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Pour Les Enfants de Pen Bron - Centre Hélio Marin - La Turballe
Mon arrivée au Centre marin de Pen Bron
C’est le départ.
De Tours nous prenons la direction du Centre marin de Pen Bron et pour moi encore une nouvelle épreuve, la découverte d'un nouveau lieu, de nouvelles personnes, je dois faire
avec, je dois composer et m'y faire.
La route, toujours la route, depuis tout gosse je suis malade en voiture, alors partir dans une ambulance la tête en arrière n'est pas fait pour arranger les choses.
Comme d'habitude je vais essayer pendant un très long moment de ne rien dire, de me retenir mais je ne tiendrais pas plus…
Une fois que la guerre est déclarée avec ce mal des transports, je ne peux plus me contrôler, ni me retenir, et là le calvaire commence, que ce soit pour moi ou pour ma mère assise à mes cotés à
me tenir le haricot … Je n'ai qu'une hâte que l'on arrive enfin.
Je veux que cette ambulance arrive au plus vite, ce n'est pas tant que j'ai hâte d'arriver à Pen Bron mais c'est surtout pour ne plus ressentir ce mal être qui me donne un mal au coeur mais
pourquoi au cœur.
Tout ce que je n'ai pas vu de la beauté du site en arrivant, je le découvrirais un peu plus tard, nous avons traversé la dernière ville avant le terminus…
Guérande, à travers le peu de vue possible des glaces de l'ambulance, j'ai découvert de magnifiques remparts mais très peu de tout ce que j'ai pu y découvrir par la suite.
Nous avons emprunté une petite route où nous avons longé des marais salants, traversé une magnifique forêt de pins et… là au bout de la route, sur la gauche nous avons pénétré dans un
site immense.
Nous y voilà, nous sommes arrivés à Pen Bron.
Une façade magnifique, style château renaissance si je peux dire, un parc immense et vert s'étend juste devant ce bâtiment.
Juste derrière, je ne le vois pas encore mais je le découvrirais, l'océan oui l'océan…
Pen Bron est posé là juste là, près de l'océan, à quelques pas de l'océan, enfin pour moi, je crois que je ne peux à ce moment parler de quelques pas mais, ce qui est sur,
c'est cet océan à portée de mes yeux d'enfant.
Je n'ai que dix ans.
L'océan, la seule et unique fois que je l'ai vu, je n’avais pas trois ans. Tout ce dont je me souviens, c’est une canadienne orange, là installée sur un terrain et devant,
devant mes yeux l’océan…
L’océan ! Pourquoi une telle envie, pourquoi pour moi cela ressemble au paradis !
L'océan, j'ai appris à l'aimer à travers la télévision mais surtout grâce à un homme fantastique qui a été le premier à nous emmener si loin dans les profondeurs
marines, à nous montrer toutes les ressources marines, ces fonds sous-marins où se cachent des sites merveilleux et une faune souvent mystérieuse.
Oui, j’ai aimé ces émissions et tout gosse je rêvais de parcourir les mers à bord de la Calypso, être là, à travailler avec ce petit homme au bonnet rouge.
Même encore maintenant, qu'il a disparu, quel symbole ce bonnet rouge ! Il était entouré d'un équipage qui était dévoré par la même passion, la même envie… le
commandant Cousteau nous a offert un monde merveilleux.
Alors tous les dimanches je me voyais revêtu d'une combinaison de plongée, harnaché d’une bouteille d'oxygène et muni d’une caméra ou d’un appareil photo pour immortaliser
l'océan, garder les couleurs et en rêver une fois remonté et loin …
Voila pourquoi dans ce Centre la première chose que j'ai gardé en moi, c’est que l'océan était là, bien sur je ne pourrais pas y faire tout ce dont je rêve, tous ces désirs de grands
explorateurs des mers, mais il est à la portée de mes yeux. J’en ressens l’odeur, l’iode si particulier…
Je n'ai qu'une hâte marcher sur le sable mais pour l'instant je me contenterais de le laisser glisser entre mes doigts.
Voilà, Pen Bron, comme je l’ai perçu le jour de mon arrivée. Premiers regards, premiers ressentis … face à ce château et ce que j’entrevois, et devine immense, l’océan…
Et pourtant au cours de son histoire, Pen Bron a été et de diverses façons occupé.
Au XVIII siècle, on y installa une usine d'engrais,
En 1824, un Nantais François Deffès commerçant de son état, décida d'y
installer la toute première fabrique de conserves. Il allait profiter de la pêche des marins du Croisic et de La Turballe pour y faire les toutes premières boites de sardines à l'huile
d'olive.
Installée tout d'abord près des falaises de la Turballe, il s'avéra que la petite ferme fut vite dépassée par l'ampleur de son entreprise, le site Pen Bron s’imposait alors pour le
développement de sa conserverie.
1887 que dire de cette année si importante, Pen Bron allait alors trouver sa vocation.
Un homme de cœur troublé par la guerre de 1870, un homme de courage, un homme honoré par la France. Il fut élevé au grade de chevalier de la Légion d'honneur puis de la médaille militaire ainsi que la médaille de Crimée.
En 1871, il est inspecteur des
enfants assistés à Niort, en 1878 il est nommé à Nantes.
Hippolyte Pallu, oui cet homme convaincu par le traitement marin pour certaines infections, est à l’origine du Centre marin de Pen Bron. Un sanatorium pour enfants scrofuleux va s’élever
sur ce bout presqu’île et c’est avec lui que ce site va prendre toute sa dimension, son humanité au service de la santé et surtout des enfants, des enfants malades, perdus, ignorés,
rejetés… nous somme en 1887 et la tuberculose sévit.
Il était important de rappeler l’origine de ce centre, je l’ai appris plus tard, et une relation, déjà si particulière avec cet endroit, me donna l’espérance puis la volonté de revoir ces lieux 35 ans après y avoir séjourné, j’ai alors renoué un lien…les sentiments et les regards sur nos vies changent ou s’apaisent.
La maladie m’a transporté loin de Châteauroux, où je laissais ma famille, mes camarades de
classe et de jeux.
Pour moi l'histoire de Pen Bron débute en janvier 1975, elle se terminera le 15 juin 2009 et quand je dis terminé, je ne le pense pas, je dirais qu'un autre chapitre s'y est
ouvert, je le découvre à chaque ligne, ici, écrites.
Un retour sur soi, sur moi, sur ce
que j'ai vécu dans mon corps d’enfant, puis dans mon corps d’adolescent est douloureux mais nécessaire, il marque aussi et surtout un apaisement dans la mémoire de l’homme
que je suis aujourd’hui.
En 1975, l'accueil est assuré, entre autre, par une jeune femme, je ne me souviens pas d'elle, mais tout ce que je peux vous en dire, c’est que ce 15 juin 2009, je me suis trouvé face
à Madame Guillard, elle a débuté sa carrière au centre de Pen Bron en 1973, en souriant elle me dit qu’il est possible que nous nous soyons vu à cette époque, qu’il est possible
que se soit elle qui m’ait accueilli.
Mais, je suis là, toujours installé sur mon brancard et notre arrivée était
attendue, nous sommes dans la salle d’accueil.
Mes parents sont reçus par une sœur, ce centre est depuis son origine géré par des sœurs.
Puis, on nous guide à travers le centre. L’intérieur est magnifique, il y a une
chapelle et une fois à l'extérieur tout en longeant les bâtiments, on découvre une magnifique pelouse, ainsi qu’un beau jardin
Devant nous, un long corridor extérieur protégé par une verrière que j'emprunterais bien souvent mais allongé dans mon lit, uniquement allongé dans ce lit. Il permet de longer cet imposant
bâtiment, oui c’est aussi grand à l'extérieur qu’à l'intérieur.
Au milieu, une porte, qui s’ouvre sur un couloir, là on nous dirige vers l'ascenseur.
Je comprends que nous sommes dans le bâtiment réservé aux enfants atteints des mêmes problèmes de santé que moi, mais pas obligatoirement de la même maladie.
Au rez-de-chaussée se trouvent les filles, je l’apprendrais très vite et à l'étage
les garçons. Nous arrivons au premier étage et la responsable de service nous accueille avec un sourire enfin, je dis la responsable de service je ne sais plus, c'était peut être une
fille de salle mais qu'importe le sourire et les mots étaient réconfortants.
Elle nous propose de nous emmener dans ma chambre, enfin pour moi dans une chambre, celle où je vais rester une fois mes parents partis.
Nous sommes en fin de matinée et peu d'enfants sont présents dans le bâtiment. Elle
nous explique alors que les enfants sont à cette heure tous en classe.
Ce Centre a une école, nous pouvons suivre des cours afin de ne pas perdre une année scolaire ou tout du moins faire que nous ayons une vie sociale et scolaire en dehors des
soins. Il faut rappeler que les hospitalisations durent souvent de très longs mois.
A l’hôpital pour enfants à Clocheville, pas de cours ! Je m’y étais bien fait.
Reprendre l'école, je
n'envisageais pas cela ou n'avais pas l'envie d'y aller, j'avais pris l'habitude de rester dans mon lit et de ne rien faire de ces longues journées mais elles étaient
sans leçons, ni devoirs, sans maître, sans contraintes si ce n'est de rester couché et d'accepter d'être patient.
Nous traversons un couloir tout en longueur avec d'un côté des chambres et de l'autre des
pièces que je découvrirais au fur et à mesure de mon séjour, des salles de bain, un local où diverses choses sont entreposées et la salle des lavabos.
Nous arrivons presque au bout de ce couloir et nous tournons à gauche. Le brancard stoppe d’un coup, je comprends alors que nous sommes arrivés, je suis arrivé,
Là, une immense pièce, très grande et longue, où se trouvent alignés trois lits, je les revois encore aujourd’hui, ils sont d’une teinte bleu vert. Il y avait un lit, une table de
nuit, un lit, une table de nuit, un lit, une table de nuit !
Comment était disposée la chambre ! Je ferme, là à l’instant les yeux… juste en face de ces trois lits, s’impose une table longue, très longue avec des chaises disposées tout autour, il y a une petite pièce communicante où se trouvent deux autres lits.
L'ambulancier, Monsieur Landureau, avait déjà transporté mon père pour son
retour de Tours après une grave opération. Il ne restait à cet homme que quelques cheveux blancs sur l'arrière de son crâne, mais je me souviens aussi et surtout de sa
gentillesse.
Il me prit dans ses bras pour me déposer sur mon lit, mon nouveau lit d'infortune.
Avant de partir, il expliqua à mes parents qu'il les attendrait à l'ambulance, qu'ils prennent leur temps, le temps de m’installer dans cette chambre, le temps de l’au
revoir.
Ma mère s’est alors occupée de mes affaires, je la revois ensuite, assise sur le
bord de mon lit mais je vois bien que mon père se sent mal dans cet endroit, il est pressé de partir, jamais je ne l'ai vu à l'aise, même à Clocheville.
Est-ce son accident de travail survenu quelques années plus tôt qui le stresse, je crois que je l’ai toujours senti mal, il descendait souvent fumer une cigarette ou
bien il errait dans les couloirs.
Quand j'avais d'autres visites, des membres de la famille ou des amis, il se sentait obligé de demeurer dans la chambre, de ne pas marquer ces instants de son
absence.
Et là je ne comprenais pas lui qui a subi une grave opération, lui qui suite à cette intervention était resté allongé dans un lit pendant des mois, lui qui a supporté le calvaire du bassin, de la toilette faite par des mains inconnues, lui qui est resté couché à l'heure des repas, lui qui n'a pas pu marcher pendant de longs mois, comme moi, lui qui était seul aussi, pourquoi ne me tenait-il pas la main, je n’avais que onze ans. Mais durant mon séjour à Pen Bron, tous les week-ends mon père a accompagné ma mère. Tous, sauf un, c’est ma tante qui est venue.
Je sais que mes parents doivent rentrer sur Châteauroux, ils m'embrassent, je les regarde s‘éloigner.
Par les fenêtres qui se trouvent entre ma chambre et le couloir, je les regarde aussi
longtemps que je peux et c’est vraiment très peu.
Cette fois ci je ne pleure pas, je n'ai versé aucune larme, maintenant je suis habitué à être seul et à me retrouver dans un endroit inconnu.
Seul pas très longtemps, nous arrivons presque à l'heure du repas et les filles de salle sont venues installer sur la table de notre chambre les couverts du repas puis sont
reparties.
Oui notre chambre, on m'a expliqué qu'elle sert aussi pour les marchands, que tous les jours les repas des marchands se tiennent dans notre chambre.
J'ai en face de moi le port et je vois dans ma tête débarquer les marchands du Croisic, je les vois venir s'installer, parler de leurs journées, rire ensemble puis nous laisser et partir
rejoindre leur famille.
Mais pourquoi viendraient-ils manger là avec nous, enfin bon je les attends avec une certaine appréhension.
Du bruit dans le couloir, instinctivement je tourne la tête vers les fenêtres et observe ce qui se passe, j'entends parler et je vois un jeune garçon marcher dans le couloir, il a le
visage bizarre mais ce qui m'inquiète le plus c’est que devant lui je vois une jambe en l’air, elle va de l'avant vers l'arrière, je suis là béat et je la regarde cette jambe et
je cherche à comprendre mais il n’y a rien à comprendre, non impossible, je n'ai jamais vu cela, c’est incroyable ! J’ai les yeux rivés sur le visage et sur cette jambe. Je
ne suis qu'un gosse et d'un coup je commence à avoir peur car il tourne et rentre dans ma chambre, devant lui il pousse un fauteuil roulant où se trouve un autre jeune qui tient dans ses mains
une jambe, la sienne sans être la sienne, une jambe artificielle et il la balance ainsi encore et encore, je suis éberlué, mais rassuré quelque part aussi, et je m’attarde sur
le visage du garçon qui pousse ce fauteuil.
Son visage, son cou et ses mains sont recouverts de grosses boursouflures, il est défiguré, il est brûlé...
Et je suis là à le regarder, à le scruter, mais je viens d’arriver et je vais apprendre à ne plus voir que le handicap, je vais réussir à détacher mes yeux de la maladie, des
plaies, des visages et corps meurtris et oui ne plus voir que la personne qui est devant moi, simplement elle.
Ils se présentent à moi en souriant, ils ont l'habitude des nouveaux, ils sont dans le centre depuis un long moment déjà.
Dans le fauteuil roulant se trouve Thierry, le garçon brûlé se prénomme Yannick.
Les questions ne tardent pas à fuser : C’est quoi ton prénom ? Tu arrives d'où ? Qu'as-tu ? … voila le rituel des questions, tous nouveaux venus de toute manière y a droit.
J'apprendrais très vite à poser les mêmes questions à chaque personne nouvelle que je
rencontrerais ici et je répondrais aux mêmes questions de tous les autres malades du bâtiment.
J'apprendrais même qu'il n'y aura pas que les enfants qui me poseront des questions sur ma maladie, plus tard tous les médecins que je rencontrerais dans ma vie me les poseront. Oui, plus
tard aussi, mon handicap va soulever des questions et de mes réponses dépendra un oui ou un non pour un emploi.
Yannick a repéré les bonbons posés sur la table de nuit et naturellement m'a demandé s’il pouvait en prendre, bien sur que oui il peut en prendre, des bonbons, des gâteaux comme si c'était ce qui pouvait me guérir et je n'en manquerais pas.
Thierry en prit aussi et nous avons commencé à nous dire pourquoi nous étions là, enfin moi j'ai commencé à expliquer ce que j'avais comme je le pouvais à l'époque.
Fier de moi, je leur dis exactement le nom de ma maladie une ostochondrite bi latérale des deux hanches, croyez moi je n'ai jamais réussi à retenir des mots très compliqués mais là ce mot je le connaissais par coeur et le bi latérale me faisait sourire, cela donnait encore plus d'importance à ma maladie.
Je leur expliquais que j'avais le cartilage de mes hanches qui ne tenait pas et provoquait des blocages à l'intérieur du fonctionnement de ma marche, que parfois je me retrouvais bloqué. Je continuais, et confiais que le professeur Glorion avait reformé avec des petits morceaux d'os une pâte pour refaire mes têtes de fémur et que j'étais là pour que mes hanches opérées se consolident. Je devais faire de la rééducation, je n'avais pas le droit de marcher mais surtout je leur faisais bien comprendre que je pouvais marcher, que je pouvais me lever.
Il était important pour moi que l'on sache que je pouvais marcher que ce
n'était qu'une interdiction.
Puis est arrivé Thierry, le Thierry de Clocheville, il sortait des cours, il avait été informé de mon arrivée. J'ai vu sur son visage un énorme sourire et je me suis senti
beaucoup mieux, enfin une personne que je connaissais, nous avons parlé de suite de Robert je lui ai dit qu'il devait venir très bientôt nous rejoindre.
Je lui ai dis aussi ma crainte de savoir que les marchands venaient manger dans notre
chambre le midi et le soir et je l'ai entendu rire, puis éclaté de rire et toujours dans ce fou rire, il m’explique alors que les marchants étaient les gosses de notre bâtiment,
ceux qui pouvaient marcher se réunissaient dans notre chambre puisque c'était la plus grande pour prendre les repas.
Je me suis trouvé un peu bête mais soulagé en même temps.
Je n'ai pas eu à attendre longtemps pour faire la connaissance de tout le monde. Les cours
étaient terminés et les filles de salle ramenaient tous les gosses sur des petits lits.
La pièce fut animée très vite de cris, de rires et de « tiens y a un nouveau » et là tout le monde se regroupa autour de mon lit !
Les filles de salle ont très vite rétabli le calme et fait passer tout le monde à table, enfin tout le monde ceux qui pouvaient et là le chahut c’est très vite calmé.
Thierry et moi, nous sommes assis dans nos lits, on nous a posé des tables adaptées pour poser nos plateaux. Premier repas au Centre de Pen Bron, une entrée un plat chaud un fromage et dessert, j'aurais souvent plus de laitage, c'était bon pour mes os.
A la fin du repas, tous sont revenus me voir et des questions, encore et toujours des questions, mais moi je commençais à être fatigué de la route, j’avais été malade durant tout le trajet, je tombais de fatigue, je leur ai offert des bonbons.
Nous avons repris un peu notre discussion avec Thierry, sur lui, son arrivée au centre et comment ça se passait.
Puis l'heure de la reprise des cours étant arrivée, il a été, comme les autres
gosses, emmené dans la salle des cours.
Le silence est vite revenu dans la chambre, j'étais à nouveau seul, alors que tous les enfants se trouvaient en cours, j'étais couché, enfin assis dans mon
lit.
J'ai pris un livre dans le tiroir de ma table de nuit et l'ai parcouru un peu mais je n'y ai pas trop prêté attention… mon regard parcourait les grandes baies vitrées, j'entrevoyais le port et quelques bateaux qui prenaient la mer, je les suivais d'une fenêtre à l'autre jusqu'à ce qu'ils disparaissent de ma vue.
Oui de mon lit, j’aperçois une partie du Croisic, de sa jetée, et devant mes yeux de petit môme, oui, il est là, l'océan, je n’en distingue qu’une infime partie mais chaque matin et soir au grès des marées, je vais voir partir et revenir les bateaux de pêche.
Tout doucement, je me suis allongé et me suis endormi.
Dans l'après midi une fille de salle est venue me voir, elle m'a parlé un peu mais je n'étais pas très bavard. Une fois qu'elle m'a laissé, j'ai allumé ma radio et écouté un peu RTL.
Depuis mon hospitalisation j’écoutais la radio, les chansons, les émissions de l'après-midi.
Mon émission préférée était les Grosses Têtes, un ensemble de personnalités qui répondaient aux questions d'un certain Philippe Bouvard, c’était drôle et je ne me lassais pas d'entendre leurs blagues.
Bien souvent je riais de les entendre rire, mais sans avoir certainement compris le sens de leurs propos ; ils m'auront accompagné bien souvent.
Les heures ont défilé et les garçons sont revenus de leurs cours. Nous avons discuté
et ri ensemble très vite, plus vite que je ne l’aurais pensé, j'étais intégré au groupe.
Le repas du soir arrive et une nouvelle fois tout le monde est dans la chambre et là une cohue, les petits criaient, les grands essayaient des faire taire, mais rien à faire.
En fin de soirée les filles de salle sont venues fermer les volets, la nuit était tombée depuis un moment déjà mais j'aimais regarder le noir du dehors, ces volets blancs
gris descendus, j'avais l'impression d'être enfermé, cloisonné.
Nous avons parlé avec Thierry très longtemps dans la nuit, il m'a raconté son
arrivée au Centre, il m’a confié que sa mère n'était pas revenue le voir depuis et qu'elle lui manquait…
et je me suis endormi.