai l’impression que mes yeux cherchent à capter chaque lumière, à mémoriser chaque détail… pour ne pas oublier ces images et cet instant.


De retour à  l’accueil, Madame Guillard m'a laissé un instant puis est revenue avec dans les mains un cadeau,  un présent que le docteur Moutet tenait à me remettre mais comme chaque année, en ce moi de juin, il mettait en place, avec les bénévoles, la croisière Pen Bron-Arzal.

Quelle beau travail et quel engouement pour préparer ce moment que tous attendent, j’en suis sur avec impatience, oui de mon temps,  moi tout gosse j’aurai aimé vivre une journée comme celle-ci.
Donc j’ai  un immense plaisir de recevoir le livre de Yves Horeau qu'il a consacré à Pen Bron,  à  l'histoire du centre depuis son origine et à son évolution et à son fonctionnement au fil du temps….

Je suis vraiment touché de ce geste, mon  cœur bat très fort puis Madame Guillard me présente une grande enveloppe,  elle se dirige vers une table et  me conseille de m’asseoir pour l'ouvrir.

J’ai vu sur celle-ci mon nom et prénom,  j'ai su de suite ce qu'elle contient.

Je suis, je le reconnais,  un peu tremblant,  Madame Guillard me dit :" Voila nous avons retrouvé votre dossier médical et nous vous le remettons  aujourd’hui, vous y retrouverez plein de choses".
J’ouvre, prends les dossiers, les parcours des yeux, lit sans lire, je suis troublé de voir ce dossier vieux de 35 ans,  il est toujours là, je n’en reviens pas.
Les yeux brillant,  je me suis levé et j’ai embrassé cette femme, qui depuis le début de l’après midi, s'est si gentiment consacrée à cette visite,  elle m'a raconté des anecdotes sur Pen Bron,  et m'a offert un moment merveilleux. Ces quelques heures passées ici avec elle,  je savais déjà  que j’allais en garder un magnifique souvenir.

Je l’ai donc embrassée avec tout mon cœur et encore aujourd’hui je la remercie tout  comme je remercie le docteur Moutet d’avoir permis un retour en ces lieux,  je le remercie de son geste.

Tout au long du trajet de retour à Châteauroux, je revis tout cela et je suis bien conscient d'avoir vécu  des moments inoubliables. Et ils ne pouvaient pas s'arrêter là…
Voila comment est né le blog,  une envie de continuer le chemin,  et d'évoquer ce lien si  particulier avec Pen Bron,  c’était une histoire d'enfant, c'est une  belle histoire.
Dès le départ, quelques messages ont été postés  pour partager des souvenirs et soutenir la vocation de Pen Bron et son rôle auprès des  enfants mais également conserver ce site, cet environnement si spécifique, entre les dunes, les marais et l'océan…

Depuis le 17 juin, ce blog est vivant, construit et vous êtes de plus en plus nombreux à le visiter. Toutes les suggestions, conseils sont les bienvenus, n'hésitez surtout pas… c'est un lieu d'informations mais aussi et surtout une adresse où vous pouvez vous exprimer, tout comme Laurianne…

 

En septembre 2009,  je me rends à Tours pour mon rendez-vous  habituel  avec le professeur Rosset ;  Il me conseille suite aux douleurs que j’ai depuis trop longtemps de faire de la kinésithérapie, du moins que je continue mes séances hebdomadaires, voire qu’elles s’intensifient,  il aimerait que je rencontre un rhumatologue de l’hôpital, le docteur T. afin de déterminer si mes douleurs sont dues à un problème de dos ou si cela vient de mes prothèses ;  Cependant pour lui il n’y a aucun souci,  mes prothèses sont bien en place mais les douleurs que j’ai,  l’inquiètent.
Après avoir consulté les spécialistes, je me rends à l’évidence :  il me faut suivre des séances de kiné sur plusieurs semaines à Tours et je fais un peu  grise mine,  à savoir que je n’ai aucune envie d’être enfermé dans un hôpital, avec les séances de kiné la journée, et passer  le reste du temps à ne pouvoir sortir et n’avoir pour paysage que les toits d’une ville…je ne suis pas fou de ces moments,  je les ai eu à chaque opération, et elles ont été nombreuses. Pendant des jours je restais couché,  à ne rien faire et mon moral était plus que bas ;  même si tout le personnel du professeur est plus que compétent et agréable, je ne me sens pas la force et le mental de passer plus d’un mois à Tours…
Apres quelques jours à ressasser tout cela,  j’en déduis que  la solution est de revenir à Pen Bron,  si je dois me faire hospitaliser,  c’est là-bas que je dois aller,  ma rééducation, je le sais,  sera encadrée par des professionnels et les soucis que j’ai en tête et il y en a,  seront un peu plus loin de moi…

 

Lundi 22 mars 2010,  il est 8h du matin,  mon fils est  avec moi,  nous sommes en bas  de l'immeuble, et nous attendons mon oncle et ma tante pour le départ
Ma valise, un sac, mon ordinateur … je pense avoir tout ce qu'il me faut.

Je suis un peu nerveux voire angoissé… j’allume cigarette sur cigarette.
C’est vrai que j’ai envie de partir afin de pouvoir je l’espère soulager les douleurs que j’ai depuis trop longtemps. J’ai pu les supporter avec des médicaments pendant un temps.

Mon fils, Christopher,  me parle,  il essaye de me rassurer,  il a vu,  il a compris que je n'ai pas la mine des jours où tout va bien, alors il me parle et tente de capter mon regard.
Voila,  ils sont arrivées,  nous nous disons bonjour, quelques plaisanteries et une fois les bagages chargés, nous prenons la route…

Ma tante et mon oncle sont venus m’accompagner, cela faisait plus de dix ans que nous ne nous étions pas revues,  enfin on se croisait,  on se disait bonjour,  on parlait un peu mais pour des raisons de familiales… En fait je ne voyais que très rarement ma famille, et ce jour, les avoir près de moi me fait du bien.
Nous sommes arrivées à Pen Bron, il était à peu près 13h,  nous avons garé la voiture sur le parking de la plage pour nous reposer un peu et prendre une collation.  Mais le temps n’est pas au beau, le froid nous gagne. Je n’ai pas très faim,  enfin si,  mais  malgré le fait que je sois heureux de retrouver le centre,  je me sens tendu.
Puis  nous nous sommes dirigés  vers l’entrée du centre, il ne me restait plus beaucoup de temps avant d’être a nouveau hospitalisé dans ce lieu que j’avais quitté il y a 35 ans.
Nous marchons dans le parc,  j’ai encore ma canne pour m’aider à marcher,  nous montons les marches une a une vers la porte d’accueil.
Voila,  je tourne la poignée et me dirige vers l’accueil où une femme me donne les premiers informations sur mon séjour et ma rééducation.

Me voila installé dans ma chambre, je suis seul et j’aime bien être seul, même si je ne suis pas sauvage,  le fait d’être seul permet de pouvoir regarder la télévision tard ou même de pouvoir recevoir des appels téléphonique sans déranger son voisin.
La chambre est petite, mon fils est un peu surpris du fait qu’un simple rideau sépare le coin lavabo et les toilettes, pour moi ce n’est pas grave.
Ma tante défait ma valise,  m’aide à ranger mes affaires malgré le fait que je lui dise de ne pas s’embêter avec cela, elle le fait quand même
Le temps passe vite,  très vite et bientôt ils doivent partir et rentrer sur Châteauroux.
J’ai beau avoir maintenant  46 ans,  j’ai quand même au fond de moi la grande tristesse de devoir être séparé de mon fils pendant une si longue période.
Je n’aime pas,  je n’ai jamais aimer être trop loin de lui très longtemps,  pourtant je sais bien comme tous les parents qu’un jour il va partir de la maison …j’aime être avec lui.

Quand nous étions au pique nique j’avais dit a mon oncle qu’il avait un beau couteau.
J’ai toujours aimé voir exposer des couteaux ou des stylos,  une passion,  j’aime imaginer le travail du coutelier, la noblesse de la matière et l'élégance du geste, et les stylos et bien, même si je fais beaucoup de fautes, j'aime l'écriture et l'encre qui noircit la feuille blanche mais différemment selon la pointe…
Avant de partir mon oncle m’offre son couteau, je l’ai remercié vivement.

Je les raccompagne jusqu’à l’entrée, je les embrasse en les remerciant de m’avoir accompagné,  puis je serre Christopher contre moi en l’embrassant…Je l’aurais bien gardé dans mes bras plus longtemps,  je ne l’aurais même pas lâché surtout.
Je les regarde se diriger vers la sortie,  quelques fois ils se retournent et me parlent de loin puis mon fils la main derrière le dos me fait des signes,  je souris à ses signes qui me disent "je t’aime",  qui me disent "bas toi", je devine son regard embué de tristesse.

J’ai appris quelques jours plus tard qu’il avait dit à ma tante le mal qu'il avait éprouvé une grande peine de  me laisser là, un peu derrière lui.

C’est un fils dont je suis fier,   j’ai tellement de souvenirs de lui et avec lui depuis sa naissance.
Voila je les regarde une dernière fois,  je fais moi aussi demi tour et me dirige vers le bâtiment pour rejoindre ma chambre.

 

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