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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Publié le par Emmanuel
Stéphane Rennesson souhaite développer le longe côte

Stéphane Rennesson est éducateur sportif, maître nageur (MNS) et spécialisé en activité physique adaptée, depuis 1992. Il propose des séances avec des particuliers ou en séance collective. Il est l'intervenant extérieur sur le projet d'inscrire le longe côte dans la programmation du centre de Pen Bron.

« Avec le centre de Pen Bron, je travaille sur la protection du corps, de la gymnastique ré-éducative et corrective. J'exerce en collaboration avec les acteurs paramédicaux, rien n'est fait au hasard. Le longe côte est une activité complète, il fait fonctionner la musculature profonde, sollicite les grands groupes musculaires. En ayant de l'eau de la poitrine au nombril, les personnes sont en décharge articulaire, ce qui facilite leur mouvement. Associés la marche terrestre et les gestes aquatiques de la nage facilitent la musculation en douceur », explique le coach sportif.

À l'avenir, Stéphane souhaite développer cette activité : « Je souhaite proposer de l'handi longe avec du matériel adapté comme cela commence à se faire dans le service de rééducation de l'hôpital de Saint-Malo. » Les bien faits de l'océan, de l'espace et de l'activité sont désormais reconnus apportant renfort physique et mental.

www.sportsatlantiquetraining.fr

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Publié le par Emmanuel
Des séances de longe côte au centre de Pen Bron

Article Ouest France

Connaissez-vous le longe-côte, une activité qui s'offre le bord de mer comme salle de sport ? Créé par un entraîneur d'aviron à Dunkerque, le longe-côte est agréé depuis 2007. Au centre de Pen Bron, il est en test depuis le mois de juillet, en réponse à la gestion de la douleur auprès des patients en hospitalisation de jour. « Ils sont transparents pour la plupart d'entre nous ! » explique Agathe Cholet, éducatrice sportive du centre marin de Pen Bron.

L'éducatrice parle ainsi du handicap des patients, « la situation de certaines pathologies comme les lombalgies chronique, n'est pas visible. Pourtant, la douleur présente au quotidien de ces personnes entraîne une difficulté plus dure psychologiquement, puisqu'elle n'est pas visible par les collègues, l'entourage ou la famille. Leur regard enferme parfois les souffrants dans un repli avec comme compagne la douleur », éclaircie la professionnelle.

Les participants aux séances de longe côte sont en hospitalisation de jour. Durant un séjour de cinq semaines, ils vont suivre un programme d'entraînement aux efforts lombaires, sous prescription médicale.

De leur côté le groupe est étonné des bienfaits même si l'idée de rentrer dans l'eau au départ ralenti la motivation. Ils sont équipés de combinaisons mi-saison de chaussons, encadrés par un intervenant extérieur, ils fendent l'eau en large et en travers. Ils courent, marchent, s'éclaboussent de temps en temps, rigolent et surtout travaillent leur musculature. À la fin les retours sont tous positifs « C'est génial ! » ou encore « Moi, je souffrais trop ce matin, je ne voulais pas participer. Je ne regrette pas, car le temps de la séance j'ai oubli ma douleur, je me suis amusée. C'est très bon pour nous. » Des témoignages rassurant pour Agathe qui souhaite reprogrammer les séances de longe côte l'année prochaine.

« Les retours sont très favorables, nous allons continuer de l'inscrire dans le programme, peut-être plus en saison en raison des températures de l'eau. »

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Publié le par Emmanuel

Retour dans le bureau du professeur : il regarde mes radios , il a l'air content et explique à mes parents qu'effectivement mes os

sont consolidés et que tout va bien . Les deux opérations effectuées ont bien marché , il est ravi .

Cependant même si tout se passe bien , il faut être encore prudent .

Tout en parlant à mes parents , moi je suis allongé sur la table , il a la main posée sur mon torse et manipule mes jambes ,

ils les relèvent ou les tirent sur le côté .

Il me fait asseoir sur le bord de la table avec un sourire . Il a beau être grand , impressionnant et avoir une voix qui porte ,

il a dans son regard quelque chose de doux et d'attendrissant avec moi .

Et je pense que tous les enfants qu'il a opéré pendant toute sa carrière de chirurgien , ressentent la même chose .

Aujourd'hui , je revois encore cet homme et toutes les autres personnes qui ont marqué ma vie , mais j'y reviendrai !!!

J'ai toujours eu confiance en chaque professeur que j'ai rencontré et qui m'ont opéré .

J'ai un énorme respect pour le professeur Rosset , d'ailleurs je me dis souvent qu'il fait parti de ma famille .

Cela fait trente années que nous nous voyons .

Revenons à ce jour là , je suis assis sur le bord de la table , le professeur Glorion va chercher des béquilles et revient vers moi ,

il me soulève , m'assois sur une chaise et me dit de le regarder .

A ce moment là , il m'explique comment je dois me servir des cannes . Il marche devant moi avec pour me montrer .

Il me recommande bien de n'avoir aucun appui pour marcher , juste soulever mon corps à l'aide des béquilles , poser mes

jambes et recommencer . En moi , tout est en dessus dessous , je ne m'attendais pas à marcher , enfin à me mettre debout

aujourd'hui , je suis HEUREUX . Je prends les béquilles , je me lève , je prends appui et je me lance prudemment .

A croire que j'ai fait ça toute ma vie !!!! j'y arrive , je suis debout , j'ai mes cannes et j'avance de quelques pas .

Il me sourit , il est assis en face de moi et me dit de venir vers lui . Alors , j'avance lentement et j'arrive jusqu'à lui .

Il est là , toujours avec le sourire . Je suis content , je ne suis pas tombé et je me débrouille bien .

C'est au moment où je me trouve face à lui , qu'il me demande comment s'est passé mon séjour à Pen Bron .

Je suis bloqué , aucun mot et son ne sortent de ma bouche jusqu'au moment où ma mère me dit :

" Emmanuel , expliques au professeur comment c'était là bas , dis lui tout " . De mes yeux coulent des larmes , le professeur me

sourit à nouveau et passe sa main sur ma tête .

Je sais que je ne retournerai plus à Pen Bron . Je sais aussi que parfois j'avais envie de partir , de m'enfuir de là bas .

Mais j'y étais heureux et comme tous ces endroits où l'on passe un séjour tel que le mien , on a toujours des mauvais

souvenirs mais les meilleurs l'emportent sur tout le reste . J'y ai laissé une partie de moi même , mes copains et mes copines .

Je me souviens de tous leurs visages et je garde aussi en mémoire celui de Marie France .

J'ai toujours autour du cou , ce jour là , la chaîne et la vierge en médaillon et je pense à eux , à ce Centre et à l'Océan .

Je réalise seulement maintenant que j'aurai peut être pu y retourner pour finir mon séjour . Mais le fait de savoir que je devais

rester plus d'un an , j'ai eu peur de ne jamais revenir , de ne jamais revoir ma famille et que j'y resterai pour toujours .

En partant du service , je passe par le couloir des chambres et je rencontre quelques infirmières et femmes de salle .

Elles viennent me saluer , certaines m'embrasser , elles me sourient et je suis heureux de les revoir .

Pendant que mes parents parlent avec elles , je suis juste devant la porte de ma chambre et mes yeux traînent un peu partout .

Je regarde les enfants allongés sur leurs lits et je me revois et je me dis qu'ils ne sont pas près de sortir de là et qu'il va falloir

beaucoup de temps et de patience pour eux aussi .

l'enfant qui marche avec des bequilles

Voilà, enfin, depuis le temps, je suis debout. Bon, c’est vrai, avec un appui énorme - j’ai des cannes - mais une sensation superbe : plus besoin de me tenir allongé, d’avoir toujours les jambes, quand je suis assis, en position allongée. Je me sens bien de suite, j’appréhende un peu les marches, mais en prenant le temps tout se passe bien… Donc, direction – la voiture, et retour à la maison.

Pendant plusieurs minutes je suis là, à regarder les gens, j’ai une nouvelle vision des personnes, être debout change tout. Une chose qui est quand même incroyable, c’est qu’à chaque fois que je vais quelque part en voiture, je suis malade à l’aller et rarement au retour. Donc, le retour de l’hôpital se passe bien, et j’ai même hâte de rentrer.

Mes parents vont pouvoir rendre mon fauteuil roulant. Déjà, il paraît que la Sécu ne voulait pas le prendre en charge… Je me souviens de mon père qui voulait m’emmener jusqu’au bureau de la personne qui avait refusé, mais il voulait que je marche, enfin, que je fasse comme à la maison.

Une fois arrivés à la Sécu, il voulait que je rentre devant tout le monde jusqu’au bureau, sur me bras et mes fesses, franchement, la honte, je me disais : « pourvu qu’il ne le fasse pas… ».

Le chariot a finalement été pris en charge, mais j’ai eu la trouille quand même… Donc, là, fini le chariot, il pouvait le redonner sans soucis, je n’en voulais plus.

Tout le monde était à nouveau content de me voir debout, et j’étais à nouveau pendant quelque temps entouré avec des sourires.

Le fauteuil roulant m’a formé les bras, et les cannes allaient à leur tour prendre la place pour me muscler.

Ca, pour marcher, c’est parfait pour vous muscler encore mieux. Très vite je vais ressentir à l’intérieur de mes paumes de mains la brûlure que provoque l’échauffement de la marche.

Je ne peux pas dire que j’ai mal aux pieds, non, mes pieds sont mes mains, elles supportent le poids de ma petite personne ; à chaque foulée que je fais mes bras soulèvent mon corps, un pas, un appui de mes bras, et on recommence, mais je suis debout, je ne marche pas, je balance mon corps devant moi, j’avance quand même très bien pour un début…

Une fois de retour à la maison je me sens fier d’être debout à nouveau. Je peux me déplacer là où je veux sans avoir à ramper sans arrêt à chaque déplacement. C’est quand même beaucoup plus facile pour moi d’aller du salon à la cuisine debout comme tout le monde à la maison. Bien sûr, comme ma station debout est permise quand je m’appuie sur mes cannes, je suis plus souvent par terre que debout, mais quand même, quel plaisir !

Souvent dans la salle à manger avec mon frère nous avions inventé une nouvelle façon de jouer au football. Depuis mon retour, avec une boule de plastique vide de l’eau qu’elle contenait, nous avons inventé le football en salle ou plutôt le football de salon.

Un sport qui n’est pas un sport de snob, bien sûr que non, rien à voir avec la danse de salon où tout le monde danse dans une immense salle, sur des musiques. Eux, ils dansent la valse, le tango, toutes les musiques qui font que l’on danse dans un beau costume et de belles robes. Nous, notre football de salon est dans la salle à manger, entre l’argentier dont les pieds servent de but et la petite marche qui sépare le salon de la salle à manger. Une paire de patins servent à délimiter les buts.

Mon frère, parfois debout ou assis par terre, et moi, comme d’habitude, je suis sur mon petit derrière à jouer contre lui. Des parties de football font de la salle à manger un risque. A chaque nouvelle partie de football les vases ou les vitrines de l’argentier risquent leur vie sur un tir mal cadré.

Parfois il arrive que nous sommes là, à voir la balle, ou la boule, pour être plus juste, partir en hauteur, direction la porte vitrée protégeant de belles tasses à café, sucrier en porcelaine… elle tape, fait un bruit d’enfer dans la vitrine, elle ne se casse pas… ouffff, enfin, encore une peur de l’avoir cassée, mais rien ne nous arrête, même la peur que nous venons juste d’avoir à l’instant, nous continuons nos parties de football.

Parfois je gagne quelques matchs, mais souvent je perds. Mon frère a un avantage, celui d’être debout, bien sûr, mais aussi celui d’être mauvais joueur, donc, afin que les parties continuent, parfois je le laisse gagner certaines parties. Sinon, tout se termine en bagarre, et là nous passons du football au catch, et encore une fois celui qui veut abandonner tape de la main par terre pour dire stop.

Bien souvent quand j’avais le dessus, mon frère se mettait à pleurer et j’arrêtais, et là il me tombait dessus en me prenant le cou avec ses jambes et serrait si fort que j’étouffais et me retrouvais dans la position où c’était moi qui tapais le sol de ma main, et là il fanfaronnait de m’avoir bien eu.

Et à chaque fois c’était pareil, je me faisais avoir et perdais une bonne partie de tous les jeux que nous avions ensemble.

Je n’aimais pas que Sébastien pleure ; il avait depuis qu’il était petit une maladie je ne sais pas si on peut appeler cela maladie, mais bon, s’il était en colère ou pleurait, ou se faisait mal, il e mettait à pleurer et à retenir sa respiration involontairement, et il devenait tout bleu, et ses lèvres bleuissaient, elles aussi.

Je me souviens que cela m’impressionnait de le voir comme ça. Parfois je lui soufflais dans la bouche, de peur qu’il s’étouffe… lui, la bouche grande ouverte, et moi, là, tout proche, je soufflais de peur qu’il ait plus d’air.

Souvent il m’a fait ce coup-là, et à chaque fois je peux vous dire que j’avais une trouille qu’il ne revienne pas à lui. Ensuite, en grandissant j’avais compris le truc. J’allais chercher un gant de toilette bien froid que je lui appliquais sur le visage pour le faire revenir à lui… L’eau bien froide m’aidait bien.

Souvent, donc, à jouer dans le salon, nous prenions une bonne remontée de bretelles, ou alors une bonne baffe que mon père nous distribuait volontiers, et –plaisir ! – ma mère n’était pas non plus sans nous oublier, bien sûr ! Mais j’en ai pris plus que je n’aurais dû, et Sébastien bien moins… après tout, j’étais le plus grand, c’était à moi de savoir ce qui était bien ou pas, donc, je prenais pour les deux. Cela mettait bien souvent une fin à notre partie qui reprenait de plus belle quelques minutes après le départ de mes parents pour le travail, ou alors, trop vexé par la baffe que je venais de prendre pour les deux, je ne voulais plus jouer avec lui. Avec mes cannes, plus besoin de personne, souvent je peux maintenant aller faire un tour dehors sans que personne ne pousse mon fauteuil, je peux sortir sur le pas de la porte ou aller dans la cour, je ne suis plus cloué dans le salon à écouter de la musique, le matin et l’après-midi je me déplace, et les week-ends sont un peu plus à sortir…

Je me souviens du 1er mai de cette année-là, où, comme d’habitude, mon oncle Christian nous emmenait tous dans le parc d’un château renaissance dont il connaissait les propriétaires pour cueillir, comme le veut la tradition, le muguet. Pendant quelques années nous sommes souvent allés le ramasser là-bas, et il faut dire que nous revenions les bras chargés de bouquets bien odorants de ces fleurs.

Cette année-là je n’ai pas dû ramasser énormément de clochettes. Nous étions installés sur la pelouse du parc; pendant que certains ramassaient, nous étions avec ma tante Christine et mon autre tante Patricia, là, assis ou à nous promener dans l’allée du parc.

Une chose dont je me souviens aujourd’hui et qui me choquait à chaque fois que j’ai vu cette photo, était la position que j’avais debout, en appui sur mes cannes.

Je la décrirais comme un chimpanzé se tenant sur ses pattes arrière, les fesses en arrière, le dos penché, oui, c’est bien cela, je revois la photo dans ma tête, j’avais les cheveux encore longs, bruns, bouclés, j’avais un tee-shirt, il faisait beau, mais plus je voyais cette photo, plus je me disais que j’étais que j’étais quand même mal en point à chaque regard.

J’ai essayé de retrouver cette photo, mais comme celle de ma balade à Carnac, impossible de retrouver, personne ne l’a…

Je n’ai plus beaucoup de photos de moi malade, sur mon lit d’hôpital ou à Pen Bron, pourtant les souvenirs, eux, sont encore dans ma tête, je garde bien profondément en moi mon histoire, les images de tous ces moments.

Je me souviens encore d’une balade sur Châteauroux. Nous étions partis en marchant jusqu’au centre ville; moi, avec mes béquilles je m’arrêtais souvent pour reposer mes mains qui me brûlaient à force de prendre appui, mais j’aimais cette balade.

J’étais petit, donc pas grand, pas bien épais, mais de ma maladie la seule force que j’ai obtenue est d’avoir eu des bras et un torse bien musclés; encore heureusement, quand je vois l’état de mes cuisses, ça compense un peu, pour vous donner une idée de moi, pas trop difficile…

Gosse, à l’école souvent on nous faisait faire des bonhommes avec des marrons dans lesquels on enfonçait des bâtons d’allumettes pour faire les jambes, voilà exactement l’image de moi que j’ai eue pendant des années… des jambes grosses comme des allumettes.

Certains diront, pauvre petit ou pauvre gosse, mais non, je n’étais pas malheureux de ma maladie, du moins pas à ce moment-là, pas encore, non, je faisais avec et je ne me souciais pas de savoir si j’étais un pauvre gosse à plaindre pour mes soucis, non, je vivais comme un autre gosse, sans pouvoir faire tout comme les autres, mais je ne me sentais pas si mal en point, juste choqué de l’état de mon corps, de mes positions debout, choqué par ce que je voyais, non, pas encore, je ne me rendais pas compte encore de mon état, je vivais… C’est vous, les adultes, qui au fur et à mesure du temps alliez m’aider à me faire comprendre (me rendre compte ( ?)de ) mon état à marcher de travers, vous, qui alliez me regarder de travers quand j’étais en short ou maillot de bains. En fin de compte, vous m’avez fait comprendre méchamment que j’étais malade avant même que moi je m’en rende compte.

souvenirs d'avant la maladie

Entre les deux rendez-vous à l’hôpital bien des choses se sont déroulées. Dire que j’ai le souvenir de tout, non, ce serait exagéré. Il y a de cela plus de 35 ans, mais j’ai quand même encore en mémoire énormément de souvenirs, comme vous avez pu le lire jusqu’à maintenant. Mais j’étais qui avant cette maladie, quel enfant je pouvais être, ça, je ne vous en ai encore jamais parlé, juste un peu, mais voilà, il y a aussi toute une histoire.

Peut-être que cette maladie, j’aurais pu l’éviter à quelques années prés. Je suis sûr que si une femme n’était pas disparue emportée par un arrêt cardiaque, ma vie aurait été bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui.

Cette femme est ma grand-mère. Je crois qu’entre ma naissance et le jour où elle a disparu j’aurai passé plus de temps dans ses jupons que dans les bras de ma mère. D’ailleurs, à l’école on ne m’appelait que par le nom de famille de ma grand-mère.

J’avais mon nom, mais on me donnait toujours celui de ma grand-mère. Elle était toujours là à m’emmener à l’école maternelle, à me garder, et Dieu sait qu’elle en a gardé, des enfants, oui, entre les douze enfants qu’elle a eus, les enfants qu’elle gardait et moi, il y en a eu des enfants élevés par cette femme… Et si au moment où j’écris ces lignes toutes les mamans avaient été comme ma grand-mère, il y aurait moins de problèmes de jeunes traînant dans les rues qu’il y a maintenant, et certainement beaucoup plus polis qu’à l’époque où nous vivons.

Que de doux souvenirs ! Oui, même le les fessées ne sont que de bons souvenirs… données par ma grand-mère, ce n’étaient que méritées, elle avait le cœur sur la main et rarement la main à la fessée, mais cela arrivait, bien sûr…

Je me souviens des matins où, ne dormant pas chez mes parents, j’étais levé de bonne heure, pour assis derrière la mobylette de ma mère j’allais rue du pont Perrin dans la toute petite maison rejoindre le lit que ma grand-mère avait quittée peu de temps avant. Je m’installais dans son lit juste à sa place encore chaude, elle rabattait le dessus de lit bien épais sur moi et j’aimais m’endormir là, à sa place…

Sa chambre avait juste la place d’un lit et un tout petit espace pour circuler. Pas de porte pour séparer la cuisine de la chambre. Alors je la regardais travailler dans la cuisine le temps que mes yeux se referment, et je m’endormais encore un peu là où pour moi c’était ma maison.

A l’époque pas de possibilité de tout laver à la maison et on allait laver les draps à la rivière, au lavoir, un endroit situé pas très loin. Juste au bout de la rue on passait sous le porche, on tournait à gauche, nous passions sous le pont et là, un petit déversoir juste après le lavoir.

Ma grand-mère avait fait bouillir les draps dans une grande lessiveuse, et ensuite, direction – la rivière. Installée dans un tonneau au ras de l’eau une planche où elle posait son drap et un savon, un grand battoir et là, encore une fois le modernisme a fait de grands pas pour les femmes. Elle en abattait du travail, elle restait chez elle, mais quel travail ! – entre les repas, la lessive, le ménage, le repassage, et j’en oublie beaucoup encore… J’étais heureux avec elle, j’ai toujours son visage en moi et je l’aurai, je crois, toute ma vie. Je me souviens encore du son de sa voix d’une femme que l’on ne peut oublier, ni de l’amour qu’elle m’a donné, offert les quelques temps que j’ai eue avec moi, et en moi je garderai toujours la douceur de la femme qu’elle était…

Puis un beau matin, dernier jour d’école, ma grand-mère assise sur le rebord du lit ne se sent pas bien, elle dit à ma tante Christine, puis d’un coup s’écroule sur son lit, là, devant nous, dans la largeur du lit. Ma grand-mère est là ne bougeant plus… Ma tante se précipite sur elle, prend les comprimés qu’elle a pour le cœur, essaie de lui glisser entre les dents, lui fait du bouche-à-bouche, la masse…

On me demande de partir à l’école, j’entends au loin les pompiers qui arrivent pendant que je pars à l’école. Mon maître me rassurera en me disant que tout irait bien ce soir en rentrant, mais je suis très triste, je passe ma journée à attendre de retourner chez moi, vite, savoir comment elle va…

Puis la fin de la journée approche, et là, à la porte mes parents qui viennent me récupérer. Je ne comprends pas, je les vois parler avec mon maître, et là il m’appelle, et je pars…

La devant la mairie de Deols, le frère de mon père m’emmène avec lui, direction – une semaine de vacances chez lui à Cluis. Je demande des nouvelles, on me dit que tout va bien et je monte en voiture.

Je passerai une semaine de vacances formidable avec mon cousin et ma cousine à rire, à manger des crêpes, à visiter un château en ruines, je serai un enfant heureux pendant une semaine.

Puis on frappe à la porte, je vois ma mère et mon oncle Guy. Mon père n’est pas là, et d’un coup je repense à ma grand-mère, je demande tout de suite de ses nouvelles, et là ma mère me dira que ma grand-mère est montée au ciel, qu’elle est morte, que je ne la reverrais jamais…

Moi, qui étais là, j’ai passé une semaine à jouer, à rire, alors que ma grand-mère était partie loin de moi, loin de nous…

Je n’ai pas pu lui dire au revoir, ni assister à son enterrement, et je m’en veux même encore maintenant, même tant d’années après je m’en veux de ne pas avoir été là.

Je découvrirai la tombe de ma grand-mère mise en terre en attendant que sa tombe soit terminée. J’ai eu beaucoup de peine de la perdre, et j’ai encore au fond de moi sa présence, et je suis sûr que si elle avait toujours été vivante, elle aurait vite vue que j’avais un souci… elle prenait toujours soin de moi, c’était ma vraie maman, celle qui m’a donné le plus d’amour et de tendresse.

Un aparté dans ma vie d’enfant malade, mais je crois toujours malade d’avoir perdu la femme qu’elle était… Je voulais juste partager ce moment avec vous, vous dire qu’il est important de pouvoir dire que c’était la femme de ma vie, celle qui vous donne tout ce qu’elle a.

yesssssss j'ai quitté mes bequilles

Voilà maintenant plusieurs mois que j’ai été hospitalisé à Clocheville puis dirigé vers Pen Bron que j’ai quitté le cœur bien serré…


Le mois de juin est arrivé à grande vitesse plus vite que je pensais, les beaux jours se sont installés, le soir le soleil ne se couche plus si tôt et les journées sont de plus en plus longues.
C’est la période que je préfère le plus, même encore maintenant j’aime quand tard le soir il fait encore jour je profite à fond de chaque moment de chaleur…


Depuis le 5 décembre 1974, je ne me suis tenu debout sur mes deux jambes alors que je n’en avais pas le droit.


Comme je vous l’ai raconté, ne pas marcher pour un enfant est bien plus simple et accepté que par un adulte, mais là même avec mes béquilles le temps me semble long et pourtant bien d’autres enfants ou adultes n’ont pas cette chance, je sais en moi qu’un jour je remarcherai, je peux si je le veux lâcher mes béquilles et me tenir debout comme tout le monde.
Mais depuis ce jour ou j’ai désobéi au professeur Glorion je n’ai pas essayé une nouvelle fois de le faire j’ai eu bien trop peur.
Vous allez sourire, mais j’ai l’impression que je vous parle souvent d’une seule et unique journée de la semaine le mercredi mais je n’y peux rien mes rendez vous à Clocheville sont le mercredi, journée des enfants donc en ce mois de juin une nouvelle fois nous prenons la route pour Tours.
Mes parents ont pris une journée de congé, je pense et nous sommes là sur cette route que je connais que trop bien, à un point ou je pourrais les yeux fermés savoir ou je suis.
Mes béquilles posées à coté de moi dans la voiture se repose un peu, je suis là, le front posé sur la fenêtre et je regarde défiler les paysages si familier pour moi, la vitre légèrement ouverte m’apporte un peu d’air et m’aide à ne pas avoir mal au cœur tout du moins j’ose espérer que cela ne me prendra pas de suite.
La route, la route… toujours et encore prendre cette route, je connais tous ces villages chaque nid de poules et comme à chaque fois une foule de camions devant nous à doubler.
Mon père a l’habitude de rouler et ne se gêne pas pour doubler rapidement chaque camion qui nous ralentit pour joindre l’hôpital et arriver à l’heure.
Il faudra déjà trouver une place de parking et à chaque fois la même galère, Clocheville est un super hôpital mais en plein centre ville et jour de marché il est très rare de pouvoir trouver une place ou alors vous la trouvez du premier coup et la vous vous dîtes que la chance est avec vous…
Ce jour là oui la chance était présente, on se gare rapidement et juste le long du trottoir à coté des portes d’entrée, nous ne pouvions pas trouver mieux.
Hier soir ma mère et ma tante étaient là dehors sur le trottoir devant ma maison elles m’ont pris chacune par un bras et là j’ai lâché mes béquilles et elles m’ont fait marcher en me soutenant,
J’ai fait ces quelques pas bizarrement, je n’avais pas la sensation d’être mieux qu’avec mes cannes, elles me tenaient de manière à m’aider un peu à marcher, je ne comprenais pas trop je n’ai pas le droit de marcher sans béquilles !!!
La devant l’entrée une nouvelle fois je descends de voiture un peu barbouillé et dès que je prends ma première bouffée d’air, une envie de vomir me prend, Je ne peux me retenir et la je vomis debout appuyé sur mes béquilles, je vomis ce que je n’ai pas mangé ce matin, ca me tire dans le ventre, j’ai l’impression d’étouffer mais ça me lance tellement à l’intérieur de moi que je ne peux retenir des hauts de cœur.
Après quelques instants j’essaie à nouveau de reprendre un peu d’air dans mes poumons, je respire difficilement et mes yeux sont remplis de larmes à force d’avoir essayé d’évacuer de mon corps ce qui me gêne.
En fin de compte rien ne me gêne non mon mal au cœur vient à nouveau de la voiture comme à chaque fois mais là, j’ai réussi à tenir jusqu’à l’arrivée ce qui est déjà un exploit.
Nous nous dirigeons vers le premier étage, lieu des rendez vous, comme à chaque fois la salle est pleine alors qu’il est à peine 9 heures.
Des enfants comme moi viennent de partout, des villes éloignées de Tours et d’autres sont de la région.
Ils jouent tous avec les jeux mis à dispositions par l’hôpital ou certains sont la assis et dorment sur les genoux de leur maman. Ceux qui dorment sont souvent les plus petits, les plus jeunes d’entre nous.
Moi je suis assis sur une chaise, j’attend mon tour pour rencontrer le professeur Glorion,
comme à chaque fois un petit passage dans le cabinet et direction service des radios,
Encore une fois on me demande de m’allonger on m’aide un peu à m’installer sur cette table froide et dure, on me demande de rentrer mes pieds l’un contre l’autre, une sorte de V à l’envers, afin de bien mettre en valeur mes têtes de fémur pour que l’image donne un meilleur aperçu de celle-ci, plus besoin de me le dire je le sais qu’il faut les mettre comme cela mes pieds je connais le rituel par cœur…
Elle m’installe et se dirige vers la petite cabine j’entends comme un bruit de moteur et là une nouvelle fois je retiens ma respiration avant même que la radiologue me le demande, ça aussi je l’ai compris.
Le bruit monte un peu plus et j’entend un bruit un peu plus fort ca y est le clicher est pris, elle revient à nouveau vers moi et là me demande de m’installer différemment, de me mettre sur le coté, elle me cale mon dos avec des mousses de manière à ce que je ne glisse pas, j’ai une position pénible, car ma hanche appuyée contre la table dure me gêne, j’ai hâte que ces deux radios soient faites, se sont les plus douloureuses.

Voila, maintenant elle me laisse sur la table, les radios sont faites et je dois attendre avant de me rhabiller pour savoir si celles-ci sont bien faites et nettes sinon il faudra recommencer.
J’attends quelques minutes et là elle revient, me dis que tout est parfait et que je peux retourner dans la cabine pour me rhabiller.
Une toute petite cabine ou tout à l’heure je me suis déshabiller, la je m’assois sur la chaise et remets mon pantalon difficilement vu le peu d’espace qu’il y a, je ressors dans le couloir ou m’attendent mes parents et on leurs remet les radios de contrôle.
Voila à nouveau la salle d’attente … pour ça elle porte bien son nom attendre, attendre, toujours attendre que l’on appelle votre nom pour enfin vous retrouver face au professeur.
Nous rentrons dans la pièce, il est la derrière son bureau avec des internes autour de lui,
Chaque interne qui travaille auprès du professeur Glorion ont la chance d’avoir d’évoluer prés d’une personne si importante dans la chirurgie, pour moi cette personne est immense non seulement dans sa grandeur mais par la personnalité qu’il dégage.
Combien d’enfants aura-t-il opéré ? Combien de gosses comme moi lui devons d’avoir eu la chance qu’il s’occupe de nous ?
Je croiserai dans les années à venir d’autres chirurgiens et tous m’auront impressionné par leur gentillesse leur dévouement.
Un des internes installe les radios dans le petit appareil d’où une lumière fait que celles-ci sont d’une visibilité parfaite.
Le professeur se relève après avoir regardé mon dossier, il se dirige vers mes radios la il commente d’une voix grave ce qu’il regarde il à l’air très content de moi et de son travail, il regarde et dit que tout est très bien consolidé que l’on va pouvoir envisagé d’ici les vacances de février ou avril l’ablation des plaques et que mes hanches sont saines mais qu’il attend de voir l’évolution dans les années à venir.
Une secrétaire prend note de chaque mot à une vitesse folle, puis il s’installe sur une chaise en bout de salle et me demande de venir vers lui.
Avec mes cannes je me dirige rapidement vers lui, je m’arrête il me demande de me m’être debout bien droit ce que je fais, mais j’ai des difficultés à rester debout même encore maintenant.
J’essaie de me tenir le plus droit possible, il passe ses mains sur mon bassin puis sur mes hanches et sur mon dos, là encore il dira quelques mots que prendra en note la secrétaire, puis il me regarde droit dans les yeux, il glisse ses mains sur mes béquilles et me les retires !!!
Je suis debout oui debout sans aucun appui, je reste debout je ne vacille pas d’un poil, il me demande comment je me sens !!!
Pour moi tout va bien je suis étonné mais je suis debout et je me sens très très bien.
Là toujours debout, il me demande de marcher sur la bande de moquette grise et de faire quelques pas, je marche jusqu’au bout de celle-ci et je fais demi tour et reviens vers lui, je fais encore quelques aller-retour et je le rejoins, ses mains frôles la peau de mes hanches, il me sourit.
Je suis heureux, je marche comme avant … enfin je crois !!!
Il dit que mes cicatrices ne sont pas très jolies mais que cela s’arrangera à la prochaine opération, il les reprendra.
Il nous redonne un rendez vous et nous le quittons tous debout, moi comme mon père et ma mère, je suis la debout je marche…
Mon père a pris les béquilles dans ses mains et nous repartons, nous descendons l’escalier nous permettant de rejoindre le rez-de-chaussée, ça me fait bizarre une légère sensation qu’à chaque marche mes jambes sont molles.
Mais je marche, je descends doucement chaque marche une à une et je suis heureux.

Me voila debout oui vraiment une drôle de sensation pourtant depuis la dernière visite j’avais commencer ma rééducation.
J’y allais régulièrement trois fois par semaine je me rendais chez monsieur Travaden un kiné tout juste installer juste au bout de la rue de chez ma grand mère paternel.
Je profitait donc a chaque fois d’une visite chez ma grand mère j’allais la voir elle était très contente de me voir a chaque visite m’attendais, des gâteaux et des boissons, je risquais pas de mourir de faim elle était la assise derrière sa table.
Oui derrière sa table de cuisine le souvenir d’elle a toujours été la installer derrière cette table que ce sois ici dans cette maison ou a Bitray cité un peu plus un camp de vieux bâtiment qui a l’époque avant de devenir des appartements, était je crois bien un hôpital du temps ou les américains étaient présent.
Je l’ai toujours connus oui assise et a l’époque de Bitray se déplaçant a l’aide d’une chaise pour aller d’un endroit a un autre je la voyait très rarement marcher.
Elle avait eu un soucis de hanches et du temps de Bitray jamais elle n’avais été suivie pour cela jusqu’au jour ou après le décès de mon grand père elle était venus habiter Déols,
La elle avait subi une opération de la hanche une prothèse de hanches.
Depuis cette opération elle marchais un peu plus et ne se déplaçais plus a l’aide de cette chaise qui faisait office de béquilles.
Donc a chaque kiné j’allais la voir avant le rdv je m’installais en face d’elle on discutait et parfois elle me faisait jouer a la belote
J’aimais pas les jeux de cartes mais elle si donc je jouais avec elle rien que le plaisir et aussi d’apprendre parce que la belote cela n’a jamais été ma tasse de thé même encore maintenant.
On jouais ou l’on regardais une série tv de l’époque laquelle je ne sais plus peut être dallas une série de ce genre en tout cas.
Puis a 15h je partais avec mes béquilles direction le kiné situer a une cinquantaine de mettre les trottoirs pas large ou il était impossible de marcher j’étais donc obliger de prendre la route
Je sonnais a la porte rentrais et m’installais sur une chaise a attendre mon tour.
Monsieur Travaden venait très vite venait me chercher et m’installais dans la toute petite pièce au fond a droite la m’attendais la cage a singe oui la se trouvais une table encadrer de grillage ou l’on pouvait travailler a l’aide de poulies relier a des sacs de sable.
Le kiné au début m’installais et me faisait travailler avec des gestes qu’il pratiquais lui-même je ne faisait rien a part subir les mouvement que ces mains me faisaient faire.
Ca faisait mal mais sans plus allonger sur le dos ma tête poser sur un oreiller je me laissais faire.
Ma jambe gauche droite et ma jambe droite poser dans ces mains il l’écartait délicatement vers l’extérieur tout doucement il l’emmenais comme le professeur Glorion faisait pour voir comment était l’état de ma jambe.
Plusieurs fois il pratiquait se mouvement et puis il posait sa main a l’extérieur de ma jambe en faisant de manière a ce que force sur cette mains m’empêchant d’aller vers l’extérieur.
Je poussais de manière a repousser cette mains, mais cela était dur pas simple je peinais je sentais sa main partir j’y arrivais enfin je pensais y arriver mais voila enfin de compte il relâchais la pression pour m’aider.
Cela plusieurs fois a chaque fois des deux cotes un moments ou je m’épuisais et ou il me reprenais hé oui je poussais mais je jouais avec mon bassin et mon dos donc inutile fallait que ma hanche travaille.
Ensuite installer de la même manière la il me mettait un chausson qu’il reliais a c poulies une corde et un poids je rigole mais bon 250 grammes j’arrivais pas a les emmener 250 grammes ce n’est rien un sachet de gruyère franchement je n’y arrivais pas je forçais et lui passait me voir et la quand il me voyait trop bouger le bassin il m’installais une ceinture pour me bloquer un maximum
Ces mouvement me paraissaient interminable et quand j’avais finis une jambe on repartais sur l’autre.
Ensuite installer assis sur le bord de la table le même travaille sauf que la jambe plier un poids je devais ramener ma jambe vers l’intérieur, et la encore plus galère impossible non impossible j’essayais de donner un maximum et rien.
Donc oui quand je ressortais de chez lui j’étais fatiguer épuiser c’était plus mes bras qui me ramenait chez ma grand mère que je marchais avec mes béquilles
La m’attendais une boisson et des gâteaux et j’en avais bien besoin je les mangeais avec délice je peut pas dire que les gâteaux restaient longtemps dans la boite.
Parfois ma grand mère me faisait en plus une tartine de pain beurre et du chocolat râper ensuite je rentrais doucement jusque chez moi et la le retour charger de toutes ces calories se faisait tant bien que mal l’exercice de kiné m’avais complètement épuisé.
J’arrivais chez moi m’installais devant la tv, je ne bougeais plus pas attirer par ce qui se passais a la tv non mais surtout incapable de vouloir faire autre chose d’autre.
Oui malgré tout ces efforts je suis la debout jambe molle une sensation de marcher dans de la mousse tout en ressentant très vite une fatigue dans mes cuisses mes mollets mon dos
J’arrive jusqu’à la voiture je n’en peut plus je ne dis rien je suis bien trop content de marcher je suis debout.
Déjà mes parents observaient ma démarche je ne m’étais pas rendu compte de cela mais bien longtemps après je me souviens de les avoirs la derrière moi a regarder comment je marchais.
En tout cas j’étais la debout devant la voiture a attendre que mon père déverrouille les portes pour m’installer m’assoir surtout ouf il était temps j’en pouvais vraiment plus.
Le retour a été sans un mot la route était longue mais pas un mot juste la radio qui fonctionnait ca je me souviens c’était l’émission qui a durer des années d’ailleurs les émissions de rtl ont toujours durer très longtemps preuve que ca plaisait aux publics qui étaient la derrière leurs radio chaque jours.
L’animateur Fabrice recevait des vedettes pendant une bonne partie de la fin de matinée entre 10h et 13h et il téléphonait a des personnes au hasard leurs demandant le montant de la valise.
Pendant tout le trajet j’ai écouter l’émission espérant qu’une personne donnerais le montant et qu’elle gagnerais cette somme
Le fait de me retrouver debout procure de belle sensation mais quelque part en même temps un épuisement très vite, je fatigue en rentrant a la maison naturellement tout le monde est content de me voir a nouveau marcher.
Depuis le début de cette histoire énormément de jours se sont passer j’ai pas eu l’impression que je ne me remettrais pas debout que malgré le fait que je n’étais seulement qu’interdit de marcher je ne me remettrais pas debout et la maintenant que je suis la a savoir que quelques part l’interdit est finis j’ai la sensation que c’était hier.
Je n’oublie pas pour autant tout ces moments bien au contraire je repense je revois tout plein de choses tout plein de moment.
Je revois noël l’infirmière stagiaire a cloche ville qui quelques jours avant noël peignais sur la vitre de notre porte un père noël.
Avec noël au début quand elle est arrivée entre Robert, Thierry et moi ca marchais pas on l’avais pas trouver trop sympa puis de jours en jours tout était de mieux en mieux, et le jour ou elle a peints cette vitre elle étais la plus longtemps avec nous et nous parlais souriait non je l’ai pas oublier ce moments la non plus.
Depuis mon retour j’ai toujours mes pensées sur pen bron je repense a mes copains rester la bas je les revois souvent dans ma tête.
Je n’ai pas oublier Marie - France je repense souvent a elle a ces sourires aux moments de notre histoire toute belle pour des gosses.
Depuis mon retour on s’écrits souvent je reçois le matin des lettres dont je suis étant toujours a la maison le premier a voir si j’avais ou pas des nouvelles.
Chaque lettre étaient un moment ou j’ouvre avec hâte l’enveloppe je déplie la lettre et la lis a plusieurs reprise souvent le sourire quelques fois des larmes coule sur mes joues.
Je suis en manque d’eux.
La bas je passais ma vie au lit entre ma chambre et l’école la bas je ne sortais que le we j’avais la chance de pouvoir être promener par mes parents autour de pen bron ou dans les villes avoisinantes, j’avais le plaisir de voir les bateaux de pêche matin et soir au fils des marées.
Tout me manque et a chaque lettre je revois tout tout tout.
Donc très souvent je recevais mes lettres sans que personnes ne sache que Marie - France m’écrivais.
Un samedi matin alors que j’étais encore au lit ma mère est montée me voir elle hurlais elle ma montrer la lettre ma interdit de correspondre avec elle je la revois me regardant mauvaisement avec cette lettre dans ces mains la prendre et la déchirée.
Je revois ces mains la lettre devenir des petit bouts de papier de plus en plus petits puis elle me demande de retirer la chaine que j’ai autour du coup le cadeau que m’avais fait Marie - France juste avant que je parte de Pen Bron.
Je refuse je ne veux pas lui donner pour moi cette chaine est un lien avec Marie - France un lien avec Pen Bron avec mes souvenirs.
Chaque soir je tenais le petit médaillon en pensant a eux avant de m’endormir j’ai pris une claque puis une autre et elle m’a arracher la chaine du cou.
Le fait d’être la chez moi était un plaisir de retrouver les miens mais quelques part maintenant que je marche tout est redevenue comme avant.
Je suis plus malade même si je suis encore convalescent pour eux je suis plus malade je vais pouvoir retrouver les bonnes habitudes que j’avais avant ma maladie.
Retrouver l’aspirateur retrouver le fait de faire les lits le matin le mien et celui de mon frère vue que je dors tout seul pour l’instant.
La vie reprend comme avant j’ai toujours ma kiné qui me rappelle que je suis encore a devoir faire très attention.
D’ailleurs il ma conseiller d’avoir un vélo d’appartement avant que je puisse remarcher pour en faire le matin pas évident de grimper dessus, mais a l’aide du fauteuil et des mes bras je me hissais sur la selle et pendant un long moment je déroulais tranquillement sans forcer la maintenant je grimpe sur le vélo et je suis parties sur la route non je dirais même que c’est lassant.

Au moins j’avais un peu plus d’occupation entre la kiné le vélo d’appartement et le retour de mes empreintes sur l’aspirateur et la moulinette.
A cette fameuse moulinette que je devais passer en semaine un peu partout elle fonctionnait a l’électricité un brosse rotative qui ramassait les miettes qui compensait en attente du samedi ou je faisait l’aspirateur.
Elle était entrainer par un élastique et moi j’avais compris le truc pour éviter de faire le ménage je coupais l’élastique quand ce n’est pas lui qui de lui-même cassais.
Bien sur le soir c’était l’inspection de mon travaille ma mère regardait partout le moindre recoin pour savoir si j’étais bien passer la ou la.
Même jusqu’à aller mettre des miettes sous les tapis pour savoir si je les avaient déplacer fallait quand même y penser.
Hé oui le temps de fils malade ou l’on prenait soin de lui bien vite disparu je redevenais l’enfant d’avant bien plus vite que je j’aurais cru.
Je pouvais sortir aller marcher mais je n’avais pas le droit de faire n’importe quoi, pas le droit de courir pas le droit de mettre un coup de pied dans un ballon rien.
Les vacances d’été approchaient mon frère allais être avec moi je ne serais plus seul les journées entière et puis nous allons partir en vacances une grande première pour nous
J’ai hâte de ce moment hâte de retrouver l’océan peut être que nous irons du coter de Pen Bron je ne sais pas encore mais j’ai très envie que ce sois la notre lieu de vacance je ne dis rien mais je l’espère profondément en moi.
Les jours sont de plus en plus beau l’année d’avant la coupe du monde avait commencer mais la rien pas de foot Ball a la tv alors les après midi sont bien long.
Avec mon frère nous avions notre jeu de foot en salle a manger moi je jouais encore assis par terre et lui debout.
Ou alors nous sortions dans la cour et avec la carabine a plomb nous nous amusions a tirer sur des rouleau de papier toilette placer bien loin a les dégommer
Nous étions très prudent avec cette carabine nous avions un boite de 1000 plombs et nous appliquions a tirer sur ces cibles.
Souvent je remontais dans ma chambre seul a écouter de la musique.
Mais souvent dans ma chambre j’étais a écrire des punitions que j’avais eu par mon père vue que j’avais muris au centre et que je ne me laissais plus faire, je répondais quand je ne trouvais pas certaines choses juste.
Quand passer l’aspirateur n’étais que pour moi je ne me gênais pas pour le dire et donc je me retrouvais a copier des lignes parfois 100 d’autres fois 200 tout dépendais si je continuais a répondre, a crier a l’injustice mon père lui comme un juge intouchable rajoutais a la sentence une centaine de ligne.
Je ne dois pas répondre a mon père quand il me dis quelque chose.
N’importe quoi il pensait que plus j’écrivais cette phrase plus je me soumettais a ces ordres a ces baffes que j’ai pris plus d’une fois.
Le mains calleuse de chaudronnier me tombaient dessus au moindre mots et ensuite se rajoutais mes lignes.
J’ai du épuiser un foret entière pour pouvoir copier toutes ces lignes barbares et inutiles a chaque ligne, je sourirais a me dire que votre amour étaient tellement beau quand j’étais malade et encore j’en doutais, j’étais je l’ai écrits heureux de vous voir content d’avoir une visite mais elles sentaient vos visites les forcer l’obligation de devoirs venir l’amour pour sont enfant ce n’est pas cela et je pense que vous ne les saurez jamais.


Retour vers l’océan
Enfin le jours de du départ des vacances arrive il aura fallu que je sois malade pour pouvoir partir en vacances pas mal non.
Matin ca y est on est la tous dans la voiture la 204 est charger et notre voisin garagiste nous a prêter sa remorque afin que nous puissions tout emmener de la toile de tente fraichement acheter et des bagages tout est installer prêt a partir.
Nous avons emmener mon cousin Alain avec nous mon père tourne la clefs de contact et la voiture nous emmènes au bord de mer de l’océan.
Direction la Vendée d’âpres des copains de mon père parait que ce coin est très jolie et peut encore fréquenter dans cette année 1975 donc adieu le plaisir que j’avais de penser retourner a Pen Bron un peu de tristesse .
Nous sommes partis vraiment très tôt afin de ne pas subir les embouteillage
La route parait longue mais nous sommes tout proche de l’arrivée nous faisons une halte, juste a l’entrée du panneau bienvenue en Vendée juste avant nous descendons arrêt pipi pour tout le monde.
Je rejoins a pied le panneau et pénètre donc en Vendée a pied et cela je le ferais a chaque fois que nous partirons les années suivantes.
Nous sommes a st jean de monts petite ville balnéaire très belle mais déjà snob la plage est immenses et nous sommes a la recherche d’un camping, hé la c’est pas gagner a chaque entrée un panneau est installer et écrit en gros complet.
Nous passons une partie de la matinée a chercher encore et encore nous tournons en rond
Arrive midi mon père décide de s’arrêter la prés de la foret de pin pour pique niquer, la pendant notre repas mon père décide que si nous ne trouvons pas nous prendrons la direction du Croisic direction Pen Bron.
La un peu d’espoir en moi je me dis que voila vue que depuis ce matin on trouve rien j’ai de grande chance de revoir Pen Bron.
Mon père s’arrête finalement au bout d’un moment dans une station essence pour faire le plein un pompiste arrive vers lui et la ils discutent tous les deux pendant que l’essence coule dans le réservoir.
Mon père le paye rentre dans la voiture heureux de nous dire qu’il y aurais un camping ouvert dernièrement et qu’il y aurais de grande chance qu’il est encore de la place.
Mon père se dirige vers la route indiquer et pendant quelques dizaines de mn rien puis a la sortie d’une courbe le camping est la.
On s’arrête le long de la route le bs cote remplis de sable
Mon père va a l’accueil et en ressort avec le sourire mon rêve s’évanoui pen bron je peu faire une croix dessus.
L’installation dans ce camping a été une vrai catastrophe, une bouteille d’huile s’était renverser pendant le trajet et en ouvrant le sac de piquets dans le sable bien sur tout est devenue galère.
Malgré cela je reconnais que ce camping était pour nous le bienvenue et nous avons fait la connaissance de voisin d’une gentillesse superbe.
Moi a chaque départ a la plage j’étais heureux de retrouver l’océan a ce n’étais pas la ou je rêvais d’être mais j’étais la a le contempler.
Mais voila ce n’étais pas de vrai vacances ce n’étais que pour moi ne fait pas ci ne fait pas ca ne court pas ne vas pas trop loin.
J’étais la en fin de compte a rester assis sur ma serviette et bronzer.
Parfois j’arrivais a m’évader un peu a descendre a marée basse j’étais un peu plus tranquille du regard de mes parents qui discutaient avec nos amis.
Dons la je me mettais a courir sur le sable dur a jouer dans les rochers, je me sentais bien quelques coups de pieds dans un ballon en regardant si mes parents ne me voyaient pas de toute manière pourquoi regarder s’ils m’avaient vue j’aurais entendu hurler crier.
Moments plaisant marcher sur les rochers entre flaque d’eau et la catastrophe je glisse je tombe bien sur je tombe sur ma hanche une vive douleurs me prend sur le cote de la cuisse ca me brule je me relève, je peu prendre appuie sur ma hanche mais j’ai mal je regarde ma cuisse et la je vois ma cicatrice remplie de sang.
Je me suis écorcher tout la cicatrice elle saigne pas beaucoup mais comme c’est déchirer un peu partout je ne peu cacher ce que j’ai même en passant de l’eau de mer sur les petites plaies ca brule, encore plus le sang disparait pour laisser apparaitre de nouveau des gouttes de sang.
Je n’y coupe pas je vais devoir remonter le dire a mes parents.
Voila c’est fait bien sur une nouvelle fois je me fait engueuler que c’est bien fait pour moi que je n’avais qu’a pas faire le con, on m’ordonne de m’assoir et de ne plus bouger.
Ces vacances je les ai aimer et détester mais a la fois, mais j’ai aimer laVendée j’ai adorer cette région qui pour moi est devenue un pti peu mon chez moi.
Retour a la maison bien bronzer presque tout noir les jours passent de plus en plus vite la chaleur est installer sur la France d’ailleurs en Vendée, nous avions été envahie par des nuages de coccinelles mais ici aussi a Châteauroux.
Nous nous rapprochons de la rentrée scolaire je sais que je redouble malgré l’école a pen bron et la bonne volonté de tartine je redouble.
J’ai la chance de savoir que je vais me retrouver dans la classe de monsieur Boissineau cela me rassure mai quelques part j’ai un peu la trouille de puis le temps, que je ne suis pas allez en classe et puis tout mes copains et copines eux passent au collèges donc je vais être tout seul.
Hé oui tout recommence tout est vite arrivée, je suis la dans la cour de mon école debout mon sac a la main, je suis comme un nouveau pourtant je connais ce lieu mais j’y suis perdue je vais du cote ou, je sais que quand la cloche sonnera tout les élèves se regrouperons pour entendre le père supérieur énoncer leurs nom pour leurs indiquer leurs classe.


Moi je sais je sais ou j’irais donc j’attends la juste a l’endroit ou nous nous mettrons en rang pour monter a l’étage.
La cloche sonne un rassemblement dans le brouhaha puis un silence complet la cour parait desserte tellement le silence règne.
Quelques minutes plus tard tous nous sommes en rang devant notre maitre et a sa parole nous avançons pour rejoindre la classe.
Voila je redeviens l’enfant de l’année dernière, je remonte mes marches une a une je reprend le cour de la vie d’un enfant mais je ne suis plus le même quand même.
Je sais déjà qu’une nouvelle opération est prévue pour avril pendant les vacances, je sais que pour moi l’enfant d’avant n’est plus. je devrais vivre avec un handicap plein de choses me rappelle a lui et encore aujourd’hui 37 ans après.

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Publié le par Emmanuel

J'ai ouvert mon sac pour y prendre mon billet en me précipitant, et là ,en le tirant ,il était coincé dans mon livre de grammaire , je l'ai déchiré.
J'ai eu peur , mes larmes ont commencé à couler sur mes joues.
J'avais en moi une peur que l'on pense que j'avais déchiré ce billet volontairement.
Alors oui ,quand le père est arrivé devant moi et que mes larmes coulaient sur mes joues : le père m'a demandé ce qui se passait.
Il a lu mon billet ,il m'a rassuré et m'a dit que ce n'était pas grave . Ensuite ,je suis entré avec les autres ,faire ma punition.
Ce père ,là ,oui j'en suis persuadé ,il est resté dans tous les cœurs des enfants de l'école : un homme formidable.
Ainsi ,pendant notre rencontre ,ce jour là ,j'étais vraiment content de le retrouver .Il m'appréciait avant ma maladie et il ne me recevait pas comme
un malade , mais comme un enfant qu'il avait dans son établissement . Il voulait avoir de mes nouvelles " moi" son petit basketteur.
Je me souviens ,aussi, qu'il m'avait offert deux présents . Je n'ai plus le souvenir de ce que c'était . Mais cela m'avait fait plaisir et rendu fier d'avoir un cadeau de sa part.
Nous nous sommes quittés , je suis rentré chez moi ,ce jour là ,avec un sourire d'enfant heureux.

RETOUR A CLOCHEVILLE .

Quand je suis revenu de Pen Bron , mes parents ont évoqué que j'avais un rendez vous à Tours avec le professeur Glorion ...

D'après ce que j'ai compris ce rdv existait bien , seulement c'était le seul moyen de pouvoir me faire sortir du Centre .

Cela faisait à peine une semaine que j'étais parti du Centre , que le mercredi matin , je reprenais la route en direction de Tours .

Notre rdv était prévu de bonne heure , donc nous avons pris la route très tôt le matin .

Et comme à chaque fois , en entrat dans la voiture , j'avais mal au coeur . Ce parfum de simili et l'odeur de tabac me rendais

malade .

Je ne disais rien , mais en moi tout était barbouillé , je ne me sentais pas bien et nous n'avions pas encore roulé 3 kilomètres !!!

Pour moi , le combat était de tenir le plus longtemps sur le chemin , avant de dire à mon père que j'avais envie de vomir .

A chaque fois , je voyais son visage se crisper , je savais que ça l'énerver de s'arrêter . Mais une fois que l'on faisait un arrêt ,

je ne pouvais plus m'arrêter . Souvent , mon père devait faire une halte en catastrophe , j'ouvrais la portière et sortais très vite

pour me soulager.

Soulager est un grand mot , car pour moi j'avais l'impression que mon coeur allait sortir de ma poitrine .

Mais là , impossible de sortir en courant comme au retour de Pen Bron car j'étais allongé sur la banquette arrière .

J'essaie de voir la route , du mieux que je peux et surtout je me retiens .

La route de Tours n'a jamais été une route très bonne et tous ces petits villages font que le chemin me semble une éternité .

D'ailleurs , les enfants demandent souvent " c'est encore loin ou alors on est bientôt rendu ".

Moi non , car je connais le trajet et je sais où je me trouve et combien de temps il nous reste à parcourir . Et surtout , si le

calvaire de la voiture va être encore long ou pas .

Souvent , une fois passé la ville de Loches , je me souviens que pour moi , le plus dur était passé et que normalement je tiendrai

jusqu'à l'hôpital . Cela n'a pas toujours été le cas !!!

Nous passons la commune de Cormery , et là quelques kilomètres après sur le côté de la route , il y a un wagon qui fait restaurant

et là , j'ai trop envie de vomir , je ne tiens plus . J'ai bien choisi mon endroit !!!

Je n'en peux plus , il faut s'arrêter . Une fois la voiture stoppée , j'ouvre la porte et me penche pour sortir le mal qui est en moi

depuis déjà quelques kilomètres .

Là , j'ai mal à l'intérieur de moi . Tout part en une fraction de seconde . J'évacue , mais rien n'était dans mon estomac , donc

la violence des spasmes qui me tord le ventre , est de plus en plus forte .

Je pousse des gémissements , j'ai trop mal . Mais cette douleur restera toujours en moi , elle ne me quittera pas , même quand

je suis calmé . Elle me tenaille encore et encore !!!

Nous reprenons le peu de route qu'il nous reste à faire . Je ne dis plus un mot , même si je ne parlais pas avant .

Je ne bouge plus , ma tête est collée contre la vitre et j'essaie de rafraîchir mon front .

Ce matin c'est le marché , comme tous les mercredis et à chaque fois , il est impossible de nous garer.

Il faut tourner sue le boulevard , chercher et attendre . Pour une fois , nous avons de la chance , une place est libre et en plus

pas loin de l'entrée de Clocheville .

Mon père va mettre de l'argent dans l'horodateur , mais à quoi bon !!! Il sait qu'entre le temps d'attente , la consultation ,l'auscultation

et les radios , il risque de se prendre une contravention . Il râle un peu ...

Il ouvre le coffre de la 204 pour sortir mon fauteuil . Une fois installé , nous prenons le chemin de l'hôpital et ensuite nous nous

dirigeons au 1er étage .

La salle d'attente est pleine d'enfants et de parents .

Mes parents vont à l'accueil et moi , je suis là dans mon fauteuil à regarder les autres enfants : certains sont plâtrés , d'autres en

fauteuil comme moi et quelques uns sont assis à une table et jouent . Des jouets sont mis à notre disposition , mais moi , jamais

je n'ai touché un seul d'eux . Non , j'étais trop grand pour jouer à ces jeux là . Il y avait aussi des livres , mais je n'ai pas envie de

lire . J'ai juste envie que mon tour arrive vite , très vite !!! Après je pourrai rentrer chez moi .

Ma mère me dit une nouvelle fois , que si l'on me parle de Pen Bron : je dois répondre que je ne veux pas y retourner , que cet endroit

n'est pas bien , et que les soeurs ne sont pas sympas ( et encore je suis gentil , ce n'est pas le mot exact ).

Ne pas retourner à Pen Bron !!! Bien sûr que je veux rester chez moi avec ma famille . Mais franchement , depuis mon retour , je suis et

je me sens bien seul . Ma tante a repris le travail et les journées sont longues , même très longues , tout seul à la maison .

Le matin ,je descends dans la salle à manger . On a installé , parterre , mon tourne disque et quelques disques m'appartenant et aussi ceux

que mon oncle Michel m'a prêté : ( des disques de Johnny Halliday ). Il y a un disque que j'écoute en boucle : c'est celui du chanteur René Joly .

Je me souviens encore de sa pochette jaune et du titre " chimène ". Je l'écoute à longueur de journée , sans arrêt .

Je regarde aussi la télévision . Voilà à quoi ressemblent mes journées à la maison : écouter de la musique et regarder la télévision !!!

Mes parents travaillent , mes oncles et tantes aussi . Patou , ma tante et mon frère , eux vont à l'école . Je vais pas dire " la chance " ,

mais si quand même car ils sortent tous de la maison dans la journée , et moi , je suis là assis parterre à longueur de temps.

Alors , OUI , Pen Bron , j'y étais beaucoup mieux qu'ici .

Après de longues minutes , la secrétaire appelle notre nom , enfin le mien , c'est moi le patient . J'avais hâte de rentrer derrière

cette porte où se tient le bureau du professeur . Mais là , j'ai quand même la frousse d'y aller . Mon père pousse mon fauteuil roulant ,

j'aurai pû le faire tout seul , mais mes mains n'arrivent pas à faire tourner les roues du fauteuil , j'ai la trouille et je perds tous mes moyens .

Ca y est , me voilà devant le professeur Glorion . Il est toujours aussi grand et impressionnant ( comme si , le temps avait pu le rétrécir :

n'importe quoi ). Il est là ; immense , dans sa blouse blanche et son pantalon à pinces . Il nous salue et se dirige vers moi . Comme tous les

enfants qui l'ont croisé , je pense que nous avons tous eu la même sensation et impression de Gulliver . Oui , je pense qu'il n'y a pas plus

grand que ce Monsieur là .

Il me sourit , me demande comment je vais et me regarde un peu sous toutes les coutures . Il palpe mes jambes , me sourit à nouveau et me dit :

"Bon , tu vas aller passer des radios et on se voit tout à l'heure " . Nous prenons la feuille pour le service de radiologie et nous filons en direction

de la salle d'attente du service . Une nouvelle fois , il faudra attendre encore son tour !!!

La salle est encore plus remplie que la première . Je vois parfois mon père perdre patience . Je peux le comprendre .

C'est vrai que le jeu des " je m'assois , j'attends mon tour " sont très longs .Et le service des radios , est celui où tout le monde se retrouve .

En effet , on vient tous pour des pathologies différentes . Alors oui , en radiologie , ça ne chôme pas de toute la journée . Il y a beaucoup

de travail . Les radiologues travaillent sans cesse , ils prennent des photos du squelette , nous traquent la moindre parcelle avec leurs rayons .

Vloilà , on m'appelle et là , l'infirmière se dirige vers moi avec un sourire : allez zou , on y va .

Vous devez tous connaître le rituel : tu te déshabilles et tu attends dans la petite cabine . Mais là , l'avantage , c'est que l'on rentre directement

dans la salle car les cabines sont trop petites pour nos chariots et donc ça va plus vite .

Je suis installé sur la table , en slip , mes pieds rentrés vers l'intérieur . Une voix me dit " ne bouges plus , ne respires plus ".

La machine se met en route et les clichés sont pris . Encore quelques radios et ensuite on me demande d'attendre tranquillement

afin de voir si elles ont bien été faites . Ensuite , je peux me rhabiller , on me donne mes radios et on me ramène à mes parents pour

retourner voir le professeur Glorion .

Il faut savoir être patient et je me répète , cela n'est pas donné à tout le monde : et surtout pour deux qui vous accompagnent .

Mon père n'a qu'une envie , c'est de partir . Il ne dit rien , mais je le vois dans son regard et son comportement .

Ma mère aussi perd patience les jours de rendez vous avec le médecin , mais elle arrive à reprendre son rôle de mère .

J'aurai peut être dû rester à Pen Bron , du coup !!!

Je vois ma mère regarder mon père avec colère , il s'impatiente et je ressens sa lassitude , son ennui .

Décidément , ma maladie n'amène pas le bonheur , loin de là !!!

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Publié le par Emmanuel

Pour moi une incompréhension totale, je devais venir au centre de Pen Bron pour quelques mois, y faire de la rééducation, ensuite je me suis entendu dire que je devrais peut être même y rester un an voire un an et demi, alors que se passait-il !

On m’emmena avec mon lit vers la sortie de la classe, j’ai dis au revoir à ceux qui se trouvaient en cours ainsi qu’à Tartine.
Une fois dehors, des larmes ont commencé à couler sur mes joues, à ce moment là j’ai compris que je rentrais chez moi, que je quittais le centre.

Je réalisais aussi que j’allais partir sans revoir tous les amis que j’avais ici à Pen Bron, ils étaient tous dans d’autres cours et moi je quittais le centre sans les revoir.

Le lit roulait sur le chemin en ciment me ramenant au bâtiment où se trouvait ma chambre.

Je pleurais, mon cœur me serrait, j’étais un enfant perdu dans des sentiments que j’avais du mal à contrôler. Je n’ai pas souvent pleuré à Pen Bron, mais là, les larmes, je n’ai pas pu les retenir.
Quelqu’un m’a appelé, juste derrière nous, c’était Marie. Elle avait été mise au courant mais par qui je ne l’ai jamais su. Le plus important était qu’elle soit là, Laurence nous a laissé quelques instants.
Marie avait elle aussi des larmes, ses yeux pleuraient. Elle me demanda si j’allais revenir et quand, j’étais bien incapable de lui répondre, je ne m’attendais pas à ce départ.
Elle m’a tenu la main, m’a embrassé et elle a glissé autour de mon coup la chaîne qu’elle portait, une chaîne avec un médaillon de la Sainte Vierge pour ne pas l’oublier.

Nous avons repris le chemin de la chambre, mes parents m’y attendaient. Ils étaient certainement partis plus tôt le matin car déjà toutes mes affaires étaient prêtes et il y avait des sacs partout.
La responsable du bâtiment est venue leur parler, ils devaient aller remplir les papiers pour ma sortie. Ils l’ont suivie en emmenant quelques bagages.
J’étais seul dans la chambre, comme je l’avais été la première fois, le jour de mon arrivée. Puis des bruits dans le couloir, Yannick et tous les autres ont surgi, je pense que les filles de salle avaient fait en sorte qu’ils puissent sortir et venir me dire au revoir.

Ils sont tous venus avec dans les yeux un sourire triste, tous étaient là et moi aussi j’étais comme eux, triste de savoir que je partais, triste de les laisser là.

Même enfant, dans certaines circonstances, c’est dur de laisser des personnes derrière soi, de partir…
Marie est revenue elle aussi, elle s’est assise une dernière fois à côté de moi, et tous me parlaient, tous me disaient la même chose, tu as de la chance de rentrer chez toi.
Oui, je rentrais, oui j’en avais envie depuis longtemps, mais là, je n’étais pas prêt et je ne voulais plus partir.
Nous nous sommes séparés, Thierry et Robert, ceux avec qui j’avais vécu ma maladie depuis le début, ceux avec qui j’avais passé et partagé énormément de choses, de rires, mais aussi des bagarres et quelles bagarres mais nous nous aimions comme de vrai copains.
Yann et Thierry m’ont accompagné jusqu’à l’ascenseur, juste avant les filles de salle m’ont embrassés et dit au revoir puis la porte de l’ascenseur s’est refermée.

Nous avons pris la direction de la voiture, et nous avons quittés le centre. Nous avons pris la route vers la maison, ma maison. Du trajet, je n’en pas de souvenirs, j’étais encore là-bas, à Pen Bron.


Aujourd’hui encore le Centre de Pen Bron est bien présent en moi, tellement présent que souvent j’y suis retourné, sans osé l’approcher, pourquoi… je ne peux l’expliquer, je crois que l’instant doit venir et ne se commande pas, il faut se sentir prêt aussi à recevoir ses souvenirs, ses peurs d’enfants, se faire face aussi d’une certaine façon.

Et un jour de juin 2009, 35 ans plus tard, j’ai eu la joie, le trouble et l’émotion d’y pénétrer à nouveau, mais debout cette fois ci, et cet instant, je l’ai vécu tremblant et impatient en même temps de tout revoir et de marcher dans le hall, puis aussi de prendre l’escalier, gravir une à une les marches de cet escalier pour aller revoir les chambres…
Je ne l’oublierai jamais ce centre, les enfants de Pen Bron, ceux d’hier bien sur, que je garde en moi, mais j’ai une pensée très forte pour ceux d’aujourd’hui.


Entre Pen Bron et moi, entre nous les enfants de Pen Bron, cela demeurera une belle histoire
Et j’y reviendrais, car, on y revient tous, un jour ou l’autre. Et pourquoi pas, s’y retrouver et se connaître, je pense à tous

Le retour à Déols, parmi les miens

Nous quittons Pen Bron. Je suis installé à l’arrière de la voiture... mon fauteuil roulant et mes bagages remplissent le coffre.

Je me sens perdu, divers sentiments me traversent, et j’ai du mal à tout canaliser. J’ai du plaisir à renter chez moi, c’est vrai mais je laisse tant de visages, d’émotions et d’aventures de "gosse" derrière moi, et pourtant je ne suis resté que quelques mois dans le centre, mais quand on est enfant tout est tellement grand, important, les amitiés nouvelles ont pris tant de place. Je me sens différent, j’ai mûri, mon hospitalisation a fait de moi un enfant beaucoup plus "grand" et la suite me fera devenir encore plus fort peut être un peu plus attiré par le regard des autres.

Il n’y a pas un mot dans la voiture, uniquement la radio dont j’entends le son mais je ne sais pas ce qui se dit…
Mes yeux se remplissent de Pen Bron, je veux tout graver en moi avant de partir, je me retourne et l’entrée du centre disparaît chaque seconde un peu plus. Puis mon père tourne à droite, en direction de Guérande
Je regarde, je fixe, je maintiens mon regard le plus longtemps possible pour ne pas oublier tout ce qui entoure le centre, les légères dunes traversées de chemins qui emmènent à la plage mais aussi, juste sur ma gauche, un au revoir aux enfants de Pen Bron, ces enfants qui restent là à tout jamais, ces enfants qui ne me sont plus étrangers, j’ai mis des prénoms sur ces petites tombes…

La route commence et mes yeux sont embués de larmes, mais rien ne coule d’eux, peut-être parce que la tristesse est trop grande.

Triste alors que je ne voulais pas venir, triste alors que je voulais partir aussitôt arrivé, et maintenant, je souffre de quitter cet endroit…

Je ne sais pas ce que je veux, si je sais ce que je veux, retrouver ma famille mais je ne veux pas perdre les moments passés à Pen Bron, n’y ceux de l’hôpital Clocheville. Je sais que je n’oublierai jamais ces derniers mois écoulés entre rires et batailles, entre douleurs et plaisirs, je resterais pour toujours un enfant de Pen Bron.


Mes parents se mettent à discuter, ils parlent du centre, ils ont l’air ravi. Moi, je pense que le fait d’être venus me chercher les rend heureux mais ce n’est pas pour cela qu’ils le sont…
Une bonne partie de la route se fait sans que je sois malade et là c’est un miracle mais les miracles avec moi en voiture, cela ne dure pas. Bientôt le mal au cœur s’installe, l’envie de vomir me prend mais je sais que mon père n’aime pas s’arrêter, qu’il aime rouler sans aucune halte alors je vais tenir le plus longtemps possible, sans rien dire.

Pour ne pas penser à mon mal au cœur, j’essaye d’imaginer ce qui se passe au centre, que font mes copains, que fait marie France ? Je pense à eux, j’imagine car il est vrai que les samedis après midi que j’ai passés au centre sont rares vu que la plupart des week-ends j’avais eu la chance d’avoir de la visite.
Je ne connais pas la route que mon père prend pour rentrer à la maison, je ne sais pas par où on va passer pour rentrer, ni les villes que l’on traverse à cette époque. Nous rentrons par la nationale et pour un samedi, il n’y a pas trop de monde sur la route.
Tout ce dont je me souviens, c’est d’être passé par Saint-Nazaire, puis direction Nantes et Tours, je crois…

Le seul souvenir est que je ne tenais plus et j’ai commencé à dire a mon père de s’arrêter, que j’allais rendre, que j’étais vraiment mal.
Alors d’habitude quand cela m’arrive, mon père se gare comme il peut, je sors de la voiture… mais là que faire je ne peux pas marcher.
J’ouvre la portière et je suis allongé sur le ventre, ma tête sortie, j’ai mal au ventre, mal au cœur mais surtout mal aux jambes, je ressens des douleurs, des spasmes si violents que je souffre jusque dans mon bassin.
La route me semble longue mais pour mon père, davantage encore, car il vient de faire l’aller et je suis malade donc il s’énerve. Une voiture devant lui roule au pas et impossible de la doubler…Enfin l’autorisation de doubler, mon père accélère, la voie est libre dans l’autre sens, il double, accélère mais là l’autre conducteur accélère aussi alors qu’il n’a pas roulé sur des kilomètres ; il semble qu’il veut empêcher mon père de doubler.

Mon père est forcer d’accélérer encore… Mais les gendarmes installés au bord de la route lui font signe de se garer, mon père freine mais il roulait très vite, il lui faut donc un long moment pour se garer.
Les gendarmes arrivent et sermonnent mon père en lui faisant remarquer les infractions. Mon père a beau expliquer que le véhicule avait accéléré au même moment mais rien n’y fait …

Il invoque alors le fait que je viens de sortir d’un centre de soin et que je dois aller impérativement à l’hôpital et que je suis malade, il essaye par tous les moyens d’éviter d’être verbalisé mais rien n’y fera, il aura son PV.
Il est en colère, quelle journée…, mais voila on peut rien y changer.
J’apprendrais plus tard que mon père a écopé d’une semaine de retrait de permis, qu’il ira le donner au commissariat de Châteauroux.


Nous sommes arrivés en fin de journée, je me souviens du sourire que j’avais en rentrant dans Châteauroux et une fois passé le pont, d’être à nouveau dans la petite ville de Déols, à ce moment là, je me suis senti bien.

La maison était toujours entourée de l’épicerie et du boulanger. La voiture enfin garée sur le parking, face de la maison, tout le monde se précipite, donne un coup de main au déchargement dont je faisais parti !
Je n’ai pas été installé sur le fauteuil roulant, non, on m’a porté et installé sur la banquette du salon et là durant un instant, à nouveau bien installé chez moi, j’avais l’impression que je n’étais jamais parti, rien n’avait changé.
Mes tantes étaient prés de moi mes oncles aussi, tout le monde était ravi que je revienne à la maison et moi aussi j’étais heureux.

Mon frère, que je n’avais pas vu depuis Noël dernier, était près de moi avec sa tignasse si longue et d’un blond presque blanc, alors que moi j’étais tout le contraire bien brun mais pour ce qui était de la longueur des cheveux, je rivalisais maintenant, mes cheveux n’avaient pas été coupés depuis quelques temps.
Fatigué sans que je le sois vraiment, ma tête tourne un peu, je prends conscience de tout ce qui m’avait manqué.
On m’a amené ma petite chatte Sophie, quel plaisir de la retrouver, de sentir la douceur de son pelage. Elle me reconnaît, elle est là sur mes genoux à se laisser caresser, elle ronronne. C’est bon de sentir ce petit animal blotti contre moi.

La soirée arrive très vite, la vie reprend son cours, je suis installé sur la banquette mais j’ai envie de bouger et personne ne se demande si je dois d’aller aux toilettes…
Je ne dis rien, me laisse glisser à terre et me dirige vers l’escalier. Je réapprenais à me déplacer enfin sans faire de bruit pendant que tout le monde était à préparer le repas en cuisine. Mon père devait être parti prendre l’apéritif, comme il le faisait avant au bar du coin.


Moi je commence ma première escalade des escaliers ; Les toilettes sont à coté de ma chambre et il y a du chemin…
Tranquillement, prudemment, une à une et de coté je fais passer mes jambes sur la marche suivante et de mes mains, je prends appui pour poser mes fesses et ainsi jusqu’à la dernière marche.
Enfin j’atteins le "sommet", il ne me reste plus qu’à traverser le couloir, qui est pour moi assez long pour mes premiers pas, non pas mes pas car ce sont mes bras qui me portent de chaque coté du corps, je les pose et pousse et mes fesses suivent.
Enfin ma chambre, rien n’a vraiment changé, mon bureau est toujours là, mon bureau où je fais toujours mes leçons avec plaisir, avec envie, où je m’efforce d’apprendre… non je plaisante… mais le fait de l’avoir retrouvé m’a certainement fait délirer un instant.
Et juste après les toilettes, mais là petit problème… comment les atteindre…mais quand on est gamin, rien ne peut vous arrêter non !
Qu’est-ce que j’ai pris quand on a su que j’étais parti à l’aventure à peine arrivé mais mon père a eu raison de me disputer, car là j’avais été bien inconscient, je venais juste de rentrer du Centre.
Mais il fallait aussi que je me débrouille parce que quand j’allais me retrouver seul quand tout le monde serait parti au travail ou à l’école, je serais bien tout seul pour me débrouiller…

je retrouve l'ambiance de ma classe

Traverser à nouveau la ville ,me redonne de belles et douces sensations . Je suis bien chez moi , enfin je crois ou pense l'être
Mon oncle gare la voiture juste devant l'école . A ce moment là ,recommence l'opération inverse , qui est de déplier mon fauteuil roulant et de m'installer dedans.
Je suis à la fois heureux , content , mais j'ai en moi un peu la trouille de retourner dans la cour .
Je sais que je vais retrouver mes copains mais j'ai la peur au ventre.

Cela fait très longtemps que je ne suis pas revenu ici .Mon retour chez moi a déjà été un moment immense et intense .
Retrouver ces moments de la vie d'avant me troublent et me perturbent un peu.
J'ai l'impression de revivre comme une sorte de rentrée scolaire , mais aujourd'hui je suis le seul et unique élève .
Mon oncle pousse mon fauteuil roulant vers l'entrée de la cour de l'école . Tout le monde est encore dehors .La foule d'enfants qui était en train de jouer juste avant mon arrivée ,
s'arrête .
Quelques uns me regardent sans bouger et d'autres s'avancent vers moi .
Les maîtres d'écoles , au courant de mon retour viennent eux aussi vers moi ,ainsi que Monsieur Huguon , le directeur .
Au fur et à mesure , une foule d'enfants vient m'entourer . j'arrive à apercevoir des copains de classe ,qui eux me connaissent bien .
Un sourire se dessine sur mon visage et je me sens de mieux en mieux et rassuré . Ils sont heureux de me voir et de me parler ,et moi aussi d'ailleurs .
Seulement , je suis un peu perdu d'avoir autant de monde s'agglutiner autour de moi ,aussi bien des enfants que je connais et d'autres que je ne connais pas.
J'ai l'impression d'être une star , qu'il faut absolument voir ,toucher . C'est incroyable quand même !!!!
Je suis sûr que pour certains , si j'étais arrivé en marchant comme eux , mon entrée serait passée inaperçue.
Monsieur Boissinaud , lui , se dirige vers moi . Il est toujours pareil ,grand , il porte ses lunettes et il a toujours la barbe .
Il a un sourire aussi grand que le mien . Il vient me saluer et je me sens bien .
C'est bizarre pour moi , non , qui n'aime pas l'école de dire que je suis bien . Ce maître là , a toujours su se faire aimer par les élèves de sa classe .
Et je suis certain que beaucoup d'entre eux se souviennent encore de lui .
Il me parle , me pose plein de questions , je lui réponds et de moins en moins d'enfants restent avec nous . Ils retournent pour la plupart jouer ou reprendre leurs différentes occupations
qu'ils avaient ,avant mon arrivée.
La cour a très vite retrouvé ses cris d'enfants et ses petits groupes au quatre coin de la cour.
Quelques minutes se passent quand retentit la sirène annonçant la reprise des cours .
Là ,tous les gosses se dirigent à un endroit précis pour se mettre en rang deux par deux pour former une belle et droite ligne indienne .
Ce doit être le même rituel dans toutes les écoles de France .
Je retrouve mes copains de classe , là ,tous en rang ,attendant le signal du maître pour avancer . Et moi , je suis sous le préau du bâtiment , enfin moi j'appellerai ça plutôt un hall.
L'école est toute neuve , je l'ai vu se construire quand nous étions encore dans l'ancienne . Nous venions même faire du sport dans l'immense terrain se trouvant derrière celle ci.
Une belle école : comme tous mes camarades , nous avons découvert ce nouveau et grand bâtiment en Septembre 1974.
La vieille école qui abritait les classes de primaire , est toujours debout . Maintenant ,elle accueille la classe des maternelles. Et le primaire est doté de locaux tout neufs.
Le bâtiment est situé sur un rez de chaussée et un étage . Les files d'enfants avancent presque toutes en même temps.
Une danse de file indienne se dessine doucement , certaines s'entrelacent vers le couloir du bas et d'autres empruntent l'escalier pour rejoindre leurs classes.
Moi , la mienne est à l'étage et ma classe avance et monte l'escalier que j'ai si souvent comme eux gravi et monté les marches deux par deux , il y a quelques mois.
Mais là ,je suis toujours dans le hall.
Moi ,je pensais que j'étais juste venu voir mes copains de classe et mon maître et qu'ensuite je les laisserai travailler et que moi ,je rentrerai chez moi.
Hé bien non ,une belle surprise m'attend : mon oncle et le maître , chacun d'un côté du fauteuil ,me soulèvent et je me retrouve en haut de l'escalier .
Sur la gauche de l'escalier , je retrouve la porte de ma classe où tous les élèves attendent que le maître leur dise d'entrer.
Bien sur , la place que j'avais , est occupée par un autre élève. De toute façon ,avec mon fauteuil ,je reste dans le fond de la classe .
Une table est installée pour moi ,et là je suis en classe comme avant le 05 Décembre 1974.
Il n'y a aucun bruit . Le maître explique ma venue d'aujourd'hui , mon absence de ces derniers mois et de mon retour avec eux .
J'ai l'impression de me retrouver un lundi matin ,où nous avions l'habitude de raconter notre week end chacun notre tour.
Seulement ,l'histoire , c'est moi qui la raconte aujourd'hui et tout seul .Je leur explique tout ce qui s'est déroulé depuis ma première visite à l'hôpital de Clocheville.
Je leur dit que c'est un hôpital pour enfants . Les mots ,les phrases s'enchaînent , je leur parle pendant un long moment de ce qui m'est arrivé : des moments où j'étais un peu
perdu , seul et les moments de rigolades.
Je me suis fait des copains pendant mon séjour ,et je leur fait le récit de nos fous rires , la description des chambres d'hôpital, de mon Noël passé chez moi ,de mes
opérations ,et mon départ au Centre de Pen Bron et de la vie que j'avais là bas.
Le plus dur pour eux , était de de leur faire comprendre pourquoi, j'étais dans un fauteuil roulant maintenant, alors qu'avant je marchais et que tout allait bien.
Mon opération nécessite un long moment sans avoir le droit de marcher ,même si je peux marcher , mais je n'ai pas le droit . Ils ont du mal à comprendre:
"il peut marcher ,mais il est dans un fauteuil roulant " !!!!!
Alors , mon maître a essayé aussi de leur expliquer , mais il est vrai que c'est compliqué de faire comprendre ca à des enfants , même si moi ,je savais que je pouvais
marcher , me mettre debout ,je n'en avais pas le droit. Moi ,je l'avais très vite compris ,mais pas eux .
Pendant un très long moment ,je leur ai raconté ma maladie , ma manière de vivre , de me déplacer :soit en fauteuil roulant ,soit assis parterre.
Ils m'ont posé beaucoup de questions et moi ,je leur ai donné des réponses ; des réponses de gosse .Des réponses de gosse qui sont parfois et souvent plus drôles pour éviter
de parler de maladies.
Pour moi ,ce qui m'arrivait n'était pas une maladie ( même si c'était le cas ) car je ne me suis jamais senti malade.
Etre malade pour moi c'est avoir la rougeole , la grippe ,la varicelle ,les oreillons ,une angine ,enfin des maladies que nous avons tous eu à un moment dans la vie.
Ces maladies qui vous clouent au lit avec une bonne fièvre ou une grosse toux . Voilà ,pour moi ce que c'est une maladie.
Je n'ai pas eu un seul moment un de ces symptômes , je suis bien ,je me sens bien ,sauf que je suis cloué depuis plusieurs mois dans mon lit ,le plus souvent de la journée
et maintenant depuis mon retour ,je passe plus de temps assis le cul parterre ou dans mon fauteuil.
Il y a une chose qui me fait sourire . Quand on est gosse ,on a des vêtements pour la semaine et d'autres pour le dimanche . Ceux là sont plus beaux et plus neufs .
Et bien ,pour moi ,c'est la même chose ,c'est du pareil au même ,comme on dit .
Oui ,je vous vois sourire ,sans trop comprendre ,mais c'est très simple !!!
Quand je suis chez moi ,je passe la plupart du temps assis parterre ,à vivre en rampant le sol.
Tout est hors de portée pour moi ,alors il faut sans cesse que je jongle pour avoir la possibilité d'attraper la moindre chose .
Je me démène pour monter les escaliers , atteindre la cuvette des toilettes , ou même m'installer sur une chaise pour faire ma toilette ,même si souvent quelqu'un est là
avec moi ,en ce moment c'est ma tante Christine qui est là ,donc ca va .
Quant aux jours de sorties , je me retrouve assis dans ce beau fauteuil roulant bleu . Mon père a installé un système qui me permet d'avoir les jambes complètement allongées.
Pour moi c'est un jour de fête , un dimanche . Je peux mieux profiter des choses et je me sens un peu plus libre de mes mouvements.
Donc pour moi ,l'inconvénient était que j'étais tout le temps au sol ,comme un rampant .Mais je ne me sentais pas malade , j'étais en bonne santé.
Il y a des maladies qui sont graves et longues à guérir et aussi qui vous font souffrir .
La maladie n'est pas physique ,mais pschychique . C 'est plus dans la tête que l'on souffre : regarder les autres jouer ,courir ,faire du vélo etc ... oui ca pour moi ,c'est dur ,
surtout que j'étais un enfant qui bougeait beaucoup. Alors oui c'est vraiment dur pour moi.
Mais en 1975 qui se préoccupe de tout ca , qui pense qu'un enfant ou un adulte peut souffrir ,et vivre avec la douleur.
Personne , non personne !!!!!!!!!!!!
Pourtant ,si vous étiez à notre place un tout petit peu( on vous la donne ) ,peut être que vous comprendriez notre douleur ,notre souffrance .

Cette incompréhension est insoutenable et inhumaine .

une ballade a mon école

Le week end est passé à une vitesse folle . Le dimanche , je ne l'ai pas vu passer .
Je reprenais une vie normale d'enfant où comme tous les dimanches , on faisait une ballade.
Je me souviens que notre voisine , la boulangère avait apporte une tarte aux pruneaux .
elle avait sonné à la porte et elle était contente de mon retour.
Elle et son mari, étaient très gentils avec moi et c'est avec plaisir que j'ai mangé une bonne part de tarte.
Je me souviens encore ,d'ailleurs , du goût délicieux de leirs gâteaux.
La semaine allait débuter et je n'étais pas seul à la maison car ma tante Christine était en arrêt de travail . Et j'avais donc avec moi quelqu'un pendant ces quelques jours.
Ici à la maison , je ne pouvais pas faire grand chose et tout le monde surveillait mes moondres faits et gestes.
Des fois que je ferai des conneries et que je me mette à marcher , on ne sait pas !!
Entre la télé et ne rien faire , je regardais souvent celle ci.
Mais là , ma tante était présente et mon oncle ne travaillait pas le lundi .Donc nous étions tous les trois et c'était une journée super agréable.
Je ne me souviens pas exactement des premiers jours chez moi , mais j'ai en mémoire quand mon oncle m'avait emmené à mon école primaire.
Un lundi , alors je vais faire comme si c'était ce lundi là.
Début d'après midi , j'étais devant la télèvision à écouter et regarder les informations. Je ne peux pas dire que c'était le moment que je préfèrais , mais bon !!
Mon oncle et ma tante m'avaient dit que cet après midi là , je retrouverai mes copains d'école .Pour moi , ce moment ,je l'attendais avec impatience.
Quand j'étais à Pen Bron en classe , souvent je pensais à eux , surtout les jours où nous avions sport et que MOI , j'étais là assis dans mon lit.
Il faut dire que je me voyais mal faire du sport dans mon lit , à part la sieste !!! Mais là je ne pense pas que Marguerite aurait apprécier !!!!
Mais j'aurai fait l'effort de m'endormir si nous avions eu droit à une sieste en guise de cours et j'aurai certainement eu la meilleure note de la classe , pour une fois !!!
Malgrè que je sortais peu la journée , j'étais habillé d'un pantalon qui en aura vu de toutes les couleurs .Ce pantalon était le seul et unique vêtement que je portais .
Il a donc beaucoup souffert !!!
En effet , mon seul et unique moyen de locomotion , était de me déplacer sur les fesses , les jambes tendues devant moi . Et je posais donc mes mains de chaque côté de mon corps et je me
propulsais comme cela .
C'était l'unique et seul geste qui me permettait de me ballader dans la maison.
Le fauteuil roulant ne me servait que pour les sorties hors de la maison. Il fallait que je sois toujours accompagné si je voulais m'aérer un peu ,d'un membre de la famille .
Donc croyez moi ,ce n'était pas drôle tous les jours , vu les conditions .
C'était le même calvaire quand j'étais à Pen Bron .A la différence ,c'est que l'on sortait prendre l'air ,voir le soleil ou la pluis à chaque heure de cours .Je reconnais ,ca ne me faisait pas de mal de sortir un peu.
Chez moi ,pas de sortie ou ballade : il fallait attendre et les journées étaient longues.
Début d'après midi , mon oncle Christian me prend dans ses bras et m'emmène jusqu'à sa voiture et m'installe à l'arrière.
Je me positionne comme je peux , mon oncle met mon fauteuil roulant dans le coffre . Je suis impatient que l'on parte direction l'école .
C'est pas beau ca , moi heureux de partir à l'école .Vous qui avez pris l'habitude de lire que je détestais l'école ,et bien là,je suis super content d'y aller !!
Comme un élève super doué , j'ai envie d'y aller et de montrer que j'apprends bien . Non ,en fait ,je délire , j'ai surtout envie de retrouver mes copains de classe et de revoir Mr Boissinault .
Je me souviens même de son prénom ,Bernard . Il était maître d'école avec sa femme .
Je me souviens , aussi ,qu'il aimait nous raconter quand il avait enseigné en Afrique. Il nous disait que nous avions de la chance ,nous les enfants français d'avoir de si belles écoles.
Je l'aimais bien ,pourtant je l'ai eu peu de temps : de Septembre à Décembre. Je n'étais pas non plus le meilleur de la classe , mais je sais qu'il m'appréciait aussi.
Il faisait souvent faire une lettre aux élèves de la classe que je recevais à Pen Bron. Il avait un coeur et c'était un homme humain.
Voilà , mon oncle est au volant , il met le contact et nous sortons du parking juste devant chez moi et nous prenons la route.
Je regarde partout.
Samedi , j'étais content de rentrer , j'en ai pris plein les yeux , mais beaucoup trop vite .
Alors là , je regarde ,je redécouvre ma ville , je note et observe pour voir ce qui a changé ou ce qui n'a pas changé.
Une fois ,arrivé sur le pont de Déols , pont séparant la ville à celle de Châteauroux, je me sens bien . Je regarde l'eau qui coule , je souris ,j'aime cet endroit. Je suis heureux de retrouver cet endroit.
Ce lieu où je courais de chez moi jusqu'au pont , à faire la course sur le trottoir avec les voitures qui roulaient près de moi. J'étais gamin et j'adorais faire ca.
Que de souvenirs !!!!

les souvenirs restent encore et encore

Enfin une journée comme avant , comme avant ce mois de Décembre qui avait fait de moi un autre gosse , un gosse malade.
J'étais même devenu réservé en classe , à écouter le maître parler de moi.
Les copains ,eux ,cette après midi là ,je crois bien qu'ils pensaient se faire une après midi sans cours . Mais non,à un moment ,le maître leur a demandé de prendre
leur bloc de maths.
Ah, ce sacré bloc de maths !!!! Je me souviens en Septembre , quand il nous l'avait remis .Nous étions tous un peu surpris de ne pas avoir un livre de maths , mais des feuilles
reliées qui se décollaient les unes des autres ,quand nous avions fini la page et nous la rangions dans un classeur.
Cela sortait de l'ordinaire et je trouvais ça marrant ,enfin au début . En effet l'idée de ce genre de feuillet de maths était super bonne .
Mais comme toujours et encore maintenant , on ne va pas à l'essentiel !!!! Non ,on complique par des phrases longues et incompréhensibles pour expliquer une règle de maths .
Et tout est comme ca.
Mes copains sortaient donc leurs feuillets et là effectivement ,même si avec Marguerite , on bossait dur , j'avais pris un gros retard.
Le maître commencait à écrire au tableau et là , je me suis senti un peu mal à l'aise . Ils avaient fait un bond énorme en maths et moi ,
j'ai regardé l'exercice et je ne savais pas le faire . J'en n'étais pas à ce stade en quittant Pen Bron .
Monsieur Boissinaud a vu de suite que j'étais perdu et un peu gêné et il m'a dit " Emmanuel , tu écoutes et regardes et ne t'inquiètes pas " .
Là du coup ,j'ai mis la feuille de côté et j'ai écouté le maître comme jamais je n'ai dû l'écouter en classe et j'ai essayé de comprendre.
J'ai écouté mes copains , répondre et poser des questions . J'ai suivi sagement jusqu'à la récréation. Il était 15h30 , et pour moi,j'ai eu l'impression que ce n'était
pas la bonne heure .
Mes copains se sont mis en rang pour sortir , mais le maître leur a dit de me dire au revoir .
Et ,ils sont tous venus vers moi ,me serrer la main avec un grand sourire.
Parmi eux ,j'avais plusieurs bons copains ,dont Hervé avec qui nous avons été des amis pendant des années et Laurent ,avec qui ,on s'imaginait plein de choses , de rêves,
d'aventures ,de métiers .
J'ai eu à ce moment là ,un peu de peine à quitter la classe ,même si on m'avait dit " tu reviendras pour la fête de l'école ".
Quelque part ,je n'avais pas envie de partir de la classe . C'est un comble , je sais ,mais bon, je quittais ma classe ,encore pas comme les autres .
Mon oncle était là ,il m'attendait . Ils ont descendu mon fauteuil en me laissant dedans et nous avons pris le chemin de la sortie où tous les enfants jouaient dans la cour.
Au lieu de nous diriger vers la voiture , mon oncle Christian allait vers le bâtiment principal de mon école.
Oui ,l'école était divisée en plusieurs bâtiments : le bâtiment des secondaires abritait les bureaux et nous nous y dirigions tranquillement en longeant le trottoir que
j'empruntais en rang avec les autres élèves qui mangeaient à la cantine à l'époque où je marchais encore.
Arrivés à l'accueil ,les femmes du secrétariat sont venues me saluer avec un grand sourire . Je les connaissais toutes ,car tous les jours elles nous souriaient en nous disant "bonjour".
Et là ,une nouvelle fois ,je me retrouvais dans ce lieu , pourquoi ? cela je ne le savais pas encore !!!
L'une d'elles , nous dit que le père supérieur nous attend ,je suis étonné mais content de cette surprise.
Le père Godefroy ,si je me souviens bien de son nom: un homme très gentil , un père supérieur et donc directeur des établissements de l'école LEON XII.
Il m'a accueilli avec un énorme sourire et m'a demandé avec une voix chaleureuse , comment j'allais ,puis il nous a invité à entrer dans son bureau.
Nous avons discuté de plein de choses , et naturellement de mon état de santé , de mon hospitalisation .
Je me souviens de son sourire et de l'homme qu'il était avec tous les enfants de l'école.
Il gérait tout et il nous donnait des cours de basket certains soirs de la semaine. J'aimais beaucoup ce père et il nous aimait tous avec "cœur".
Pourtant ,je me souviens de ma première année dans l' école où ma maîtresse ,une femme ,elle aussi très gentille , m'avait collé . oui ,souriez !!!!
Collé , moi en CM 1 ,tout ça parce que mes cahiers étaient mal écrits !!!!
Un jour, elle m'a dit que je serai collé pour le samedi suivant et le vendredi soir ,elle m'a remis un papier pour la colle du lendemain.
Je me suis présenté le samedi matin au collège . J'étais le seul du primaire à être dans la cour à attendre l'ordre de nous mettre en rang.
J'étais le plus petit et j'avais les larmes aux yeux.
Le père supèrieur est arrivé et a demandé à ce que tout le monde se mette en rang.
Là ,j'ai vu tout le monde se mettre à exécution correctement devant la salle d'étude : une salle énorme remplie de tables en bois , le bureau légèrement penché.
Ils ont tous sorti leur billet de colle ,et l'ont présenté au père ,chacun leur tour. Le mien était dans mon sac ,je ne le savais pas .

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Publié le par Emmanuel

Je me suis souvent demandé ce qui aurait pu se passer si ce jeu débile je l'avais fait en début d'après midi, après le moment où les plateaux nous sont enlevés, oui comment aurais-je pu défaire ce lien de mon cou, sans un couteau, comment aurais-je pu m'en débarrasser, j'ai eu ce jour là vraiment beaucoup de chance.

Nous sommes en début d'après midi, je vais passer une radio de contrôle, il faut vérifier où en sont mes hanches, voir si tout évolue bien, si je suis consolidé.
Une balade qui sort de l'ordinaire, en semaine je ne sors de ma chambre que pour aller en cours… mais là pour cette radio de contrôle, on se dirige à l'opposé des salles de cours, je vais enfin dépasser cette frontière, et me rendre….. en salle de radiologie.

Une fois pris l'ascenseur j'ai hâte, oui j'ai hâte d'entendre que tout va bien, je me pose des questions bien sur, mais bon vu que je me sens plutôt bien j’ai confiance, mon accompagnante me parle durant ce court voyage, mais là où je me rends, c’est le plus loin à l’intérieur du centre à ce jour ; nous passons donc derrière la chapelle, empruntons l'allée centrale et là elle installe mon lit dans une salle et j’attends que l'on vienne me chercher
C’est un endroit que je découvre, je regarde partout, mais j'ai vite fait le tour.

Je fus pris rapidement, là je dois me déshabiller puis on m'installe sur cette table dure et froide, toutes les tables de radio seront dures et froides, cela ne me gêne pas qu'elles soient froides mais la dureté fait que souvent j'ai mal dans les hanches le temps que j’y suis installé.

Le radiologue me fait prendre plusieurs poses de manière à bien photographier mes hanches. Certaines posent se passent bien d'autres non, j'ai hâte que cela se termine, mais je dois collaborer et puis ces radios peuvent donner de bonnes nouvelles alors je serre les dents parfois et j'attends. J’ai mal surtout sur le côté, cette position me fait souffrir, j'ai l'impression que je suis juste posé sur mes têtes de fémur et la douleur est intense à chaque radio.
Le plus drôle est qu'au début, il est arrivé près de moi avec une boule en plomb, une sorte de pince et me l'installe au niveau du sexe, cela afin de me protéger des rayons.

Le médecin a trouvé un petit souci avec ma jambe droite, si j'ai bonne mémoire, ma jambe droite n'est pas consolidée, donc il préconise de me mettre en tension. Voilà donc les résultats de ma première radio à Pen Bron.

Là, je le prends mal, je vais pas recommencer à être en tension, non je ne veux plus être attaché à mon lit, non pas là, pas maintenant où je commence à profiter un peu, où je commence à oublier ce mois de décembre, non !
On me ramène dans ma chambre et là j'ai à nouveau une bonne baisse de moral. Il faut comprendre que ne pas pouvoir marcher est une chose mais supporter une nouvelle fois cette tension c'est vraiment dur à imaginer.

Je suis là, j’attends dans mon lit un peu triste, un peu écœuré mais je tiens, aucune larme ne sort, moi ici je pleure oui, mais de l'intérieur, mes larmes coulent mais personne ne les voit. Puis une infirmière vient me préparer, elle me remet donc du sparadrap partout sur la jambe, mais là une amélioration quand même cette tension est amovible, celle-ci peut s'enlever et se remettre, ce qui me permettra de pouvoir comme d'habitude faire ma toilette, cela me rassure, mon moral remonte enfin un peu de savoir qu'il sera possible que je puisse l'enlever, je passerais de mon lit à mon lit d'école et là on me réinstallera pour la journée, mais à nouveau ces sparadraps me grattent, cela me démange, je n'arrête pas de me gratter. Il parait qu'il faut souffrir pour être beau, j'aurais souffert mais je ne serais pas non plus mannequin… !
L’infirmière me met donc dans mon lit de manière à être en extension : je vais de nouveau subir un étirement sur ma hanche, ma jambe gainée de sparadrap de chaque côté permettant d’installer un poids qui tirera sur ma hanche gauche.
Elle soulèvera le lit pour qu'il ait la bonne inclinaison et voila elle installe un sac de sable d'un certain poids lequel je sais pas mais il tire, il tire sur ma jambe, je commence à le sentir. Mais très vite je vais m'y habituer et puis de temps en temps on me décrochera et là c’est beaucoup mieux qu'à Clocheville, c’est moins pesant moins stressant, oui une seule jambe donc je ne m'emmêle plus quand je tourne dans mon lit la nuit.

Mes parents venaient très souvent me visiter, mais ici ce n'est pas très bien perçu de la part des sœurs, je dirais même que parfois, mes parents ne sont pas les bienvenus.
Un samedi matin, mon père est dès son arrivée convoqué pas la soeur supérieure du Centre pour lui tenir ces propos "Monsieur vu que vous venez souvent au Centre voir votre fils, que vous avez les moyens de louer un fauteuils roulant pour lui et que vous avez obtenu l'autorisation de sortir Emmanuel du Centre par le professeur Glorion en utilisant votre véhicule, vous devez donc avoir les moyens de ne plus venir au self et de vous offrir le restaurant"… Ces sœurs, quand même, si proches de Dieu et si peu de compréhension, enfin pas toutes, non, là je ne serais pas méchant mais cette soeur là son coeur devait être lourd et sourd.
Mes parents venaient me voir tous les week-ends c’est vrai, je pense que tous les parents se doivent de donner ce qu'ils peuvent, ce qu'ils ont au fond d’eux pour leurs enfants.
Mais pourquoi cette réaction, cette mise au point, non je ne comprend pas, même maintenant je n'ai toujours pas compris, peut être que cela dérangeait, et que… oui c’est vrai, j’étais aussi favorisé par ces visites régulières.


Dans le centre, il n’y avait pas que des garçons, non bien sur que non, la maladie touche garçons ou filles…

Il y avait des filles dans la classe mais je m’y sens tellement mal à l’aise que je ne vois personne, je suis en cours, mais sans y être.

Par contre le soir quand nous rentrions, quand nous regagnions nos chambres, ils arrivaient que l’étage soit envahi d’un petit groupe de filles qui naturellement venaient toutes dans notre chambre et là, le délire, là on oubliait la maladie, on parlait, on riait, on racontait tout et n’importe quoi et la chambre se fait l’écho de nos fous rires.

Quelques fois les filles de salle intervenaient, nous sermonnaient et nous demandaient de nous calmer… d’autres fois elles se fâchaient et renvoyaient les filles au rez-de-chaussée, dans leurs chambres.

Dans le pavillon Panckoucke, au rez-de-chaussée, se trouvait le service des Nadines, les filles, et à l’étage les Colibris, les garçons… Les Colibris, nous étions tous de jolis oiseaux et quand les Nadines retrouvaient les Colibris, cela nous faisait à tous un bien énorme.

Cela ne durait pas très longtemps parce qu’ici les soirées passaient vite mais nous étions tous là comme des gosses sortant de l’école, retrouvant les copains et copines, nous réussissions à oublier que nous étions malades, nous étions dans notre monde.

Entre nous tous se passait bien, on se racontait notre vie, on parlait ensemble, on se voyait chaque soir avant le repas. Il arrivait aussi qu’après le repas elles revenaient passer quelques moments avec nous mais pas très longtemps car une fois que les filles de salle s’apprêtaient à partir, elles devaient rejoindre leurs chambres.

Là la tension retombait, un vide s’installait quand l’heure du coucher arrivait. Ces moments étaient difficiles dès que la solitude nous gagnait tous. Pas un de nous ne parlait, le manque de des parents, des frères ou sœurs nous envahissait.

Mais nous avions mis au point un système de rencontre avec les filles. A une certaine heure de la nuit quand les veilleuses étaient passées, les filles venaient nous rendre une dernière visite.

Naturellement cette visite était bien moins longue que celles de la journée, oui bien sur que dans un bâtiment où le silence de la nuit règne, chaque bruit, chaque mot résonne et la surveillante de nuit arrivait pour mettre un terme à tout cela, de temps en temps certaines filles arrivaient à se cacher sous les lits ou dans un coin reculé de la chambre.

De bonnes crises de rire dans ce lieu rempli de malades.

Parmi ces filles, l’une d’elle plus âgée que moi était très belle, j’aimais bien son regard et ses cheveux long. Marie était atteinte d’une scoliose, je ne sais plus depuis quand elle était à Pen Bron mais depuis plus longtemps que moi.

Un soir alors que nous étions tous ensemble, nous chahutions et Yann a forcé Marie à m’embrasser, elle était toute rouge mais elle s’est approchée de moi et a déposé un bisou sur mes lèvres. Cela ne suffisait pas pour Yann, il insistait pour que ce soit un vrai et beau bisou, tout le monde riait…

Le départ d’un flirt entre gosses, le départ d’une histoire entre deux jeunes du centre allait alors animer tous les débats, tout le monde en parlait, tout le monde racontait un peu tout et n’importe quoi.

Mais pour moi c’était un moment important, à l’intérieur du centre un nouveau petit monde à nous, rien qu’à nous deux, bien sur nous étions toujours avec les autres mais nous avions nos regards remplis de sourires et nous étions l’un et l’autre heureux, si ont peut employer ce mot à notre âge.

La vie au centre n’était plus pareille, elle me semblait plus belle, les jours passaient plus vite et chaque soir je l’attendais et chaque soir elle venait.


Je tenais à évoquer, ici, les filles du centre, je vous ai surtout parlé de Marie mais c’est elle qui m’a le plus marquée, elle m’a fait aimé le centre, et nous étions en fait des enfants, oui comme tous les autres enfants, des enfants amoureux dans une cour d’école.

Nous...Les enfants de Pen Bron, entre rires et batailles

Au Centre, il y avait de bons et de mauvais moments mais j’ai toujours été entouré de mes parents. Souvent j’attendais le moment de leur arrivée.

Des moments où je n’étais pas bien, oui il y en a eu, mais je devais composer, je devais faire avec les douleurs liées à ma maladie, avec le manque des miens… Les douleurs, oui, elles pouvaient me faire atrocement mal, mais je les supportais, comme je supportais l’absence de mes parents.

Un jour j’ai entendu quelqu’un dire, on s’habitue à tout, oui à tout, même à la douleur si intense qu’elle devient une partie de vous, elle est là chaque jour et plus elle est présente plus on fait avec. Souvent les personnes qui vous connaissent vous disent, on ne dirait pas que tu as mal, mais elle est bien là, présente, en moi. La seule différence est que il faut l’accepter. Cela fait mal souvent, très mal parfois et tellement mal que l’on ne peut plus rien faire mais vous souriez et votre entourage pense que tout va bien.

Au Centre j’étais devenu plus qu’un enfant, on devient vite autre chose qu’un enfant quand il vous arrive d’importants problèmes de santé, on mûrit si on peut dire, on grandit, oui dans sa tête, on grandit mais le corps lui ne bouge pas, vous êtes et continuez à être un enfant mais vous grandissez trop vite de l’intérieur.

Entre nous il arrivait que l’on se chamaille, parfois même violemment. Nous étions au lit, couchés à ne pas pouvoir bouger de celui-ci mais des bagarres éclataient quand même. On se traitait de tous les noms et la violence était là, oui là aussi. Nous arrivions à nous battre, à nous envoyer les plateaux de repas à travers la figure, et heureusement nous ne nous sommes jamais fait vraiment mal.
Comme l’amour pouvait exister, la violence était aussi présente. Ils survenaient aussi les mauvais passages, les jours où tout est trop difficile. C’est vrai nous n’étions pas des anges malades, mais des démons parfois…

Je souris parce que chaque mot écrit dans cette histoire, chaque fois que je frappe le clavier, je revois chaque instant avec précision, quand j’écris violence, cela parait fort mais cela l’était même si maintenant je regrette ces moments où les mots, les gestes dépassaient la mesure.

Nous étions si soudés que je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous étions à nous battre. La seule et unique bataille que l’on devait livrer était justement le contraire, il fallait se serrer les coudes comme nous le faisions la plupart du temps.

Mais voila ce n’était pas toujours le cas. Je me souviens qu’avec Thierry une dispute avait éclaté, pourquoi je ne sais plus, nous nous insultions et les mots étaient très forts, de ces mots découlaient des gestes aussi forts…des jets de diverses choses, ce que nous avions à porté de mains et jusqu'à nos tablettes de repas. Et ce jour la dispute en est arrivée au mains, la colère et moi, ayant pris l’habitude de me déplacer rapidement, je suis passé de mon lit à sa table de nuit, puis à son lit et là une grosse bagarre a commencé, des claques, des coups de poing…notre ring, le lit, et nous étions quand même assez habile pour rester dans le lit sans tomber. On se faisait mal mais on ne s’entait rien, tant la rage était là… il a fallut que les filles de salles interviennent pour nous séparer, je crois que s’est Yann qui était parti les chercher et elles nous ont séparé avec peine, chacun s’accrochant à l’autre, à tenter de donner le dernier coup.

La violence et la méchanceté, je les ai rencontrées par ma maladie, je ne me suis plus laisser plus faire depuis ce jour, je n’ai pas arrêté de me battre contre les regards, contre les mots et les sourires de certains, j’ai eu en moi cette colère et depuis elle ne m’a jamais quittée et je crois que je la garderai en moi encore longtemps.


Juste après le petit déjeuner, nous avions notre toilette à faire, pour ensuite prendre le "chemin" de l’école. Et tous les matins, avec Thierry et Robert nous étions les derniers à être emmenés au lavabo.

Comme d’habitude, il ne restait plus beaucoup d’eau chaude, la plupart du temps nous nous lavions à l’eau froide et cela nous mettait en rogne dès le matin.

Pour réparer cette injustice, nous avions notre astuce qui était de glisser nos pieds sous le lavabo de nos voisins et de faire remonter ce qui servait à retenir l’eau bien chaude qu’ils avaient afin qu’ils bénéficient de l’eau froide… comme nous… et là c’était parti pour une nouvelle bagarre ou des injures, des mots très "colorés" dans la bouche des mômes que nous étions.

Un matin, une fois notre opération menée à bien, j’étais tranquillement à savonner mon gant de toilette quand une des filles de salle est arrivée sans que je m’en aperçoive…elle m’a pris dans ses bras et m’a ramené dans ma chambre. Je me débattais, je ne voulais pas me laisser faire et pendant le trajet, enfin les quelques pas pour elle, qui allait de la salle des toilettes à ma chambre, je devenais de plus en plus colérique. Et quand elle m’a déposé dans mon lit, tout en débattant je lui ai passé mon gant de toilette sur la figure, je pourrai écrire que je ne l’ai pas fait express… mais si… j’ai profité que ma main était libre pour la débarbouiller de ce gant bien savonneux, elle est parti en me laissant dans mon lit.

Les autres ne bronchaient plus, certains m’interpellaient de la salle des toilettes, me demandant si tout allait bien. Moi, je jouais le dur, mais j’étais vexé d’avoir été le seul à payer notre opération commando, mais bon c’était le jeu et je ruminais contre Marie France, je crois que c’était son prénom.

Quand tout le monde a eu fini de se laver, elle est revenue me chercher, m’a ramené au lavabo et m’a dit "maintenant tu te laves et tu te débrouilles pour retourner dans ton lit".

Je me suis lavé tranquillement, j’ai bien pris mon temps en me disant qu’elle allait revenir, elle ou une autre, qu’elle ne pouvait pas me laisser sur ce banc en bois toute la matinée, que voyant que je serais toujours là, elle me prendrait et me ramènerait dans mon lit, mais non rien, j’ai espéré…attendu mais rien...

Ne voyant personne venir, au bout d’un moment, j’ai essayé de faire sauter le banc pour avancer un peu, celui-ci ce déplaçait légèrement. A l’aide de mes bras, je me battais pour gagner chaque centimètre, cela m’a pris un temps fou pour rejoindre ma chambre, sur ce banc, mais j’y suis arrivé.

Une fois à porté de la table de nuit, un dernier déplacement a failli me faire tomber, heureusement je me suis retenu afin d’éviter la chute, ce qui aurait pu être lourd de conséquences, pour moi. Toujours à l’aide de mes bras, j’ai réussi à me hisser sur la table de nuit… au lit de Robert, puis à ma table de nuit pour rejoindre mon lit.

Quand Marie France est arrivée et qu’elle m’a trouvé, là assis dans mon lit, moi la dévisageant, elle fut surprise certainement, elle a compris à ce moment que j’aurais pu me faire du mal, beaucoup de mal, mais je n’avais pas à faire le môme "rebelle", comme on dit aujourd’hui.

A force de jouer, on finit par gagner et avec mes bêtises enfin nos bêtises, c’est moi qui est payé, j’ai été emmené dans une autre chambre, je me suis retrouvé seul dans une petite chambre individuelle, près des ascenseurs. J’y ai vécu des moments difficiles, ils sont bien présents encore à mon esprit, vous savez ces moments où quand on est gamin, l’injustice est forte, douloureuse parfois.
Personne ne venait me voir au début, cela leur était interdit. Dans notre chambre, tout le monde venait manger, c’était le lieu où nous nous retrouvions, et là, je me sentais mis à l’écart.

Mais, j’avais la visite de Marie qui venait me voir en cachette très souvent, on parlait à voix basse pour que personne ne sache qu’elle était avec moi.

J’avais la chance d’avoir mes parents souvent avec moi, c’est vrai, je l’évoque beaucoup, mais tous les week-end, durant les mois passés à Pen Bron, ils étaient à mes côtés et cela ne plaisait pas aux sœurs. Pourtant ces visites très fréquentes auraient du les ravir, elles voyaient combien j’étais soutenu par les miens, je comprend pas… mais non cela gênait que mes parents venaient me voir…et où est le mal, je pense que l’on se disait que j’étais un enfant gâté mais croyez moi ce n’était pas le cas, non, chez moi avant ma maladie les claques et les punitions tombaient, mon père avait la main leste et lourde elle est souvent venue se déposer sur mes joues, que j’ai, ou non, fait une bêtise, je la prenais même quand la bêtise venait de mon frère, la claque était pour moi, j’avais beau me défendre et dire que je n’y étais pour rien, la seule et unique réponse que j’avais, était "tu es le plus vieux, c’est à toi de faire attention a ton frère"…

Alors que l’on me prenne pour un enfant gâté, non, je ne l’étais pas et ne le serais jamais, même avec cette maladie, cela a continué comme avant, je dirais même qu’avec les années cela a empiré, mais cela forge le caractère

Non pas gâté, j’étais entouré de mes parents, ils ont fait ce qu’ils devaient faire et cela je ne peux que les remercier d’avoir été présents dans ces moments de douleur, et la douleur n’est pas que physique, mais elle envahit votre tête, et pour des enfants, oui croyez moi cela tourne et retourne, et elle s’installe durablement.

Le temps s’écoulait et les jours devenaient de plus en plus beau. De jour en jour, le ciel bleuissait, je me souviens et j’entends encore dire que la Bretagne est belle mais souvent triste à cause de la pluie.

Nous nous approchions du mois d’avril je me souviens que le mercredi après midi, nous avions la chance de profiter du parc.

Ces moments étaient attendus, nous restions dans le parc, on y prenait l’air et le soleil et pour nous chaque instant gagné dehors était magique. J’adorais sentir le soleil me chauffer le visage, c’était un moment de vacances. En parlant de vacances je pense que nous étions comme les enfants des villes, que nous avions nos vacances scolaires comme tous les enfants, mais cela je n’arrive pas à m’en souvenir, je ne me rappelle pas avoir eu le plaisir de sortir de la classe à la sonnerie en courant heureux d’être en vacances, enfin courir pour moi était impossible.

Je me souviens très bien d’un week-end, enfin d’un samedi : je vivais pour attendre l’arrivée de mes parents.

Donc ce fameux samedi, mes parents sont venus comme d’habitude, ma mère avait le sourire, elle est venue, m’a embrassé et me dit qu’ils n’étaient pas que tous les deux, j’avais de la visite.

Quand ma tante Marie France est rentrée dans ma chambre ; j’étais heureux, mon cœur battait très fort, ce moment je l’ai adoré. J’aimais si fort ma tante que de savoir qu’elle avait fait la route pour venir me voir, cela fait un bien fou, croyez moi. Elle était accompagnée d’Alain, je crois qu’à l’époque, ils n’étaient pas encore mariés tous les deux, mais c’était mon oncle et pour moi c’était très important de le considérer comme tel, même si je ne l’ai jamais appelé "tonton", il savait que je l’aimais. Il n’arrêtait pas, il parlait sans cesse, il était intarissable et sur n’importe quel sujet.

Il était divorcé et avait eu des enfants avant de connaître ma tante, son fils Franck était venu avec eux. Il y avait aussi des amis que mes parents connaissaient depuis des années.

Que de visites en ce samedi…

J’étais comme je l’ai dis couvert de bonbons, de livres mais ce jour là je l’ai été plus encore que d’habitude, il y en avait partout, je ne savais plus où tout mettre mais j’étais tellement bien de voir du monde, tellement heureux que tant de personnes soient la ici autour de mon lit.

Mon lit ce jour là, je n’y suis pas resté très longtemps, nous avons pris la route pour aller bien au delà des promenades que nous faisions à l’accoutumée avec mes parents, non là, ce jour là, nous sommes partis loin, enfin pour moi oui, loin du centre, loin de la maladie.

Nous avons visité plusieurs ports, je ne sais plus où, mais je me rappelle d’une chose, c’est que tous ces endroit étaient magnifiques, que la mer et les bateaux m’ont apporté une certaine évasion….

J’en ai pris plein les yeux, plein le cœur aussi. Je revois ma tante, elle était ce jour près de moi, elle a toujours été près de mon cœur et elle y restera toujours.

Nous avons déjeuné dans un restaurant. J’avais ma chaise, oui j’étais installé le temps du repas comme tout le monde, je me sentais bien et j’ai gardé en mémoire ce moment, ce repas, ce restaurant et toutes les personnes qui étaient ce jour là si proches de moi.

Après le repas nous sommes partis pour Carnac, site où sont dressés des menhirs, les uns près des autres, ils formaient des lignes. Il y en avait un nombre incroyable, je n’en revenais pas de voir toutes ces pierres taillées et dressées dans le sol vers le ciel.

Cet endroit m’apparaissait magique, toutes ces pierres, ces gros blocs de pierre n’étaient pas là par hasard…..

Une photo a été prise devant ces menhirs, eux tous dressés, droits et fiers d’être debout et moi assis devant eux.

Quand nous avons pris la route du retour la tristesse, comme à chaque fois, s’est installée en moi et bien plus encore le soir puisque, ce soir ma tante et les amis de mes parents reprenaient la route pour Châteauroux.

Il vous manque toujours les êtres que vous aimez et bien ce jour là ils m’ont manqués avant même d’être partis, mais quelle belle journée j’ai vécue.

Pen Bron...Un cimetière d'enfants dans les dunes

Une semaine s’est écoulée..., les jours passent doucement. Le temps est de plus en plus beau et le bleu du ciel gagne en force et luminosité et je peux de mieux en mieux apprécier tôt le matin le départ des bateaux de pêche, avant de partir en cours.
J’aurai aimer être d’ici, aimer vivre là au bord de l’océan, pouvoir chaque jour regarder les vagues défiler les unes derrières les autres, les voir venir s’échouer sur la plage, pouvoir profiter de tous ces moments, oui je sais peut être que pour celui qui vit près du bord de mer, tout cela est devenu routinier, mais cette immensité d’eau, là devant mes yeux, c'est très impressionnant, et je suis un enfant qui vient du Centre de la France. J’apprendrai plus tard que cela est un besoin très fort qui s'inscrit dés lors en moi, un moment de calme, de détente, pouvoir se ressourcer les yeux pointés vers l’horizon où le ciel et la mer se confondent.
Aujourd'hui, Pen Bron est un site protégé, la nature y reprend ses droits que ce soit le faune ou la flore, et c'est important de préserver cet environnement. Il fait partie du Grand site classé des Marais de Guérande. Le massif dunaire de Pen Bron est classé Natura 2000.
Il est à l'abri de spéculateurs ou de projets immobiliers qui détruisent de nombreux espaces proches des rivages.
Dans une époque où l'argent et la cupidité règnent, il est bon de revenir sur notre histoire commune et se rappeler que l'hôpital pour enfants Pen Bron est né de généreux donateurs qui, afin de pouvoir soulager et souvent soigner les enfants tuberculeux, ont fait preuve d'abnégation, de générosité.
Revenons à Pen Bron, revenons à l’histoire que je vous livre depuis quelques semaines déjà.
Mes parents n'ont pu venir me voir au Centre, je le comprends très bien, il est tout à fait normal qu'ils restent avec mon frère. Il faut dire que depuis ma maladie, ils passent tous les week-end sur la route puis dans une chambre d’hôpital. Ils me manquent chaque jour ici, c'est vrai, mais mon frère, lui, ne les voit pas chaque fin de semaine, ils doivent lui manquer tout autant... mon frère que je n’ai pas vu depuis Noël lorsque je suis rentré, pour quelques heures chez moi.
Les moments importants d'une vie passent vite, trop vite, que l'on soit enfant ou adulte, nous vivons tous des moments magiques qui vous donnent l’envie que le temps s’arrête, mais... pas en salle de classe, là je trouve que la pendule accrochée au mur est déréglée, car les aiguilles peinent à avancer. Parfois je me dis que dans notre monde le temps ne bouge plus et là, la journée est très longue, oui, il est vrai que si j’avais plus écouté Tartine et regardé le tableau, j’aurai peut être trouvé les heures beaucoup moins longues et aurai certainement eu des notes beaucoup plus fortes que celles que j'obtenais.
J’ai eu, ce samedi là, la visite de mon oncle et de ma tante, Christian et Christine. Ils sont arrivés en tout début d’après midi, vraiment très tôt et j’étais heureux de les voir, ils me manquaient eux aussi. Ils ont fait la route pour passer quelques heures avec moi et j’étais heureux. Mon oncle adorait le football, mais dans ma famille qui n'aimait pas le foot... peut être les mères, tantes et cousines, oui mais... j’ai eu une cousine, très douée en football. A l’époque elle était capitaine de l’équipe de France féminine, un vrai garçon manqué, avec un ballon dans les pieds.
Nous partons donc en promenade, on m’installe dans mon lit, mes parents ayant ramené le fauteuil roulant puisque dans la semaine j’allais en cours dans mon lit. Pour cette fois, la promenade se fait en lit roulant. Une nouvelle fois, je découvre, redécouvre le tour de Pen Bron parcouru tant de fois, mais cela n’est pas grave, non, j’aime longer le Centre, le contourner, voir le port du Croisic. Le vent fouette à nouveau mon visage et là quel plaisir, une nouvelle fois je vis, là devant ce paysage si beau, j’ai beau le connaître, j’aime cet endroit. Le chemin est chaotique, c'est plus facile avec le fauteuil, mais je suis bien et je supporte les soubresauts quand mon lit avance sur la jetée.
Ma tante Christine me raconte tout ce qui se passe chez moi, à Châteauroux, et je souris, tout ce qu’elle me dit, je l'imagine dans ma tête... tous les jours, je pense à ce que chacun fait que ce soit chez moi ou à l’école, je vis ainsi un peu avec eux.
Christian me dit qu’une fois que je reviendrais à Châteauroux, nous irons voir mes copains et copines de classe et mon professeur monsieur Bernard Boissineau et là je souris encore plus fort parce que j’en ai envie, j’en ai besoin, j’ai besoin de retrouver mon "chez moi", j’ai besoin de revoir chaque visage.

Nous avons fait ce jour là le tour du centre, puis nous nous dirigeons vers l’entrée, oui notre tour est terminé quand ma tante propose de remonter la route…
Avec mes parents nous faisions souvent le tour mais nous n’allions pas plus loin. Nous partions en ballade à Guérande ou au Croisic, nous longions la côte sauvage et visitions les alentours de Pen Bron.
Alors aujourd’hui, oui, remontons la route et continuons la promenade… Cette route, je la connais mais à travers les vitres de la voiture. J’apercevais alors des chemins traversant les dunes, tels des passages secrets qui menaient, je le sais, à de belles plages…Qu'il eut été bon alors de courir et d'aller voir de l'autre côté.
Faire ce chemin avec mon oncle et ma tante, c’était comme tout découvrir avec eux. Bientôt, nous apercevons sur le côté droit de la route le haut d’un petit muret, jamais je ne l’avais vu, non jamais, je m’en rappellerai. Mon oncle nous laisse un instant, et de la route il s’engage dans un petit chemin façonné dans le sable, et bientôt disparaît.
Il revient vers nous, une émotion se lit sur son visage et d’une voix hésitante nous apprend que là, derrière ce muret, à l’abri des regards et du temps qui passe, se trouve un cimetière.
Difficilement, tous deux poussent, tirent mon lit sur le chemin menant à quelques marches puis à des grilles en fer…comme une porte entrouverte qui laisse l’entrée libre à qui veut bien venir à elle, j’apprendrais plus tard, bien des années après, qu’elle est toujours ouverte.
Nous nous trouvons face à de petites tombes, deux rangées de tombes d’enfants surmontées de croix blanches. De très jeunes enfants sont enterrés là dans le sable, ce qui me trouble c’est que sur chacune d’entre elles sont indiquées la date de décès et les noms et prénoms.
C’est ainsi sur n’importe quelle tombe mais là ce ne sont que des enfants, des enfants qui sont morts d’une maladie qui n’existe plus, mais moi je suis là malade, comme eux dans ce centre, tout comme eux à leur époque où ils sont venus pour guérir mais ils n'en sont jamais repartis… et là j’ai peur, j’ai l’impression de les voir tous ces enfants…je suis triste et j’ai peur.
Ils sont là alignés sagement, il n’y a pas de bruit, et au centre de l’allée une grande tombe, une sœur est là, elle veille sur eux, elle ne les surveille pas, elle les protège oui, je le sais, je sens que la sœur veille simplement sur eux, mais malgré cela j’ai peur, je n’ai qu’un souhait quitter cet endroit.
Nous repartons enfin, mais les images de ces tombes d'enfants restent en moi, dans ma tête et devant mes yeux, mon oncle et ma tante en parlent encore. Ils ont été très surpris de trouver ainsi ce cimetière, et ce sont des adultes, alors moi, jeune garçon de 11 ans, moi qui n'avais pas encore posé le pied sur le sol de Pen Bron, ce sol m'apparaissait maintenant dangereux, et l'émotion emplissait tout mon être et la crainte, la crainte de ne jamais rentrer chez moi.
Nous prenons la direction du centre doucement, la journée se termine, ils vont partir et moi reprendre ma vie ici tout en sachant que certains de nous meurent ici, je savais cela possible, mais depuis ce jour c'est une vérité, j'ai vu ces tombes d'enfants, des jeunes, voire très jeunes enfants venus pour guérir, ils n’en sont jamais repartis. Ils demeurent là couchés sur le bord de mer, bercés par le bruit des vagues, protégés du vent par ce muret de pierre, la sœur veillant leurs petites âmes d'enfants. Moi aussi, je suis un enfant…Ils sont près de nous, ils resteront à jamais des enfants de Pen Bron.
Pour nous, aujourd'hui adultes, et bien des années après, nous demeurons aussi des enfants de Pen Bron. Je suis aujourd'hui debout, j'ai pu parcourir à nouveau ce chemin sur mes jambes, l'émotion est demeurée intacte et je sais qu'au fond de moi je suis lié à ce lieu.
Pourquoi un tel attachement, car comme tous, j'y ai vécu des moments difficiles, loin des miens et la maladie, une ostéochondrite, a fait que ma vie a pris un chemin différent de celui qui est donné aux autres enfants. Cependant, je suis venu à Pen Bron, et les mois passés dans ce centre sont gravés en moi. Je ressens aujourd'hui une certaine sérénité à parcourir ce bout de presqu'île.
La tristesse, la colère, l'incompréhension parfois, que j'avais en moi enfant ont laissé place à une réconciliation, une union affective entre le centre de Pen Bron, son environnement si riches de couleurs, d'odeurs, et de paysages si contrastés et la finalité aujourd'hui de cet endroit : offrir une convalescence aux personnes, enfants ou adultes, souffrants de handicap dans un cadre où la nature est préservée.
Oui, tous, nous demeurons des enfants de Pen Bron.

Le jour où j'ai quitté Pen Bron...

J’ai longtemps gardé le souvenir du cimetière et une fois la nuit tombée, je tentai de fermer les yeux mais à chaque fois la même angoisse me prenait la gorge et me serrait le coeur, j’étais à nouveau dans la dune, près de ces enfants, je revoyais ces prénoms de filles et de garçons, ces petites croix alignées sagement mais que de douleurs dans mon émotion…

Quelques jeunes étaient au courant mais aucun ne m’en n’avait jamais parlé, depuis mon arrivée au centre.

Je me souviens du matin où nous étions restés dans nos chambres après le bain, un mercredi, sûrement…une fille de salle est venue nous chercher.
Cela se passa ainsi : elle m’a installé sur mon lit de promenade, puis quelques autres copains "de chambres" se sont assis avec moi, nous formions un "drôle d’équipage" jusqu’au moment où j’appris que nous allions tous rendre une visite au dentiste. Du haut de mes 11 ans, enfin si je peux le dire ainsi, je n’avais jamais, encore, vu un dentiste.

Certains visages ont brusquement changé de physionomie, je lisais une certaine inquiétude et entendais quelques mécontentements … et moi à force de les entendre, je ne me sentais pas mieux qu’eux
Une fois arrivée dans la salle d’attente, nous avons tous quitté le lit, nous avons été installés sur des chaises en nous demandant de rester là sagement, que l’on viendrait tous nous chercher après la visite.

Certains n’ont pas résisté, et les fous rires ont éclaté. Une femme, sûrement l’assistante du dentiste est entrée et nous a demandé qui voulait passer en premier.
Nous nous sommes tous regardés, aucun de nous ne voulait se désigner, plus un bruit ne régnait dans la salle, nous étions tous cloués à nos chaises, immobiles, sans aucun mot.
Le temps semblait s’être arrêté, quand bien sur, elle se dirigea vers moi pour me dire : il faut bien un premier alors allons y…
Non mais, pourquoi moi j’avais pas envie de passer le premier, mais je n’ai pas eu le choix, elle me prit dans ses bras et m’emmena jusqu’au siège du dentiste.

A nouveau, j’entends mes camarades fanfaronner et être tous contents de ne pas être à ma place et moi je suis "assis à demi couché" à attendre, non, je dirais à avoir peur.
Un homme arrive, vêtu de blanc, avec un large sourire surmonté d’une petite moustache. Il vient vers moi et me demande d’ouvrir la bouche pour vérifier l’état de mes dents.
Je le vois prendre un outil bizarre, un objet fin, plus fin qu’un stylo bille mais le bout était très, très fin…
J’ouvre ma bouche, mais néanmoins prêt à la refermer en cas de danger, je l’ouvre mais je ne suis vraiment pas tranquille, il glisse un doigt dans ma bouche puis commence à scruter l’intérieur. Je vois son regard se rapprocher de moi, avec en éclaireur, une lumière aveuglante. Je ne le voyais pas bien, j’étais ébloui…
Il prend son temps, fait passer son truc bizarre et métallique sur mes dents, se remet en position bien droite sur mon siège et me félicite de l’état de mes dents et me fait un énorme sourire… Il me dit : "tu vois, c’était rien, allez file et continue à avoir de bonnes dents".
On me ramène, me redépose sur mon lit. A nouveau aucun bruit dans la salle d’attente, pour moi tout va bien, j'ai le sourire, mais eux ne l’ont plus. Je les regardais tranquillement et attendais de voir lequel d’entre eux allait partir sur le siège du dentiste. Une fois les séances terminées, nous avons été ramenés dans notre bâtiment.
J’ai aimé le dentiste ce jour là, et ce sera bien la seule fois où j’aurais le plaisir de ressortir de chez lui avec le sourire.


Les journées sont de plus en plus belles, nous nous rapprochons du printemps, la nuit tombait un peu plus tard chaque jour.

Nous allions parfois en promenade dans le centre, et plus particulièrement devant l’entrée du "château", oui l’entrée principale était magnifique, et devant s’étendait un parc. Nous profitions alors des arbres et surtout de l’air, du soleil. Et moi, je devinais la mer, là toute proche. Pour nous "les couchés", ces moments étaient importants, car même au lit nous apprécions avec plaisir le fait d’être dehors, nous sentions le vent ou les rayons du soleil se poser sur nous…

Les "marchants" jouaient un peu plus loin.

Ce centre était notre monde, un monde où régnait un peuple d’enfants entouré de quelques adultes, de religieuses, de médecins, qui étaient là pour nous…un royaume pour des mômes, des gamins, des gosses malades… un endroit que l’on ne peut oublier, un séjour, un vécu qui reste gravé en nous, une histoire qu’il faut continuer d’écrire, un lieu qui ne doit jamais disparaître.

Sans le savoir je vivais mes derniers moments à Pen Bron, je ne savais pas que mes parents allaient profiter d’un rendez vous avec le professeur Glorion pour demander mon départ du centre.
J’étais en cours et comme tous les samedis, je contemplais les aiguilles de l’horloge, c’est bizarre comme parfois elles semblent nous défier et prendre leur temps.

J’avais hâte de retrouver mon père et ma mère que je n’avais pas vus depuis 15 jours ; Ma tante et mon oncle étaient venus passer un peu de temps avec moi le week-end dernier.
Si je n’étais pas studieux la semaine, le samedi matin je l’étais encore moins, ma tête était ailleurs, j’imaginais mes parents sur la route, ils se rapprochent du centre, ils viennent au devant de moi…
Quel était l’objet du cours ce jour là, je ne le saurais jamais…

On a frappé à la porte de la salle de cours…une fille de salle est entrée, je crois qu’elle s’appelait Laurence, je me souviens de son visage, de la couleur de ses cheveux, elle s’est montré patiente avec nous, car il faut quand même bien reconnaître que nous étions pas toujours des anges malgré les sœurs, nous étions de bons petits diables, parfois.
Elle est entrée en s’excusant de déranger le cours mais elle informe Tartine qu’elle doit récupérer Emmanuel, que ses parents l’attendent, qu’il rentre chez lui.
D’un coup dans ma poitrine, ça m’a fait comme un morceau de glace, j’ai eu froid, je ne comprenais pas ce qu’elle venait d’annoncer, enfin je le comprenais sans vraiment comprendre ou réaliser ce qui se passait.
Tout le monde s’est tourné vers moi, je revois encore les visages des autres élèves braqués sur moi. Je lisais dans leurs yeux la chance que j’avais de rentrer à la maison, je voyais de l’envie.

Les yeux de Tartine affichaient un léger sourire, mais pas un soulagement, non, je n’étais pas un bon élève, je n’étais pas très sérieux, j’ai un peu lutté contre elle, mais là, non, elle était ravie de me savoir heureux sûrement de rentrer chez moi.

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Publié le par Emmanuel

J'ai envie que les heures défilent, qu’elles me rapprochent de samedi, vite, si je pouvais d'un coup de baguette magique, je le ferais pour que le temps avance à toute allure afin de pouvoir voir une personne que je connais, une personne de ma famille.

Ce soir là, je scrute l'océan, enfin le peu de temps qu'il me reste à l’apercevoir vu que la nuit tombe vite et qu'après il ne me restera que le doux bruit des vagues à entendre et mes yeux les imagineront s'écraser inlassablement, perpétuellement sur la digue.

Samedi matin, mon premier samedi, dernier jour de classe et là j'ai hâte, j'ai encore la tête ailleurs, je suis présent en cours, mais mon regard est rivé sur la fenêtre, oui, bientôt, très vite je vais revoir mes parents. Ils sont la route en ce moment, ils ont du quitté Châteauroux de bonne heure pour être présent avec moi le plus tôt possible.

J'ai un énorme besoin de leurs mots, de leurs regards, de leurs gestes.

La classe n'en finit pas, les aiguilles de la pendule et celles de ma montre sont au ralenti.

Enfin j’entends Tartine nous donner les devoirs pour lundi matin, si elle savait ce que j'en pense de ses devoirs, si elle savait que j'ai autre chose à faire que de perdre le peu de temps que j'aurais ce week-end à faire des devoirs.

Ça y est, les filles de salle viennent nous chercher pour nous accompagner dans nos bâtiments respectifs, je voudrais faire voler ce lit sur roues, le faire aller plus vite qu'une voiture de course,
je suis là dans le couloir de ma chambre, j’ai envie qu'ils soient là, que mes parents soient dans la chambre dès que j'aurais tourné…

Ils sont là, ils m'attendent, mon père assis sur le bord de mon lit, ma mère debout range dans ma table de nuit des sachets de bonbons et des bandes dessinées… Je souris, je souris et au fond de moi ça me brûle, j'ai envie de pleurer, de pleurer de joie, ils ne sont pourtant partis que depuis quelques jours mais là ça me brûle fort à l'intérieur. Je retiens mes larmes, pourtant mes yeux sont prêts à libérer tout ce bonheur, mais non je ne veux pas pleurer, je garde cela en moi.

Ma mère m'embrasse, mon père aussi et cela est tellement rare de sa part que j'ai toujours eu l'impression qu'il se forçait, mais ce n’est pas le moment de penser à cela.

Tout de suite, je leur raconte tout, tout, tout de ma rentrée en classe, des petits soucis que j'ai eu avec la maîtresse mais aussi des enfants qui sont avec moi.

Mes parents sont là, ils restent avec moi jusqu'à l'heure du repas, ils devront partir le temps que nous mangions tous ensemble, nous les enfants, mais avant ils me racontent la vie à Châteauroux et je me sens bien.

J'imagine mon frère tout seul et très entouré à la fois, il m'arrive de me dire qu'il a de la chance d'être avec tout le monde, de pouvoir retrouver ses copains tous les jours et je souris mais jamais je n'aurai échangé ma place avec lui, non je n'ai jamais imaginé cela.

Les enfants de la chambre me demandent ce que mes parents m'ont apporté et tous me disent que j'ai de la chance de pouvoir voir mes parents et moi j'avais hâte, hâte qu'ils reviennent au Centre.

Quand mes parents sont revenus, le lendemain, ils m'ont dit qu'ils avaient trouvé un petit hôtel et qu'ils avaient déposé leurs affaires et pris un repas rapidement pour pouvoir revenir très vite me retrouver.

Une fille de salle est venue leur proposer un lit de sortie oui je vais l'appeler ainsi : un lit de sortie car ce lit est un lit de promenade.

Nous nous sommes dirigés vers l'ascenseur et avons pris la sortie du Centre, là j'ai pu enfin vraiment réaliser et prendre toute la dimension de l'endroit où j'étais, découvrir ce bâtiment qui pour moi tout gosse me paraissait immense, un vrai château…

Nous avons pris la direction de l'embarcadère, il en aura connu lui aussi des moments durs et longs de reconstruction, tout comme nous nous les gosses de l'intérieur.

C’est superbe, je vois le port enfin de près, il est là juste de l'autre côté de la rive. En arrivant au bout de cette jetée, c’est l’océan, le vent est là, léger, je suis bien, je vis même, j'aimerais marcher dans ce sable, je vis, je vois ces vagues, c’est super beau enfin des images qui me font du bien…

Une journée comme ça passe trop vite, c’est fou mais j'ai pris l'air, j'ai pris enfin la vie en plein visage, un visage de môme qui découvrait un endroit particulier, un endroit de douleur, d’isolement mais aussi un lieu ouvert sur la mer, un lieu magnifique où se côtoient les dunes et l’océan, un lieu avec des bruits si nouveaux pour moi, le cri des mouettes, le fracas des vagues sur les rochers et la digue, les bruits des moteurs des bateaux de pêche…


Nous avons mangé ensemble à la cantine du Centre. Les soeurs avaient autorisé mes parents à prendre le repas avec moi, ainsi on ne se quittait pas et puis honnêtement, financièrement cela arrangeait bien mes parents car ils devaient déjà s’acquitter d’une chambre d’hôtel, des voyages en voiture et oui, économiser sur les repas et éviter le restaurant c’était une bonne chose… mais ne cela durera pas malheureusement.

J’étais bien, nous nous sommes encore promenés autour de la jetée, j'ai une nouvelle fois senti la force du vent et j'avais l'impression d'être comme du linge que l'on met à prendre l'air.

Mes parents reprenaient la route en fin d’après midi car demain, oui demain pour eux une nouvelle journée de travail, une nouvelle semaine commençait. Pour moi aussi une nouvelle semaine, mais de cours et j'en ai pas envie.

Ma mère me demande si j'ai besoin de quelques choses pour la semaine prochaine, enfin je dirais plus le prochain week-end…j'avais déjà ma petite idée, j'avais préparé une petite liste, ho ! pas grand-chose, non j'avais besoin de peu ici mais comme on m'avait dit que Tartine enfin Marguerite, mais n’ayez aucun doute, vous allez vous y faire, c’est facile… donc il parait que Tartine n'aime pas du tout le parfum de l'eau de Cologne donc dans ma liste l'eau de Cologne se trouve en première position… voila ma guerre est déclarée contre Tartine, elle déteste l'eau de Cologne, je vais donc contre-attaquer comme je peux, je vais me lancer dans la bataille du "je sens bon et fort le parfum" et "ne m'approche pas".

Voila ma mère m'embrasse, j’ai le coeur qui se serre, mon père m'embrasse, il me sert encore plus fort, je les vois passer la porte de ma chambre, je les regarde par la vitre, mes yeux ne les quittent pas jusqu'au moment où ils disparaissent de la vitre, voila un dimanche qui finit…pour moi la journée n'est pas encore terminée…Mes yeux sont remplis de larmes que je ne laisserais pas couler non, plus maintenant, je les garde au fond de moi, je pleure de l'intérieur, personne ne me verra ainsi, mes larmes sont bien là mais je me battrais pour que personne ne les voit.

Oui cela endurcit d'être là, cela forme, je ne suis plus, je ne serais plus le petite garçon comme bien d'autres, on devient mur beaucoup plus rapidement, même si mon corps est celui d'un enfant, même si mon corps est malade, dans ma tête cela travaille dur, très dur, c’est peut-être pour cela que plus tard je serais toujours à m’interroger, mais on est plus le même une fois avoir subi quelque chose de grave, je pense.


Les journées passaient très vite et lentement à la fois.

Le soir quand le vent soufflait très fort, j'entendais la mer, j'entendais le vent qui venait cogner aux volets de la chambre, il tapait fort à la porte pour s'inviter à entrer mais moi je le préférais là, cognant dans les montants… sous la force du vent les vagues se jetaient l'une après l'autre contre le mur de la jetée…

Certains soirs la veilleuse de nuit nous emmenait voir la télévision, elle nous permettait de rester un peu plus tard pour regarder les matchs de la coupe d'Europe. J'étais un supporter des Verts, j'aimais cette équipe comme beaucoup de jeunes maintenant aiment Marseille ou Lyon, nous à l'époque les grandes équipes c'étaient Saint-Étienne Nantes et déjà Marseille …

J’étais fou devant le petit écran à regarder les arrêts de Curkovic, ses prises de balle et sa déception quand de rares fois, il prenait un but, mais le meilleur, celui qui me faisait rêver le plus dans cette équipe c'était Piazza. Il était grand et fort avec une chevelure très longue qui flottait au vent et quand il accélérait sa course, il paraissait invincible. J'adorais le regarder sur le terrain, je ne voyais que lui.

Donc la personne qui s'occupait de nous, nous emmenait les uns après les autres, elle nous prenait dans ses bras puis nous déposait dans la salle de télévision, la salle où se trouvaient aussi de très grandes baies… cette salle était la plus près de la mer

Dès qu'elle me déposait dans le lit, je me dépêchais d'aller très vite à côté de la fenêtre pour voir l'océan, non pardon, elle m'installait près de la fenêtre et juste sous mes yeux, là où mes parents me sortaient le week-end, oui à cet endroit, je surplombais l’océan, mon regard se portait très loin, j’écarquillais les yeux, oui pour que mes yeux aspirent toute cette immensité offerte.

Je n'étais qu'à cinq mètres d'elle, elle était juste là, en dessous, je la voyais parfois, je la devinais souvent dans le noir, je voyais les vagues s'éclater et monter en une gerbe immense.

C'est aussi comme cela l'océan, il est souvent calme et beau l'été mais l'hiver, il lui arrive d'être violent, d'être sournois, insoumis mais il est toujours beau, souvent je pensais à ces marins partis en mer, pour certains le temps d'une marée, pour d'autres plusieurs jours et je me demandais comment ils pouvaient résister à la violence des vagues qui frappaient leur bateau aussi fort qu'elles venaient frapper la digue… comment pouvaient-ils travailler et aussi se reposer là bas, si loin de chez eux, bien au large, avaient-ils le même temps qu'ici… dur métier que celui de pécheurs, dure vie, dur travail qui fait nous profitons de poissons pêchés du jour sans même penser un peu à toutes ces coulées de sueur, aux vents qui balaient sans cesse leurs visages, à l’eau qui crevassent leurs mains…mais ils sont sur le pont et remontent les filets….

Attention je parle des marins des petits ports de pêche, ceux auxquels je pensais et que j’accompagnais de mes yeux, mais aujourd’hui, des marins, qui 35 ans plus tard, arrêtent le métier, dépassés par les événements, dépassés par la taille des bateaux, dépassée par des décisions prises à une échelle si grande et qui dépasse bien souvent leur quotidien, oui … il faut aujourd’hui répondre par quota et secteurs de pêche… la lutte est difficile avec les pays qui donnent sur l’Atlantique…

Donc ces soirs-là le je passais mon temps entre le match et l'océan, j'avais deux passions et là je pouvais m’envoler d’un coté, m’emplir les yeux de couleurs et de formes et de la vie qui se déroulait là au Croisic, juste en face de moi, et courir très vite sur un terrain de sport, me laissais porter par mes jambes et courir, courir, par la lucarne qu’est la télévision.


Mes parents venaient me voir toutes les semaines et chaque vendredi soir pour moi commençait la longue attente du samedi midi mais…chaque samedi matin en classe je n'étais déjà plus là…..

Mes parents m'avaient donc emmené mon arme pour repousser Margueritte, de l’eau de Cologne, la lavande était le parfum que j'utilisais le plus souvent. Chaque jour après la toilette, je prenais la bouteille et je déversais sur moi, sur mon corps et mes cheveux cette eau parfumée et fraîche, quelque part elle me faisait du bien mais je ne la mettais pas pour cela, non, vous pensez bien, je la mettais pour Marguerite… Je m’en aspergeais, j'étais inondé de ce parfum et en début d'après midi, avant de retourner en cours et bien oui je recommençais le même rituel, je passais plus d'une bouteille d'eau de Cologne par semaine et mes parents m'en ramenaient une nouvelle à chacune de leur visite.

Il émanait de moi une odeur, forte, très forte, mais le résultat était sans appel, je ne l'ai eu que rarement à mes côtés mais cela ne l'empêchait pas autant de m'interroger de son bureau, cela ne l'empêchait pas de corriger mes contrôles et me de faire toutes sortes de commentaires mais je me sentais si je peux dire, oui je me sentais beaucoup mieux Marguerite loin de moi.

Tous les jours une dictée venait clore la classe, tous les jours la même chose, et tous les jours, elle me demandait le nombre de fautes et à chaque fois j'avais droit à ma petite séance où elle me réprimandait devant tous le autres mêmes si j'avais fait moins de fautes. Pas une fois, non pas une fois elle m'a félicité, ne serait-ce que pour me dire c'est beaucoup mieux aujourd'hui, tu as vu tu as fait moins de fautes, tu dois continuer, tu vas y arriver…non jamais, jamais je n'ai entendu de sa part un seul encouragement, seulement des remarques désobligeantes mais je m'y étais habitué et cela ne me faisait plus rien.

Les matières que j'aimais bien, c’était l'histoire et la géographie. C’est à Pen Bron que j'ai appris la vie maritime et les ports de France, ses ports de pêche, ses ports de marchandises, j'ai appris plein de choses qui m'ont intéressées moi l'enfant des terres, il y a avait des ports tout le long du littoral, un port destiné stratégiquement à pouvoir délivrer là plus qu'ailleurs le pétrole, le gaz, ou bien des marchandises diverses, on les appelait aussi des terminaux.

J’ai aimé apprendre, j'ai aimé écouter les cours de Marguerite ; ces jours là j'ai aimé regarder la carte de France accrochée au mur ou au tableau et voir tous ces points stratégiques que Marguerite nous faisait découvrir… et là seulement, là j'étais certainement le plus attentif de la classe.

Quand mes yeux se posaient sur la carte de France, je situais Châteauroux, ma ville, je fixais ce point sur la carte, je revoyais tous les endroits que j’aimais, mon quartier, ma rue, ma maison, je voyais même les gens marcher, parler, ils étaient là devant mes yeux, petits fourmis qui s’activent, …j'imaginais, oui j’étais de nouveau chez moi.

Loin des miens, je suis un enfant de Pen Bron

Châteauroux me paraissait bien terne, sans trop d’intérêt, lorsqu’on y est, même enfant, c’est très souvent comme cela, et tout nous manque une fois loin de sa ville…

Ma maison, ma famille, mon frère, tout me manquait et puis, tout seul, là, au fond de mon lit je repensais à toutes les bêtises que j'avais pu faire, à toutes les bagarres et chamailleries avec mon frère. Il me fallait penser à tous ces moments, ne pas les oublier et vivre avec eux même si, oui même si je revoyais certains moments forts ou d’autre plus difficiles que l'on a souvent en famille, cela permettait de m'évader un peu, de m’associer à eux pendant quelques instants.

Les mercredis après midi où nous étions seuls, mes parents étaient au travail et mon grand père parti à son jardin, nous nous dépêchions avec Sébastien de faire de la semoule en cachette. Nous allions acheter avec l'argent que mon oncle nous donnait de temps en temps un paquet de semoule, nous adorions la semoule et puis ce n'est pas le plus dur à faire, une cuisine simple, un dessert que l’on adorait. Alors une fois que la casserole remplie de lait commençait à bouillir, je jetais la semoule et commençais le plus important bien tourner, ne pas cesser de mélanger le lait et la semoule et laisser cuire quelques minutes.

Le plus long était de laisser refroidir, attendre que l'on puisse commencer notre festin et là plus un mot juste le bruit des cuillères dans le bol et nous dégustions rapidement notre quatre heure imprévu.

Parfois il en restait et nous ne voulions pas la jeter alors je la cachais sous le lit en me disant que nous la mangerions le soir en cachette mais voila tant de choses pouvaient se passer que l'on oubliait très vite cette semoule qui nous attendait et je retrouvais quelques jours plus tard sous le lit la semoule qui avait moisi et qui était bien sur immangeable. Je prenais l'objet de notre délit et jetais le reste dans la poubelle puis je nettoyais le récipient.
Mais le plus beau de tous nos quatre heures était quand nous achetions de la glace, toujours en cachette avec notre argent. J'attendais que le père Lebourg ouvre son épicerie accolée à notre maison pour aller acheter une glace. Je prenais une glace, un bac de glace, le plus gros au goût que nous aimions et là un vrai festin commençait. Je partageais la glace en deux, elle n'avait pas le temps de fondre bien sur que non, je la dégustais, non, je la dévorais et une fois que j'avais terminé je disais à mon frère de se dépêcher, que notre mère allait rentrer et qu'il ne fallait pas qu'elle s'aperçoive que nous avions mangé de la glace, j'insistai bien et là il me disait qu'il ne pouvait plus finir, qu'il n’y arriverait pas et moi je prenais son bol et la finissais, je ne me forçais pas, j'ai toujours aimé la glace, un délice, un plaisir indéfinissable et à chaque fois mon frère se laissait avoir et moi je me régalais.

Un samedi matin mes parents sont arrivés au centre avec un fauteuil roulant, un fauteuil rien que pour moi, de nouvelles jambes, une nouvelle manière de me déplacer bien plus intéressante que ce lit sur roues…


Avec ce fauteuil j'allais pouvoir bouger, me promener ne plus être dans ce lit à me morfondre, j'allais quelque part reprendre le goût de sortir, mon lit ne serait plus une prison.
Ce fauteuil allait m'ouvrir d’autres horizons, mais aussi partager une nouvelle expérience avec mes parents car ils prendraient sûrement plus de plaisir à me promener, à m'emmener dehors, oui passer les grilles et sans avoir à pousser ce lit encombrant et difficile à manier.

Il faut dire que même si le lit sur roues permettait des déplacements, j'étais quand même mal installé, j'avais souvent mal au dos vu que ma position était sans appui, que ce soit en promenade ou à l'école. Durant la journée, j'étais obligé de m'allonger un peu pour soulager mon dos. C’est donc avec l'autorisation du professeur Glorion que mes parents avaient loué ce fauteuil. Ce fauteuil devenait alors pour moi un tapis magique, je le trouvais super, il était chromé et bleu pour l'assise.

Voila, j'avais ma petite « formule 1 » pour handicapé, j'avais des jambes, j'avais le pouvoir de me déplacer et croyez moi quand vous passer autant de temps dans votre lit, quand votre regard est emprisonné dans ces pièces chaque jour, ces pièces…mon quotidien. Tout est toujours aux mêmes places…immuables, les choses ne bougent pas, et mon regard se perd parfois dans ma chambre. Alors oui, j'étais content, j’étais heureux, un gamin heureux.
Un seul et unique petit problème avec ce fauteuil : je pouvais l’utiliser mais il fallait que j'ai les jambes allongées en permanence et quand vous louez un fauteuil roulant, il n'existe aucun gadget qui fait que l'on puisse adapter le fauteuil en rapport au problème, au handicap d’une personne en particulier.

Un fauteuil est fabriqué pour être assis, point final, après il n'y avait rien d'adaptable. Donc mon père s’est alors révélé astucieux. A l'aide de tube et d’une toile rigide, il a fabriqué de quoi installer sur les tubes du fauteuil une rallonge de manière à ce que mes jambes soient toujours allongées.


Très vite j'ai appris à le contrôler moi-même, très vite, j'ai appris à marcher avec, à courir avec, chaque mouvement de mes mains sur les roues, c'était mes jambes qui avançaient.
Mais le plaisir des plaisirs, c’est que j'avais aussi l'autorisation de quitter le centre, de partir en voiture avec mes parents, j'avais accès au monde extérieur, qui avait-il derrière ces murs, ces arbres, au-delà de ce château où je vivais depuis quelque temps, même si j'aime l'océan, même si au centre les enfants étaient gentils, le personnel soignant qui m’entourait était compréhensif, j'avais besoin de ce vrai monde. J'avais quelque part une envie de retourner dans la vie.
Souvent à la télévision, on découvre des particularités régionales, des sites à visiter…souvent on cite la Bretagne, comme étant une région spécifique avec l’océan, ses falaises, le temps….on dit même que c’est la région où il pleut tout le temps…mais c’est aussi là que les paysages sont les plus pittoresques et véritables, encore bruts.
J'allais pouvoir le découvrir, j'allais réellement me rendre compte de mes propres yeux de la beauté qu'offrait réellement la Bretagne, mais une petite partie seulement…

J’'allais donc désormais au devant des autres mais j'allais aussi découvrir le regard des autres, j'allais découvrir que mes nouvelles jambes sur roues allaient attirer des regards en coin…
Mais après tout, ce n'est pas grave, j'allais respirer, j’étais hors des murs de ma chambre et ça c'était pour moi un vrai bonheur , j'allais voir de mes yeux les remparts de Guérande et installée à l'intérieur de la ville, j'allais découvrir une autre ville, j'aimais m'y promener en fauteuil même si les ruelles intérieures de cette cité médiévale n'étaient pas faciles à pratiquer.

J’aimais imaginer la vie d'autrefois dans ces petites rues pavées, oui je commençais à revivre mais ce que je préférais, c'était Le Croisic… Le Croisic et son port de pêche, sa jetée et son phare, je me souviens aussi que souvent en longeant le port en direction du phare, il y avait une femme en costume breton, je crois qu'elle vendait sur un petit chariot des cartes postales mais aussi du sel. Elle était âgée mais toujours présente, enfin très souvent là, sur le côté de la route, juste installée au bord des amarrages des bateaux. Elle souriait à tous les passants qui la regardaient et moi j'étais impressionné de voir sa coiffe et je me demandais comment elle pouvait tenir si bien sur sa tête.
Puis si vous allez en direction de Batz, s’offre à vous la côte sauvage et là, à nouveau un émerveillement pour les yeux d'enfants que j'étais, une vue incroyable, une vue à vous couper le souffle, oui je prenais des photos dans ma tête, je prenais des souvenirs et les enfouissais dans ma mémoire, mes yeux me servaient d'appareil photo et mon cerveau créait des albums pour y conserver tout ces souvenirs si forts, si intenses que même aujourd'hui je revois tout…

Bien sur avec le temps, ce paysage a sans doute changé, mais ces endroits sont, j'en suis sur toujours aussi magnifiques.
Je me souviens aussi en prenant la route pour aller au Croisic, de ce superbe moulin à vent installé sur la gauche de la route, il était tout blanc et les pales tournaient lentement.

En descendant sur Guérande, les marais salants s’étalaient là, sous nos yeux, formes bizarres pour moi gamin, plein de rectangles ou carrés, de formes différentes, et là on récoltait le sel !
Chez moi les paysans ramassaient le blé en tracteur, ici, les paludiers eux travaillaient à l’aide de drôles de râteaux, ils avaient des manches immenses…et faisaient des tas de sels, des mulons, je l’apprendrais plus tard.

Des instants gravés en moi, des souvenirs impressionnants pour moi l'enfant des terres amoureux de la mer.
Pour cette première sortie mes parents m'avaient emmené au restaurant, un restaurant juste en face des remparts de Guérande, ils voulaient me faire plaisir et fêter cette escapade hors du centre , Pen Bron était loin de mon esprit…

Dès l'entrée, quelques marches, mon père m’a porté avec le fauteuil et nous avons été accueilli par une femme très souriante. Elle nous a guidé dans un coin de la salle du restaurant, je pouvais m’y rendre sans difficulté avec mon fauteuil, là mon père a démonté son installation pour que je puisse passer mes jambes sous la table, juste le temps du repas.
Le centre de Pen Bron est si proche de Guérande, elle avait l'habitude de voir des personnes handicapées et sûrement aussi en fauteuil roulant pour que l'accueil soit aussi convivial.
Mais le regard de certains dans le restaurant était pesant, peut-être pas n’étaient-ils pas encore habitués à nous voir là, nous souffrant de handicap, mais j’étais un gamin et aujourd’hui je peux comprendre que leurs regards aient été présents mais fuyants en même temps, un enfant en fauteuil, cela attire forcément le regard.
De façon plus générale, nous sommes quelque part le reflet d’une peur, la peur d'imaginer que cela puisse arriver à un proche, un enfant, un ami…
Nous avons une nouvelle fois passé un début d'après midi superbe entre ce repas et une dernière ballade, avant que mes parents reprennent la route en direction de la vraie vie, enfin une vie où je ne les accompagnais pas.
Moi installé dans mon lit, j'étais à nouveau seul, mes copains étaient à regarder la télévision et pour ceux qui pouvaient marcher, ils se trouvaient dans le centre quelque part, ou dans les jardins.
Mes parents m'avaient laissé le fauteuil mais j’ai rarement eu le droit de l'utiliser, les soeurs ne voulaient pas que je m'en serve.
Alors peut être qu'elles ne désiraient pas que je sois privilégié, d’autres enfants n’en avaient pas, c’est vrai…ce fauteuil, ces jambes qui auraient pu me permettre de me déplacer plus librement, m'était souvent interdit. Et je restais donc cloué dans mon lit.
Nous avions des jeux vraiment plus que bêtes parfois, peut être dus au manque de loisirs, alors nous inventions des jeux, des jeux plutôt dangereux, des jeux qui pouvaient être sans retour…
Nous nous passions autour du cou un cordelette ou un morceau de laine que l’on tournait autour de notre cou, l'un après l'autre, chacun notre tour, nous tournions sans arrêt jusqu'à ce que le dernier restant ait gagné notre défi.
Nous allions tellement loin dans nos bêtises que souvent une marque apparaissait sur notre peau, pendant quelques temps un sillon bien fin restait gravé sur notre cou.
La dernière fois où je l'ai gagné, je l’avais tellement tourné, tourné cette cordelette qu'elle s’était toute entremêlée et a fini par faire un nœud. J'avais beau tourner dans l'autre sens, sans arrêt, elle ne voulait plus se défaire et je tournais à droite et à gauche, rien n’y faisait, impossible que la ficelle libère mon cou, impossible de la démêler. Je commençais à peiner, à respirer difficilement, et oui il fallait vraiment être un garnement inconscient pour jouer à ce genre de jeu.
J’ai attrapé le couteau qui se trouvait sur ma tablette de repas, l'ai glissé entre mon cou et la cordelette et je l'ai coupée.
J’étais tout rouge, tout le monde riait mais pas moi, non pas moi, je n'ai pas ri de ma bêtise, j'ai eu à ce moment là très peur. J'avais gagné à ce jeu stupide mais pour moi j'avais perdu, oui perdu parce que ce jeu était trop dangereux, il avait fallu qu'il arrive cela pour que la peur s'empare de moi.
Je me suis souvent demandé ce qui aurait pu se passer si ce jeu débile je l'avais fait en début

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Publié le par Emmanuel

L’océan ! Pourquoi une telle envie, pourquoi pour moi cela ressemble au paradis !
L'océan, j'ai appris à l'aimer à travers la télévision mais surtout grâce à un homme fantastique qui a été le premier à nous emmener si loin dans les profondeurs marines, à nous montrer toutes les ressources marines, ces fonds sous-marins où se cachent des sites merveilleux et une faune souvent mystérieuse.
Oui, j’ai aimé ces émissions et tout gosse je rêvais de parcourir les mers à bord de la Calypso, être là, à travailler avec ce petit homme au bonnet rouge.
Même encore maintenant, qu'il a disparu, quel symbole ce bonnet rouge ! Il était entouré d'un équipage qui était dévoré par la même passion, la même envie… le commandant Cousteau nous a offert un monde merveilleux.
Alors tous les dimanches je me voyais revêtu d'une combinaison de plongée, harnaché d’une bouteille d'oxygène et muni d’une caméra ou d’un appareil photo pour immortaliser l'océan, garder les couleurs et en rêver une fois remonté et loin …
Voila pourquoi dans ce Centre la première chose que j'ai gardé en moi, c’est que l'océan était là, bien sur je ne pourrais pas y faire tout ce dont je rêve, tous ces désirs de grands explorateurs des mers, mais il est à la portée de mes yeux. J’en ressens l’odeur, l’iode si particulier…
Je n'ai qu'une hâte marcher sur le sable mais pour l'instant je me contenterais de le laisser glisser entre mes doigts.
Voilà, Pen Bron, comme je l’ai perçu le jour de mon arrivée. Premiers regards, premiers ressentis … face à ce château et ce que j’entrevois, et devine immense, l’océan…

Et pourtant au cours de son histoire, Pen Bron a été et de diverses façons occupé.

Au XVIII siècle, on y installa une usine d'engrais,

En 1824, un Nantais François Deffès commerçant de son état, décida d'y installer la toute première fabrique de conserves. Il allait profiter de la pêche des marins du Croisic et de La Turballe pour y faire les toutes premières boites de sardines à l'huile d'olive.
Installée tout d'abord près des falaises de la Turballe, il s'avéra que la petite ferme fut vite dépassée par l'ampleur de son entreprise, le site Pen Bron s’imposait alors pour le développement de sa conserverie.

1887 que dire de cette année si importante, Pen Bron allait alors trouver sa vocation.

Un homme de cœur troublé par la guerre de 1870, un homme de courage, un homme honoré par la France. Il fut élevé au grade de chevalier de la Légion d'honneur puis de la médaille militaire ainsi que la médaille de Crimée.

En 1871, il est inspecteur des enfants assistés à Niort, en 1878 il est nommé à Nantes.
Hippolyte Pallu, oui cet homme convaincu par le traitement marin pour certaines infections, est à l’origine du Centre marin de Pen Bron. Un sanatorium pour enfants scrofuleux va s’élever sur ce bout presqu’île et c’est avec lui que ce site va prendre toute sa dimension, son humanité au service de la santé et surtout des enfants, des enfants malades, perdus, ignorés, rejetés… nous somme en 1887 et la tuberculose sévit.

Il était important de rappeler l’origine de ce centre, je l’ai appris plus tard, et une relation, déjà si particulière avec cet endroit, me donna l’espérance puis la volonté de revoir ces lieux 35 ans après y avoir séjourné, j’ai alors renoué un lien…les sentiments et les regards sur nos vies changent ou s’apaisent.

La maladie m’a transporté loin de Châteauroux, où je laissais ma famille, mes camarades de classe et de jeux.
Pour moi l'histoire de Pen Bron débute en janvier 1975, elle se terminera le 15 juin 2009 et quand je dis terminé, je ne le pense pas, je dirais qu'un autre chapitre s'y est ouvert, je le découvre à chaque ligne, ici, écrites.

Un retour sur soi, sur moi, sur ce que j'ai vécu dans mon corps d’enfant, puis dans mon corps d’adolescent est douloureux mais nécessaire, il marque aussi et surtout un apaisement dans la mémoire de l’homme que je suis aujourd’hui.
En 1975, l'accueil est assuré, entre autre, par une jeune femme, je ne me souviens pas d'elle, mais tout ce que je peux vous en dire, c’est que ce 15 juin 2009, je me suis trouvé face à Madame Guillard, elle a débuté sa carrière au centre de Pen Bron en 1973, en souriant elle me dit qu’il est possible que nous nous soyons vu à cette époque, qu’il est possible que se soit elle qui m’ait accueilli.

Mais, je suis là, toujours installé sur mon brancard et notre arrivée était attendue, nous sommes dans la salle d’accueil.
Mes parents sont reçus par une sœur, ce centre est depuis son origine géré par des sœurs.

Puis, on nous guide à travers le centre. L’intérieur est magnifique, il y a une chapelle et une fois à l'extérieur tout en longeant les bâtiments, on découvre une magnifique pelouse, ainsi qu’un beau jardinDevant nous, un long corridor extérieur protégé par une verrière que j'emprunterais bien souvent mais allongé dans mon lit, uniquement allongé dans ce lit. Il permet de longer cet imposant bâtiment, oui c’est aussi grand à l'extérieur qu’à l'intérieur.

Au milieu, une porte, qui s’ouvre sur un couloir, là on nous dirige vers l'ascenseur.

Je comprends que nous sommes dans le bâtiment réservé aux enfants atteints des mêmes problèmes de santé que moi, mais pas obligatoirement de la même maladie.

Au rez-de-chaussée se trouvent les filles, je l’apprendrais très vite et à l'étage les garçons. Nous arrivons au premier étage et la responsable de service nous accueille avec un sourire enfin, je dis la responsable de service je ne sais plus, c'était peut être une fille de salle mais qu'importe le sourire et les mots étaient réconfortants.
Elle nous propose de nous emmener dans ma chambre, enfin pour moi dans une chambre, celle où je vais rester une fois mes parents partis.

Nous sommes en fin de matinée et peu d'enfants sont présents dans le bâtiment. Elle nous explique alors que les enfants sont à cette heure tous en classe.
Ce Centre a une école, nous pouvons suivre des cours afin de ne pas perdre une année scolaire ou tout du moins faire que nous ayons une vie sociale et scolaire en dehors des soins. Il faut rappeler que les hospitalisations durent souvent de très longs mois.

A l’hôpital pour enfants à Clocheville, pas de cours ! Je m’y étais bien fait.

Reprendre l'école, je n'envisageais pas cela ou n'avais pas l'envie d'y aller, j'avais pris l'habitude de rester dans mon lit et de ne rien faire de ces longues journées mais elles étaient sans leçons, ni devoirs, sans maître, sans contraintes si ce n'est de rester couché et d'accepter d'être patient.

Nous traversons un couloir tout en longueur avec d'un côté des chambres et de l'autre des pièces que je découvrirais au fur et à mesure de mon séjour, des salles de bain, un local où diverses choses sont entreposées et la salle des lavabos.
Nous arrivons presque au bout de ce couloir et nous tournons à gauche. Le brancard stoppe d’un coup, je comprends alors que nous sommes arrivés, je suis arrivé,
Là, une immense pièce, très grande et longue, où se trouvent alignés trois lits, je les revois encore aujourd’hui, ils sont d’une teinte bleu vert. Il y avait un lit, une table de nuit, un lit, une table de nuit, un lit, une table de nuit !

Comment était disposée la chambre ! Je ferme, là à l’instant les yeux… juste en face de ces trois lits, s’impose une table longue, très longue avec des chaises disposées tout autour, il y a une petite pièce communicante où se trouvent deux autres lits.

L'ambulancier, Monsieur Landureau, avait déjà transporté mon père pour son retour de Tours après une grave opération. Il ne restait à cet homme que quelques cheveux blancs sur l'arrière de son crâne, mais je me souviens aussi et surtout de sa gentillesse.
Il me prit dans ses bras pour me déposer sur mon lit, mon nouveau lit d'infortune.
Avant de partir, il expliqua à mes parents qu'il les attendrait à l'ambulance, qu'ils prennent leur temps, le temps de m’installer dans cette chambre, le temps de l’au revoir.

Ma mère s’est alors occupée de mes affaires, je la revois ensuite, assise sur le bord de mon lit mais je vois bien que mon père se sent mal dans cet endroit, il est pressé de partir, jamais je ne l'ai vu à l'aise, même à Clocheville.
Est-ce son accident de travail survenu quelques années plus tôt qui le stresse, je crois que je l’ai toujours senti mal, il descendait souvent fumer une cigarette ou bien il errait dans les couloirs.
Quand j'avais d'autres visites, des membres de la famille ou des amis, il se sentait obligé de demeurer dans la chambre, de ne pas marquer ces instants de son absence.

Et là je ne comprenais pas lui qui a subi une grave opération, lui qui suite à cette intervention était resté allongé dans un lit pendant des mois, lui qui a supporté le calvaire du bassin, de la toilette faite par des mains inconnues, lui qui est resté couché à l'heure des repas, lui qui n'a pas pu marcher pendant de longs mois, comme moi, lui qui était seul aussi, pourquoi ne me tenait-il pas la main, je n’avais que onze ans. Mais durant mon séjour à Pen Bron, tous les week-ends mon père a accompagné ma mère. Tous, sauf un, c’est ma tante qui est venue.

Je sais que mes parents doivent rentrer sur Châteauroux, ils m'embrassent, je les regarde s‘éloigner.

Par les fenêtres qui se trouvent entre ma chambre et le couloir, je les regarde aussi longtemps que je peux et c’est vraiment très peu.
Cette fois ci je ne pleure pas, je n'ai versé aucune larme, maintenant je suis habitué à être seul et à me retrouver dans un endroit inconnu.
Seul pas très longtemps, nous arrivons presque à l'heure du repas et les filles de salle sont venues installer sur la table de notre chambre les couverts du repas puis sont reparties.
Oui notre chambre, on m'a expliqué qu'elle sert aussi pour les marchands, que tous les jours les repas des marchands se tiennent dans notre chambre.
J'ai en face de moi le port et je vois dans ma tête débarquer les marchands du Croisic, je les vois venir s'installer, parler de leurs journées, rire ensemble puis nous laisser et partir rejoindre leur famille.
Mais pourquoi viendraient-ils manger là avec nous, enfin bon je les attends avec une certaine appréhension.
Du bruit dans le couloir, instinctivement je tourne la tête vers les fenêtres et observe ce qui se passe, j'entends parler et je vois un jeune garçon marcher dans le couloir, il a le visage bizarre mais ce qui m'inquiète le plus c’est que devant lui je vois une jambe en l’air, elle va de l'avant vers l'arrière, je suis là béat et je la regarde cette jambe et je cherche à comprendre mais il n’y a rien à comprendre, non impossible, je n'ai jamais vu cela, c’est incroyable ! J’ai les yeux rivés sur le visage et sur cette jambe. Je ne suis qu'un gosse et d'un coup je commence à avoir peur car il tourne et rentre dans ma chambre, devant lui il pousse un fauteuil roulant où se trouve un autre jeune qui tient dans ses mains une jambe, la sienne sans être la sienne, une jambe artificielle et il la balance ainsi encore et encore, je suis éberlué, mais rassuré quelque part aussi, et je m’attarde sur le visage du garçon qui pousse ce fauteuil.
Son visage, son cou et ses mains sont recouverts de grosses boursouflures, il est défiguré, il est brûlé...
Et je suis là à le regarder, à le scruter, mais je viens d’arriver et je vais apprendre à ne plus voir que le handicap, je vais réussir à détacher mes yeux de la maladie, des plaies, des visages et corps meurtris et oui ne plus voir que la personne qui est devant moi, simplement elle.

Ils se présentent à moi en souriant, ils ont l'habitude des nouveaux, ils sont dans le centre depuis un long moment déjà.

Dans le fauteuil roulant se trouve Thierry, le garçon brûlé se prénomme Yannick.

Les questions ne tardent pas à fuser : C’est quoi ton prénom ? Tu arrives d'où ? Qu'as-tu ? … voila le rituel des questions, tous nouveaux venus de toute manière y a droit.

J'apprendrais très vite à poser les mêmes questions à chaque personne nouvelle que je rencontrerais ici et je répondrais aux mêmes questions de tous les autres malades du bâtiment.
J'apprendrais même qu'il n'y aura pas que les enfants qui me poseront des questions sur ma maladie, plus tard tous les médecins que je rencontrerais dans ma vie me les poseront. Oui, plus tard aussi, mon handicap va soulever des questions et de mes réponses dépendra un oui ou un non pour un emploi.

Yannick a repéré les bonbons posés sur la table de nuit et naturellement m'a demandé s’il pouvait en prendre, bien sur que oui il peut en prendre, des bonbons, des gâteaux comme si c'était ce qui pouvait me guérir et je n'en manquerais pas.

Thierry en prit aussi et nous avons commencé à nous dire pourquoi nous étions là, enfin moi j'ai commencé à expliquer ce que j'avais comme je le pouvais à l'époque.

Fier de moi, je leur dis exactement le nom de ma maladie une ostochondrite bi latérale des deux hanches, croyez moi je n'ai jamais réussi à retenir des mots très compliqués mais là ce mot je le connaissais par coeur et le bi latérale me faisait sourire, cela donnait encore plus d'importance à ma maladie.

Je leur expliquais que j'avais le cartilage de mes hanches qui ne tenait pas et provoquait des blocages à l'intérieur du fonctionnement de ma marche, que parfois je me retrouvais bloqué. Je continuais, et confiais que le professeur Glorion avait reformé avec des petits morceaux d'os une pâte pour refaire mes têtes de fémur et que j'étais là pour que mes hanches opérées se consolident. Je devais faire de la rééducation, je n'avais pas le droit de marcher mais surtout je leur faisais bien comprendre que je pouvais marcher, que je pouvais me lever.

Il était important pour moi que l'on sache que je pouvais marcher que ce n'était qu'une interdiction.
Puis est arrivé Thierry, le Thierry de Clocheville, il sortait des cours, il avait été informé de mon arrivée. J'ai vu sur son visage un énorme sourire et je me suis senti beaucoup mieux, enfin une personne que je connaissais, nous avons parlé de suite de Robert je lui ai dit qu'il devait venir très bientôt nous rejoindre.

Je lui ai dis aussi ma crainte de savoir que les marchands venaient manger dans notre chambre le midi et le soir et je l'ai entendu rire, puis éclaté de rire et toujours dans ce fou rire, il m’explique alors que les marchants étaient les gosses de notre bâtiment, ceux qui pouvaient marcher se réunissaient dans notre chambre puisque c'était la plus grande pour prendre les repas.
Je me suis trouvé un peu bête mais soulagé en même temps.

Je n'ai pas eu à attendre longtemps pour faire la connaissance de tout le monde. Les cours étaient terminés et les filles de salle ramenaient tous les gosses sur des petits lits.
La pièce fut animée très vite de cris, de rires et de « tiens y a un nouveau » et là tout le monde se regroupa autour de mon lit !

Les filles de salle ont très vite rétabli le calme et fait passer tout le monde à table, enfin tout le monde ceux qui pouvaient et là le chahut c’est très vite calmé.

Thierry et moi, nous sommes assis dans nos lits, on nous a posé des tables adaptées pour poser nos plateaux. Premier repas au Centre de Pen Bron, une entrée un plat chaud un fromage et dessert, j'aurais souvent plus de laitage, c'était bon pour mes os.

A la fin du repas, tous sont revenus me voir et des questions, encore et toujours des questions, mais moi je commençais à être fatigué de la route, j’avais été malade durant tout le trajet, je tombais de fatigue, je leur ai offert des bonbons.

Nous avons repris un peu notre discussion avec Thierry, sur lui, son arrivée au centre et comment ça se passait.

Puis l'heure de la reprise des cours étant arrivée, il a été, comme les autres gosses, emmené dans la salle des cours.
Le silence est vite revenu dans la chambre, j'étais à nouveau seul, alors que tous les enfants se trouvaient en cours, j'étais couché, enfin assis dans mon lit.

J'ai pris un livre dans le tiroir de ma table de nuit et l'ai parcouru un peu mais je n'y ai pas trop prêté attention… mon regard parcourait les grandes baies vitrées, j'entrevoyais le port et quelques bateaux qui prenaient la mer, je les suivais d'une fenêtre à l'autre jusqu'à ce qu'ils disparaissent de ma vue.

Oui de mon lit, j’aperçois une partie du Croisic, de sa jetée, et devant mes yeux de petit môme, oui, il est là, l'océan, je n’en distingue qu’une infime partie mais chaque matin et soir au grès des marées, je vais voir partir et revenir les bateaux de pêche.

Tout doucement, je me suis allongé et me suis endormi.

Dans l'après midi une fille de salle est venue me voir, elle m'a parlé un peu mais je n'étais pas très bavard. Une fois qu'elle m'a laissé, j'ai allumé ma radio et écouté un peu RTL.

Depuis mon hospitalisation j’écoutais la radio, les chansons, les émissions de l'après-midi.

Mon émission préférée était les Grosses Têtes, un ensemble de personnalités qui répondaient aux questions d'un certain Philippe Bouvard, c’était drôle et je ne me lassais pas d'entendre leurs blagues.

Bien souvent je riais de les entendre rire, mais sans avoir certainement compris le sens de leurs propos ; ils m'auront accompagné bien souvent.

Les heures ont défilé et les garçons sont revenus de leurs cours. Nous avons discuté et ri ensemble très vite, plus vite que je ne l’aurais pensé, j'étais intégré au groupe.
Le repas du soir arrive et une nouvelle fois tout le monde est dans la chambre et là une cohue, les petits criaient, les grands essayaient des faire taire, mais rien à faire.
En fin de soirée les filles de salle sont venues fermer les volets, la nuit était tombée depuis un moment déjà mais j'aimais regarder le noir du dehors, ces volets blancs gris descendus, j'avais l'impression d'être enfermé, cloisonné.

Nous avons parlé avec Thierry très longtemps dans la nuit, il m'a raconté son arrivée au Centre, il m’a confié que sa mère n'était pas revenue le voir depuis et qu'elle lui manquait…
et je me suis endormi.

Il est sept heures, j'ouvre les yeux, je suis un peu perdu, je me demande où je suis mais très vite je comprends. Je sais où je suis et mes yeux n'ont qu'une envie, l’envie de se refermer. Qu'on me laisse me rendormir

Mais une fille de salle ouvre les volets et je retrouve cette magnifique vue, cela c’est bien réel. Le petit déjeuner arrive, je ne sais plus ce qu'il y avait mais certainement un chocolat et du pain, comme dans chaque hôpital.

Tous les marchants sont là installés devant leurs bols encore en pyjama et la journée commence avec des rires puis très vite, un à un, nous sommes emmenés au lavabo. C’est une petite pièce située près de notre chambre. La toilette commence, quand un gosse a fini un autre le remplace, les derniers n’ont pas trop d'eau chaude mais ça frotte dur, un coup de brosse à dents et nous voila tout frais, tout neufs.

Une première toilette sans bassine posée sur la table, comment je l'ai appréciée, avoir de l'eau qui jaillit du robinet et pouvoir une fois le savon passé sur le corps pouvoir le rincer correctement.

Avec la bassine, ce n’est jamais le cas, on rinçait une fois son gant de toilette puis après on a toujours l'impression que l'on se rince avec de l'eau savonneuse et je n’aimais pas ressentir l'effet que cela faisait, ma peau était toute raide mais là, le plaisir de pouvoir passer et repasser ce gant sur soi, une vraie toilette ! Un vrai bonheur !

Si je me rappelle bien, je suis arrivé à Pen Bron un mardi, donc là nous sommes mercredi matin et il n’y a pas d'école, nous restons dans nos lits une fois que nous y avons été redéposés.

Les discussions reprennent avec Thierry, on s'échange des gâteaux, on lit, on écoute la radio et nous reprenons notre rythme comme à Clocheville. Parfois nous restons sans rien dire…mes yeux sont souvent braqués sur le décor extérieur. Je vois quelques bateaux sortir en mer et je garde les yeux rivés sur chaque passage d'un de ces bateaux et sur ce petit bras d'océan offert à ma vue.

Thierry et Yannick se promènent souvent, ils vont d'un endroit à un autre mais ils sont là souvent avec nous et nous apprenons à nous connaître un peu plus chaque jour.

L’histoire de Thierry, c’est celle d'un gosse qui joue au ballon avec des copains dans sa cours, une bonne partie de football comme tous les gosses aiment à y jouer.

Mais un coup de pied dans un ballon un peu plus fort que les autres, un ballon qui monte, monte et passe par dessus la porte d'entrée de la cour et file dans la rue…un ballon qui fuit les enfants et Thierry, lui se lance à sa poursuite, il n'a qu'une seule et simple idée récupérer ce ballon très vite pour pouvoir reprendre aussi vite que possible la partie de football.

Il court, passe la porte d'entrée, s’élance dans la rue sans même regarder, traverse le trottoir et pose son premier pas sur la route, toujours obnubilé par ce ballon qui roule maintenant devant lui…

Après que dire, que dire que vous n'ayez pas compris, un camion arrive au même moment, ce routier est au volant de son camion, il roule comme tous les jours et là surgit devant lui un gosse, il arrive, il le voit mais il est trop tard, il aura beau freiner de toutes ses forces, écraser cette pédale au milieu des deux autres, rien n'y fera rien, le malheur arrive, il freine mais rien à faire il tamponne Thierry, il ne l'envoie pas en l'air non il l'écrase et le camion s'arrête, s'arrête trop tard mais trop tôt aussi.

La roue du camion est sur le bassin de Thierry, si mes souvenirs sont bons, c'est comme cela que Thierry a perdu sa jambe, par le fait que le camion se soit arrêté sur sa jambe, puis sur son bassin,
S’il l'avait percuté peut-être que Thierry aurait eu simplement la jambe cassée, je ne le sais pas mais, cette maudite roue a fait des ravages.

Thierry me dit que sa prothèse le brûle au niveau de son moignon et qu'il préfère ne pas la porter très souvent à cause de cela et c'est vrai que je le verrais rarement avec.

Et là, tout calmement Yannick me dit à son tour que si je sentais de mauvaises odeurs, il ne fallait pas hésiter à le dire à Thierry, je ne comprends pas et là Thierry remonte son pull et montre deux poches posées sur son ventre, une de chaque côté, une pour l'urine, une pour les matières fécales. Il me dit alors que lui-même, parfois, il ne les sent plus et qu’il fallait alors le prévenir.

Oui ce camion aura fait d'énormes ravages sur Thierry mais une chose est sur encore une fois comme je l'ai écris dans le blog, quand on est môme, on supporte tout, on accepte tout, lui il l'acceptait peut-être sans comprendre ou se rendre compte de ce qu'il avait sur le ventre et de cette jambe qui lui manquait.

Jeudi, un jeudi matin où on me laisse tranquille, une nouvelle journée commence, on me dit que je n'irai à l'école que cette après midi et j'en suis super content, je n'avais pas trop envie d'aller en classe.

Il me fallait une nouvelle fois affronter d'autres regards, ceux des autres enfants et surtout celui de la maîtresse et je redoute cet instant. J'ai une trouille comme un gosse qui se retrouve dans une nouvelle école et qui ne connais personne. Mais bon, c’est un peu le cas…

La matinée, je la passe une nouvelle fois seul à regarder de mon lit l'océan. L'heure du repas arrive très vite, trop vite mais voilà tout le monde est là à prendre son déjeuner et à discuter… ça parle, ça crie, il y a des disputes, enfin des petits mots qui partent de droite ou de gauche, comme dans tous les réfectoires sauf que là c'est une chambre.

L'heure arrive, le moment fatidique est là, je ne plaisante pas, croyez-moi…une fille de salle me prend dans ses bras et me dépose sur un lit à grandes roues je suis installé bien au milieu et on installe d'autres enfants autour de moi.

Direction les couloirs où l'on va prendre l'ascenseur pour aller dehors, l'air pur, je ne l'ai pas senti depuis mon arrivée, cela me fait du bien de sentir ce vent glisser sur mon visage mais c'est pas pour autant que je me sens mieux, j'ai toujours le trac.

Le jardin intérieur est magnifique, nous croisons des enfants, plein de gosses, les uns marchent difficilement, d'autres marchent aussi mais avec plus de peine encore car ils sont appareillés au niveau de leurs jambes de barres ou tubes en fer qui partent du haut de leur bassin pour rejoindre leurs chevilles. On dirait presque des jambes de robot, cela fait vraiment bizarre, certains ont pour avancer un déambulateur, ils marchent pas à pas, très, très lentement, leur démarche est décomposée comme au ralenti avec un boitement, un déhanchement qui leur donne l'attitude de quelqu'un qui va tomber ou trébucher. Je suis impressionné…


Nous arrivons en classe, on dépose certains des jeunes dans d’autres salles et bientôt on rentre mon lit à roulettes dans une classe où se trouvent d'autres lits et quelques tables, comme dans une vraie classe.

Tout le monde me regarde, tous les regards, comme je le redoutais, sont là à me dévisager mais le plus redoutable se situe la derrière ce bureau déposé sur une estrade
Une femme au visage abîmé par le temps, des lunettes posées sur son nez, des cheveux gris blancs, elle me regarde, je trouve drôle qu'elle ressemble à Tartine, un personnage de bande dessinée, une femme super forte qui règle les problèmes au fil de chaque page de la bande dessinée, oui elle lui ressemble trait pour trait mais elle me semble quand même beaucoup plus fragile, plus maigre, plus chétive.

Elle me demande mon nom, mon prénom, d'où je viens, depuis quand je suis arrivé au Centre et pourquoi je n'étais pas en cours ce matin.

Je suis sur qu'elle connaît les réponses à toutes ces questions, j’en suis persuadé mais elle cherche à me faire parler, je parle, je lui répond mais elle me fait répéter parce que je murmure et qu’elle ne m'entend pas. Je renouvelle mes réponses, je lui dis que je m'appelle Emmanuel que j'arrive de Tours et que j'habite Châteauroux, une ville située dans le centre de la France.

Elle me dit que je suis ici pour suivre une scolarité et essayer de tout faire pour m'empêcher de redoubler une année scolaire à cause de ma maladie, que la classe est de plusieurs niveaux et qu'elle s'occupe de nous tous en même temps, qu’elle donne aussi des cours à certains pendant que d'autres font des devoirs d'un autre niveau et la classe commence, enfin…

Je ne me souviens pas de tout, mais je sais que j'ai retrouvé très vite un livre de calcul que j'avais déjà en classe à Léon XIII, il était de couleur verte et les feuilles se détachaient au fur et à mesure que les cours avançaient. Il y avait les cours et les exercices d'application,
j'ai souri à retrouver ce livre parce que j'aimais ce genre de livre sans en être un vraiment… donc je pense que nous avons fait des mathématiques et ensuite du calcul mental où nous écrivions sur une ardoise les résultats, il fallait faire très vite.

Enfin la récréation arrive. Les enfants qui pouvaient marcher avaient encore une fois la chance de pouvoir sortir dans la cour. Là, assis sur mon lit avec d'autres je ne parlais pas, je ne faisais rien, je n'avais qu'une hâte que le temps défile très vite, et d'être enfin à l'heure de sortie d'école qui devait être 16H30.

Mais, la classe a repris et là le moment fatidique arrive quand Tartine, non pardon, Sœur Marguerite, c'était le prénom qu'elle avait, il est tellement gravé dans ma mémoire ce prénom… mais de toute ma vie quand je pense ou évoque cette maîtresse je l'appelle et l'appellerais toujours Tartine.
La maîtresse nous demande de prendre notre cahier de français, nous allons faire une dictée. Je suis décomposé, là j'ai eu un regard vers elle en la suppliant, en essayant par la pensée de la faire changer d'idée, j'aurai aimé avoir ce pouvoir à ce moment là, j'aurai aimé pouvoir l'hypnotiser et arrêter le temps pendant un instant et lui dicter autre chose que le mot dictée…
Mais je prends mon cahier tout neuf, je l'ouvre, je prends un des stylos qu'elle m'avait donné peu de temps avant et j'attends qu'elle commence, qu'elle nous donne le titre de cette maudite dictée.
Et voila, elle commence à parler, à répéter les phrases doucement puis un peu plus normalement, elle appuie bien la fin de chaque mot, elle fait bien les liaisons, elle parle, parle et ne s'arrête pas…enfin si à chaque point elle respire, à chaque virgule, elle marque un léger temps et reprend mais la dictée est dure, je remplis une page de mon cahier puis je vais à l'autre page. C'est pas possible, elle ne va pas s'arrêter de parler, de dicter, non, elle continue, mon stylo allait bientôt ne plus avoir d'encre, je n'aurais jamais assez de pages pour terminer ce texte qu'elle a devant les yeux, elle continue, elle parle, parle…

Enfin elle finit une phrase par un point final, je la regarde et là je l'aime d'un coup, je suis super content qu'elle ait fini, elle attend un peu, puis nous relit la dictée tranquillement, là j'écoute, je la regarde et je regarde tous les gosses, ils sont là installés la tête baissée sur leur feuille, les yeux rivés sur chaque mot qu'elle dicte l'un après l'autre. De temps en temps je fais comme tous le monde je regarde ma feuille pour faire comme eux, mais je la vois qui me regarde, je la vois qui m'observe et elle lit. Une fois qu'elle a fini de lire, elle nous conseille de relire tranquillement, tous chacun de notre côté, le texte et de corriger les fautes que nous aurions pu faire pendant la dictée.

Il n'y a pas un bruit dans la salle, pas un mot, on pourrait entendre le bruit des stylos tellement le calme règne dans la classe et tous ont les yeux sur leur feuille, tous, pas un seul n'a la tête en l'air, enfin tous, sauf moi, je regarde la classe, je regarde dehors, je regarde les dessins qui sont sur les murs et je regarde le vent qui fait bouger les quelques branches dehors.

Quelques instants après elle reprend la parole et nous demande si nous avons fini de relire et d'avoir surtout corrigé nos fautes et tous le monde répond oui.

Elle relit la dictée en épelant chaque mot important, chaque verbe de manière à ce que nous corrigions au fur et à mesure nos fautes à l’aide d’un stylo rouge.

Elle parle encore pendant un long moment et après avoir fait une légère pause, elle pose la question…

« Qui a fait dix fautes » quelques mains se lèvent et elle continue fâchée contre un ou deux élèves « Qui a fait neuf fautes » … puis huit et ainsi de suite et elle continue à dire que c'est pas bien et elle arrive à ceux qui en ont fait cinq, quatre et elle fait des remontrances sur certains élèves qui n'auraient pas du faire autant de fautes… je la regarde et moi dans mon coin, j'attends que cela passe, elle arrive à zéro et félicite ceux qui n'ont fait aucune faute, ils sont peu nombreux mais il y en a…

Puis elle nous explique que la dictée était très importante pour nous, que c'était le meilleur moyen de progresser, de maîtriser l’orthographe… puis d'un coup son regard se pose sur moi et là elle me dit et toi le nouveau je me rappelle pas t'avoir vu lever la main, tu as fait zéro fautes et la je répond non,
Là je me sens vraiment très mal, je la revois être en colère pour cinq ou six fautes et j'ai peur, je ne peux pas répondre de suite mais elle est là, me fixe, et soudain hausse le ton en me disant « je vais peut-être pouvoir savoir combien tu as fait de fautes »

Et là je lui réponds tranquillement en la regardant dans les yeux que j'avais fait… non je l'écrirais pas, non n'insistez pas, je le dirais pas même sous la torture, je ne vous dirais pas que j'avais fait plus de quarante fautes, je le sais, je n'ai aucune excuse et je ne chercherai même pas à me défendre en disant que cela faisait plusieurs mois que j'avais quitté l'école ; il est vrai que j'en faisais beaucoup moins d'habitude mais là quand même, cela faisait beaucoup…

Elle m’a regardé en me disant qu'il y aura du travail avec moi, enfin du travail… et puis ce n'était pas normal, elle m'a ridiculisé devant les autres, j'avais honte, je ne savais plus où me mettre, de toute manière je ne pouvais aller nulle part, mais d'un coup je l'ai haï, je l'ai détesté, je ne l'aimais pas et je ne remettrais jamais les pieds dans sa classe, quoique en y pensant je n'ai jamais mis les pieds dans sa classe.

J'ai attendu l'heure de sortie avec une haine en moi, une colère, je ne reviendrais pas dans sa classe.

Une fois rentré dans nos chambres, je suis dans une colère, je garde tout en moi, toute cette colère est enfermée en moi, si j'avais pu me lever et partir je l'aurais fait. Elle croit peut-être que cela va me motiver de m'avoir humilié devant tout le monde, non tant que les gens qui nous enseignent agiront comme ça, ils ne feront que nous dégoûter de l'école et là, c’est bien le cas.

Je ne parle pas, et tout le monde est au courant, on a beau être là, à ne pas pouvoir marcher, l'information, elle circule, et voilà, le nouveau est nul.

Je n'y retournerais pas, c’est sur, elle peut toujours courir, c’est impossible pour moi de retourner dans cette salle de cour.

La soirée a calmé ma colère même si en moi elle résonne sourdement encore.
Le lendemain matin, une fille de salle vient nous chercher, je refuse d'y aller, ha ! Non c’est impossible, alors elle essaye avec de belles paroles de me faire changer d'avis mais non je n'irai pas…
Des belles paroles, on est passé à un haussement de ton, d’autres personnes arrivent, elles tentent de me convaincre, elles me fâchent, je dis me fâche pour être polis mais je tiens bon.
Puis tout le monde baisse les bras et me laisse tranquille en me disant, ok pour ce matin, mais cet après midi, tu y vas…mais bien sur que je vais y aller, tu as raison toi…
Matinée tranquille, super tranquille, enfin l’heure du repas approche, mais le temps s’écoule et il faut aller en classe alors là je vous dis pas comment ils m'ont eu…

J'ai été pris par deux personnes qui m’ont attrapé et déposé sur le lit. Pas un mot, rien, je n'ai rien vu venir...

Je sais qu’ils m’ont eu, je ne râle même pas, je garde ma vengeance pour moi.
On arrive en cours naturellement, Tartine commence à nouveau à me mettre la honte en disant : « ce monsieur ne veut pas aller en cours, il en fait qu’à sa tête.» Je ne dis rien, pas un mot et d'ailleurs je ne ferais rien non plus.

Des mathématiques au français, rien de rien, je ne ferais rien.

J'attends le week-end avec impatience j'attends cette dernière matinée de cours et enfin revoir mes parents. Depuis leur départ, je n’ai aucune nouvelle, je suis là à Pen Bron dans le bâtiment Panckoucke au premier étage, nous faisons de jolis colibris, nous tous, nous incapable de marcher pour certains et pour d'autres une démarche un peu chancelante mais on a tous hâte de pouvoir voler comme les colibris, de prendre son envol et partir loin….

Depuis mon arrivée, je n'ai vu que les couloirs qui nous mènent en salle de cours, c’est pourtant immense ici, mais pour le moment, j'ai rien vu d'autre …

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Publié le par Emmanuel

On était au courant parce que quand nous faisions trop de bruit, les filles de salle nous avaient expliqué qui se trouvait derrière ces vitres et pourquoi, alors l'après midi, c’est vrai que nous étions calmes, très calmes.
Je me souviens que Robert avait demandé à un des gosses d'aller gratter cette peinture présente sur les vitres pour que l'on essaye de la voir.
Moi je l'ai vu un an après, mon lit était juste derrière elle, je l'ai vu, elle avait autour du cou comme un collier de trombones et un tuyau dans la gorge, je l'ai vu et j'ai vite retiré mes yeux de la vitre. Elle avait de très beaux cheveux longs et bouclés.
Un soir en jouant avec notre jeu du rouleau de papier toilette, Thierry a lancé tellement fort en direction de Robert qu'il n'a pu le rattraper et a frappé la vitre.
Un bruit énorme dans nos têtes a résonné et là tous les trois, nous nous sommes calmés, nous avions tous les trois peur qu'elle se soit réveillée et qu'elle vienne dans notre chambre.
Quelques années plus tard, je me rappelle avoir raconté ce moment et me dire comment j'aurai aimé qu'elle se réveille, du à notre bruit, à notre jeu bête, oui, j'aurai vraiment aimé.
Je ne sais qu'une chose, c’est que l'année suivante à ce que j'écris, je l'ai vu et que c’est la dernière fois que j'ai entendu parler de la jeune fille d'à côté de notre chambre.
Je me suis toujours dit qu'elle s'était réveillée, que sa mère avait retrouvé le sourire mais j'ai peur d'avoir malheureusement tort.


Les jours qui passent se ressemblent , les week-ends aussi, mes parents arrivaient le samedi, partaient et revenaient le dimanche.
Je me souviens que mon père, souvent installé au bout de mon lit, levait légèrement mes poids et que par magie ma jambe remontait toute seule, le moindre mouvement sur mes tractions je le sentais, c’est fou la sensation que cela me faisait.
Ces tractions, si je me souviens bien ou plutôt si j'ai bien compris, servaient à décoller ma tête de fémur du bassin, quelque chose comme ça...
24 décembre 1974 enfin, enfin, j'ai l'autorisation de sortir de l'hôpital pour passer Noël chez moi. Cela fait maintenant 18 jours que je suis attaché à ces poids, je vais pouvoir être libre.
Fin de matinée, le kiné arrive et là je me retrouve libéré, je vous dis pas comment ça arrache. Les sparadrap collés à mes jambes font que je suis sale, c’est tout noir la dessous et j'ai les marques même des trous du collant, ça fait un effet...
Je me souviens que l'on m'avait dit que j'aurais le droit de marcher un peu, juste un peu, donc, moi le petit "Manu" que j'étais alors, n'a pas attendu de savoir s'il avait le droit ou pas ! En cachette, une fois que tout le monde est sorti, j'ai eu qu'une envie, marcher !
Une grande question dans ma tête, est-ce que je saurais toujours marcher, quelque part j'avais la peur de ne plus savoir, j'avais peur de devoir réapprendre à marcher.
Alors je me suis lancé, j'ai laissé mon petit corps de gosse glisser le long du lit tout en me tenant bien. Mes jambes ont touché le sol, une sensation de fourmillement m’a prise, je me suis appuyé sur mes deux jambes et ai commencé à marcher.
D'un premier pas, j'en ai fait un second, j'avais l’impression de descendre une pente, de marcher en descendant un chemin de montagne, je dirais.
Là, j'ai eu peur et j'ai "bondi" dans mon lit.
En début d'après midi ma tante et mon oncle sont venus me chercher, la route ne m’a pas paru longue.
Je suis arrivé devant chez moi où tout le monde m'attendait, tous avec un sourire, j'étais heureux c’est vrai de rentrer chez moi après ces jours d'hospitalisation, heureux de me sentir ici, là sur cette banquette dans le salon. Là j'ai fait la découverte du cadeau qui avait été fait à mon frère, une chienne papillon, toute petite, ma mère me l’a apportée et me l’a déposée sur les jambes, j'ai voulu la caresser et madame enfin mademoiselle, c’est empressée de me faire dessus, ce qui a mis un terme à une longue amitié qui aurait pu naître.
Faut dire que je préfère les chats, c’est doux, ça ronronne, c’est câlin !
La soirée c’est super bien passée, j'étais heureux, en plus installé comme un roi devant la télévision, il faut dire que ça me manquait aussi ce petit écran.
Ma tante a eu la merveilleuse idée de m'emmener à la crèche vivante à une quarantaine de km de chez moi, je venais de faire dans l'après midi 140 km de route, couché et là on recommençait, non mais franchement !
Partir pour arriver à la nuit, voir une foule de personnes marcher vers une église, accompagnée de bergers, de moutons, d'ânes...
Nous sommes rentrés tranquillement et là une fois couché des démangeaisons dans les jambes m'ont prises mais à ne plus s'arrêter, j'en hurlais, je me grattais, je n'arrêtais pas, j'avais les jambes gonflées. Après des appels à l'hôpital, au médecin et aux pharmacies de garde, j'ai du m'endormir avec une crème sur les jambes et quelques comprimés.
Je ne parlerais pas des cadeaux de Noël, je ne m'en souviens pas, il devait y en avoir beaucoup mais tout ce que je sais, c’est que le plus beau cadeau que j'avais eu, c'était de sortir de l'hôpital.
Le 26 décembre 1974, retour à l'hôpital...
Nous sommes passés voir un de mes copains parce que c'était l'un des seuls à prendre de mes nouvelles et avec lui, tout gosse on rêvait de devenir cuisinier ou archéologue... des rêves de mômes...Ensuite, nous avons repris la route de Tours, oui demain matin, je vais au bloc pour l'opération, la première pour mes jambes et cela ne sera pas la dernière, croyez moi, là souvre un long chemin et le début des opérations.
J'ai retrouvé la même place, dans la même chambre, mes deux potes sont eux aussi rentrés dans la journée.
Une fille de salle vient me voir, m'embrasse, me souhaite un bon Noël et m'offre un petit paquet.
Tous les enfants de l'hôpital ont eu la même chose, un père noël en chocolat, quelques pâtes de fruits et une maquette, si je me trompe pas.
La soirée arrive à grand pas et là pas de chance, pour moi juste une soupe, une toute petite soupe et un yaourt, ce n’est pas grand-chose, il faudra faire avec.
Juste après le repas une infirmière arrive avec sa table roulante remplie d'accessoires, là elle me demande de me déshabiller et elle s'installe près de moi, elle est munie d'un rasoir et me rase, elle a passé le rasoir partout, du torse jusqu'a mes chevilles...
Ensuite elle me donne un produit et me conduit à la douche et là, un bain et une douche, deux douches avec ce produit marron qui sent mauvais, mais vraiment une odeur ! la betadine.
Elle m'enroule dans un drap antiseptique bleu, me prend dans ses bras et m'emmène dans mon lit et là, on recommence avec un pince où elle a accroché au bout un coton rempli de betadine, elle passe et repasse le coton, je suis marron non, non, j'ai pas pris le soleil, mais je suis d'une couleur atroce, marron rouille.
Ce soir là je n’ai pas trop dormi, pourtant il m'avait donné un médicament, mais j'ai tourné et tourné toute la nuit. Au matin, un peu plus tôt que d'habitude, l'infirmière du matin vient, me réveille et me dit qu'elle a encore quelques soins à me faire. A nouveau, la bétadine !
Je suis pas trop fier quand elle prend une seringue, je vous dis même pas la taille de la seringue, mais là où je commence à flipper le plus, c’est quand je vois la taille de l'aiguille. C’est pas possible plus long, elle rentre pas dans la pièce ou alors faut faire un convoi exceptionnel !
Un petit coup de coton, elle me pique, une douleur immense m'envahit le bassin ; j'ai l'impression qu'elle a traversé mon corps et que l'aiguille a touché le matelas tellement elle m’a fait mal, c’est dingue ça, pour pas avoir mal on commence par vous faire mal…puis elle m'a dit, décontracte toi, ça je l'étais, oui, pour être décontracté, tout était mis en oeuvre et j'ai senti le liquide me pénétrer doucement mais avec une violence aussi forte que cette fichue aiguille,
J'avais l'impression qu'elle n'allait jamais s'arrêter.
Il parait que le liquide est gras et qu'il peine à rentrer, c’est la raison pour laquelle elle y va doucement mais je peux vous dire que pour être épais, oui, il doit l'être.
Enfin elle retire l'aiguille mais j'ai toujours l'impression de l'avoir, ce n’est pas possible, elle a oublié un truc en moi, j'ai mal et quelques larmes ont encore coulées le long de mes joues.
Je bouge ma jambe pour écarter cette raideur, mais rien, au contraire plus je la bougeais plus j'avais mal.
Il me restait à attendre que l'on vienne me chercher.
Mes potes étaient réveillés et prenaient leurs déjeuners tranquilles devant moi. Ils ne manquaient pas d'air quand même manger devant moi, moi qui n'avais pas le droit, et la solidarité, non ne vous croyez pas ! Thierry est venu me parler un peu. A Noël, il avait eu un jeu d'échecs, il m’a proposé de jouer et comme je ne savais pas, il m'a appris à déplacer les pièces une par une.
Il y a une chose qui me fait sourir , c’est qu'apprendre les échecs enfin apprendre c’est vite dit, un matin d'opération, je pense que nous sommes peu à l' avoir fait avant de franchir ces grandes portes et d'entrer dans le bloc opératoire !
J'ai juste eu le temps de comprendre un peu, puis on est venu me chercher. On m’a emmené avec mon lit et là j'ai traversé le couloir sur toute sa longueur, traversé le côté des filles ! Même pas eu le temps de m'arrêter faire connaissance, car direction les deux portes du fond.
A l'entrée, c'était bien marqué passage interdit bloc opératoire, nous on avait des laissez-passer !
Alors sur ma gauche, bloc B et un petit peu plus loin bloc A.
Le bloc B, j'aurais le temps de le connaître plus tard.
Le bloc A, c'est une immense salle, énorme avec une table d'opéation en plein milieu, surplombé d'un immense spot qui éclairait très bien, je crois bien que l'on aurait pu éclairer un stade avec, non je plaisante !
On m'installe sur la table d'opération et une personne, une femme masquée est venue me parler et en même temps m'installer sur le dessus de la main une aiguille munie d'un petit tuyau.
Bon sur le dessus de la main, ça picotait quand même pas mal quand elle m'a introduit l'aiguille mais je préfère cela à la précédente piqûre.
Elle m'a installé un petit oreiller sous ma tête, une petite forme de boudin, je n’étais pas trop mal installé, un peu dur le matelas, mon petit corps de gosse recouvert d'une nuisette bleue ouverte et d'un drap, enfin il ne faisait pas chaud du tout.
Là, elle m'a parlé, m’a demandé de compter à partir de dix en reculant et c’est parti, je n'ai pas eu le temps de finir que j'ai senti une drôle de sensation, mes yeux voulaient se fermer et moi j'essayais de résister.Elle m’a dit, laisse toi aller, et de toute manière j'ai rien pu faire d'autre, quelques secondes après, je me suis réveillé malade à vomir et des douleurs atroces dans mon bassin.
Bon mince alors, ce n’est pas quelques secondes après, vu qu'il parait qu'elle a duré plus de sept heures l'opération, il devait y avoir de gros travaux à faire dedans !
Enfin tout ce que je retiens, c’est que pour moi cela a duré une seconde, même pas rêvé, rien, mais là maintenant un cauchemar, des douleurs, des vomissements incroyables et j'avais soif, c’est fou, il m'a fallu attendre je ne sais plus combien de temps avant que l'on porte un gant de toilette humide sur mes lèvres.
Je me rappelle l'avoir serré entre mes dents pour aspirer le peu d'eau qui s’y trouvait. J'ai été malade toute la nuit qui a suivi et les douleurs n'ont jamais cessées.
Au matin, j'ai découvert mon corps, j'ai relevé les draps, j'ai vue d'énormes pansements d'où sortaient sur chaque cuisse des tuyaux où du sang se trouvait.
Oui, ce matin un peu vaseux, il faut dire que j'ai passé un temps fou à vomir, toute la nuit, malgré les médicaments, je n’ai pas arrêté, il faut dire qu’ils n’avaient pas le temps d'agir vu que je les rendais aussitôt...
Cela va mal, mais ça passe, enfin je le dis vite parce que dès le moindre mouvement du bassin tout se réveille et j'ose même pas bouger mes jambes, ni les plier...
La matinée se passe, je dors, je me réveille, je suis un peu encore sous l'effet de l'anesthésie.

En milieu de matinée, l'infirmière arrive pour les premiers soins, une table remplie d'instruments. Bon, c’est reparti ou plutôt c’est parti avant c'était supportable !
On va commencer à toucher les plaies... J’ai peur parce que je ne sais pas encore ce qui va m'arriver.
Elle me demande de me mettre sur le côté avec gentillesse mais bon déjà que je peux à peine bouger alors me mettre sur le côté, elle plaisante ou quoi !

Bon, elle m'aide à me tourner j'ai mal et la peur ne fait qu'empirer les choses. Déjà les plaies me font mal mais en plus les tuyaux enfin les drains me causent plus de soucis, ce truc vivement qu'ils m'enlèvent ça.
L'infirmière avec délicatesse défait les pansements très, très doucement. Ils sont remplis de sang et collés donc elle fait attention.
De toutes mes interventions, jamais je ne pourrais dire qu'elles n'ont pas fait attention à ne pas me faire mal, elles seront, opérations après opérations, toutes gentilles et méticuleuses même s’il m'est arrivé de me prendre la tête une fois avec l'une d'elles, elles seront toutes prévenantes avec moi.
Voila la plaie est à l'air, c’est bizarre, je sens que plus rien ne la protège, j'ai l'impression que c’est frais dessus.

Avec un ciseau où elle a inséré au bout une compresse, elle glisse sur ma cicatrice et là un bien fou, c’est doux, c’est frais, ça fait un bien incroyable.
Le reflex que j'ai eu et que j'aurais toujours à chaque pansement, c’est de regarder ma plaie, de regarder à chaque fois comment c’est.
Faut dire que c’est pas joli quand même, des fils, il y en a un paquet, je peux vous le dire, cela part du haut de mon bassin pour descendre jusqu'à côté de mon genou, ça fait un sacré bout de chemin quand même.
Elle s'occupe de moi rapidement parce que ma position n'est quand même pas idéale, même si elle m’a bloqué avec des coussins, je commence à peiner et j'ai encore l'autre jambe à faire.
Bon voila, tout est fait, avec joie je me retrouve allongé et frais j'ai, l'impression que je revis, c’est fou, bon cela vaut pas une bonne douche mais c’est déjà ça.
Des douches, suis pas près d'en prendre une, croyez moi !
J’ai faim, j'ai une faim, c’est fou et c’est bientôt l'heure du repas, je sais plus ce qui se trouvait sur le plateau, mais je sais une chose, j'ai tout mangé avec plaisir, j'ai rien laissé.
En début d'après-midi, juste avant la sieste, une fille de salle est venue me passer une huile sur les talons, j'avais des fourmillements et elle m'a passé de la lotion sur le dos, cela m'a fait un bien fou. J'étais mal à force de rester allongé sur le dos et pour éviter les escarres, j'aurais droit à ce massage assez régulièrement.
Je n’ai jamais eu d'escarres, tant mieux et je n’aurais jamais d'oscar tant pis !
Les jours ont passé tranquillement, tout se déroulait bien, je ressentais doucement mon bassin même si par moment c'était pas encore ça, tout allait bien.
Le troisième ou quatrième jour, au matin, l'infirmière m’a dit les drains ne donnent plus rien, on va les enlever alors là, alors là, j'étais content et c’est pas peu dire croyez moi ! Alors elle me dis, c’est parti, j'inspire à fond et là une douleur violente me déchire la cuisse et me remonte jusqu'au cœur, des sueurs sur mon front sont apparues, j'ai jamais eu de ma vie aussi mal qu’à ce moment là, c’est fou, j'ai l'impression qu'elle a mis sa main à l'intérieur de ma poitrine et qu'elle m’a arraché le coeur et déchiré en même temps tout l'intérieur de ma cuisse.
J'ai hurlé, simplement hurlé, on m'a entendu dans tout le couloir.
Elle m'a dit de respirer calmement et avec une compresse a épongé le sang qui coulait de ce trou, une longueur de tuyau incroyable qu'elle venait alors de retirer de ma cuisse.
Elle a refait le pansement de ma jambe pour m'installer sur l'autre côté et s'occuper de mon autre jambe.
Elle a tout refait comme j'ai écrit avant, même système pour le second drain, mais là je savais la douleur que j'avais eu, je savais que c'était repartis pour la même chose.
Au moment où j'ai pris mon inspiration, je me suis tellement contracté que la douleur était encore plus forte , encore plus violente, je sais pas si c’est parce que je savais mais je peux vous dire que des larmes ont coulé, quand elle a eu fini, des larmes de douleurs en même temps que des larmes de soulagement se mêlaient les unes aux autres.
Parce que c'était fini, je n'avais plus ces maudits tuyaux et pour moi je pensais que je ne pouvais pas avoir des douleurs aussi importantes maintenant.
Voila le retour du bassin, cela fait depuis l'opération, donc je dirais quatre jours, je battrais mon record de bassin bien plus tard puisque je ferais toujours tout pour ne pas y aller...Record à battre 15 jours !
Alors comment faire pour ne pas aller au bassin sans éveiller les soupons, tous les matins et tous les soirs, l’infirmière vous demande si vous avez été au bassin, pas dur, à un moment vous dites oui, elle vous répond, c’est pas marqué sur la fiche et vous, et bien , elle a du oublié ! Cela a marché à chaque fois !
Donc le bassin, je demande à l'avoir, mais là mes fils sont justes posés dessus sur le bord, ça fait mal, mais en plus le bassin me fait mal lui aussi.
Les journées s'écoulaient doucement et avec mes potes, les jeux et rigolades étaient revenus à notre chambrée.


Et voila le jour des fils qui arrivent, ce matin l'infirmière m'a dit qu'on enlevait tout.
Elle m'installe, donc je ne vous redis pas comment, vous le savez.
Et là, c’est parti, je redoute un peu, je repense au drain, elle me rassure et commence par le premier, le deuxième et là un bien fou, ça gratte et elle gratte là juste là sans que je lui dise, c’est là qu‘elle pose sa lame, ça fait un bien fou.
De temps en temps, un fil est sous la peau et ça fait un peu mal mais je suis bien, si je me rappelle bien, je crois que j'avais entre 50 à 60 points par jambes.
Elle a nettoyé tout cela et m'a remis un pansement, j'étais bien et soulagé, ce n'était pas beau, ma cicatrice était très gonflée, c'était moche, mais tant pis

Nous entendions tous parler d'un centre de rééducation spécialisé près de Guérande, il s'appelait Pen Bron, on devait tous les trois y aller mais pour l'instant ce n'était que des paroles.
On m'a demandé si je voulais y aller et moi je n’avais pas envie même si mes copains s'y rendaient. Je voulais pas, c'était très loin de chez moi, trop loin

Voila, Thierry est parti dans le centre de Pen Bron, un vide s’est installé dans notre chambre.
C’est morose, on a l'impression de l'avoir perdu et en même temps notre bonne humeur.
Les jours passent, ils deviennent de plus en plus longs, nous voyons de dehors que le temps gris et la pluie tomber.
Nous sommes au chaud dans notre lit, plein de personnes rêvent de rester au lit le matin, de faire la grasse matinée, plus moi et pourtant j'aimais mon lit, j'aimais le soir aller me coucher, ouvrir discrètement les volets de ma chambre en pleine nuit et appeler ma chatte, Sophie, oui drôle de nom, je sais.
Parfois elle était trempée mais tant pis je l'appelais et elle bondissait sur le mur, le longeait de tout son long et venait d'un bon sur le bord de ma fenêtre.
Je la laissais vadrouiller et venir me rejoindre dans mon lit, elle s'enfonçait au fond du lit contre mes pieds, et elle me tenait chaud. Le matin, je me réveillais, elle était juste là, sur le traversin collée à ma tête. Comme ces moments là me semblent si importants maintenant, c’est fou j'aimerai pouvoir la caresser, l'entendre ronronner.
Parfois je repense à ma grand-mère et elle me manque, je me dis que jamais elle ne m’aurait pas laissé partir dans cet hôpital, mais je sais que, non elle, elle aurait vu depuis longtemps que j'avais un problème.
J'étais petit, chétif, je n'arrêtais pas de courir, de faire du vélo et de me prendre pour les plus grands joueur de la planète.
Et voila le résultat, au fond de mon lit, je ne bouge plus et je crois que jamais je ne recommencerais à faire un sport, à rêver à tout cela.
Bientôt, je vais partir pour le Centre de Pen Bron, j'ai peur d'affronter cela et encore j'ai de la chance, on m'a promis que je serais dans la même chambre que Thierry.

Voila, demain je pars ; toutes les filles de salle, les infirmières viennent m'embrasser, me dire au revoir.
Quand je pense que j'ai pleuré en arrivant ici, je pleure à mon départ, c’est dingue, mais voilà durant le temps passé ici, je n'ai jamais été mal traité, je me suis fait gronder une fois, la fois où j'ai fait dans le bassin pour la première fois et que j'avais peur, mais bon c’est tout ce qui c’est passé de mal.
Donc, je tenais à dire une chose à tous les parents et enfants qui ont ou qui fréquenteront l'hôpital de Clocheville pour enfants à Tours, tout se passera bien.

Mon arrivée au Centre marin de Pen Bron

C’est le départ.
De Tours nous prenons la direction du Centre marin de Pen Bron et pour moi encore une nouvelle épreuve, la découverte d'un nouveau lieu, de nouvelles personnes, je dois faire avec, je dois composer et m'y faire.
La route, toujours la route, depuis tout gosse je suis malade en voiture, alors partir dans une ambulance la tête en arrière n'est pas fait pour arranger les choses.
Comme d'habitude je vais essayer pendant un très long moment de ne rien dire, de me retenir mais je ne tiendrais pas plus…
Une fois que la guerre est déclarée avec ce mal des transports, je ne peux plus me contrôler, ni me retenir, et là le calvaire commence, que ce soit pour moi ou pour ma mère assise à mes cotés à me tenir le haricot … Je n'ai qu'une hâte que l'on arrive enfin.
Je veux que cette ambulance arrive au plus vite, ce n'est pas tant que j'ai hâte d'arriver à Pen Bron mais c'est surtout pour ne plus ressentir ce mal être qui me donne un mal au coeur mais pourquoi au cœur.
Tout ce que je n'ai pas vu de la beauté du site en arrivant, je le découvrirais un peu plus tard, nous avons traversé la dernière ville avant le terminus…
Guérande, à travers le peu de vue possible des glaces de l'ambulance, j'ai découvert de magnifiques remparts mais très peu de tout ce que j'ai pu y découvrir par la suite.
Nous avons emprunté une petite route où nous avons longé des marais salants, traversé une magnifique forêt de pins et… là au bout de la route, sur la gauche nous avons pénétré dans un site immense.
Nous y voilà, nous sommes arrivés à Pen Bron.
Une façade magnifique, style château renaissance si je peux dire, un parc immense et vert s'étend juste devant ce bâtiment.
Juste derrière, je ne le vois pas encore mais je le découvrirais, l'océan oui l'océan…
Pen Bron est posé là juste là, près de l'océan, à quelques pas de l'océan, enfin pour moi, je crois que je ne peux à ce moment parler de quelques pas mais, ce qui est sur, c'est cet océan à portée de mes yeux d'enfant.
Je n'ai que dix ans.
L'océan, la seule et unique fois que je l'ai vu, je n’avais pas trois ans. Tout ce dont je me souviens, c’est une canadienne orange, là installée sur un terrain et devant, devant mes yeux l’océan…

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Publié le par Emmanuel

Mon histoire, ce lien avec Pen Bron, remonte à il y a beaucoup années où une maladie a perturbé la suite logique de ma vie, mais même encore maintenant je ne peux pas dire si elle m'a vraiment perturbée, non je ne pense pas, ma vie a pris un autre chemin
Nous avons tous plus ou moins des épreuves à traverser dans la vie, des moments difficiles, mais nous ne pouvons qu'avancer et faire avec et j'ai fait avec. Pen Bron, il est sur que pour beaucoup de vacanciers se promenant sur le port du Croisic par de belles journées ensoleillées, ce cadre est agréable, mais très peu de ces personnes en découvrant la vue magnifique de ce château ne savent ou ne peuvent imaginer toute l'histoire qui se cache derrière ces murs.
Ce que j'aimerai vous faire découvrir a travers ce livre, ce sont tous les instants qu'un enfant, que malheureusement beaucoup trop d'enfants, ont pu y vivre. Et cela depuis de nombreuses années.
La vie nous réserve de bien tristes moments que ce soit du à la maladie ou à un accident, il nous faut ainsi qu'aux familles qui nous entourent, les subir.
D'ailleurs ce que je retiendrais de mon histoire, c'est qu'il est parfois beaucoup plus facile de vivre ces moments enfant, oui enfant, on accepte, on gère certainement beaucoup mieux qu'adulte, oui, j'en suis persuadé.

Comme je l'ai écrit une partie de ma vie s’est déroulée dans ce centre ; mais si je tiens à en parler aujourd'hui, presque trente cinq ans plus tard, c'est que depuis que je l'ai quitté, il est toujours resté en moi, bien profondément en moi, j'y ai encore des souvenirs comme vous pourrez le lire à travers ces lignes.

Mais, il est question de fermer ou de diminuer le nombre de lits dans ce centre, ou de plus y avoir de rééducation infantile ce que je trouve inadmissible.
Il nous faut alors réagir comme je vais essayer de le faire, avec vous, réagir parce qu'il est impossible de vouloir déplacer de cet endroit des enfants où tout est mis en oeuvre pour que la rééducation de ces jeunes soit pleinement réussie. Bien sur que ce soit ici ou ailleurs, il est question de Nantes ou Saint-Nazaire et je n'ai rien contre ces deux villes bien sur…
Mais regardez les photos du site, regardez la beauté qui entoure ce centre, admirez et vous comprendrez que pour les personnes vivant un traumatisme, il n'y a rien de mieux que de vivre là, au bord de l'océan, un site entouré de forêts de pins, de dunes de sable, de magnifiques décors entourant, protégeant finalement cet endroit.

Je tiens à remercier le directeur du Centre, Monsieur Moutet qui, à la suite d'un mail, m’a permis de venir au centre, de refaire une partie de ce passé d’enfant, de redécouvrir l'intérieur du Centre, de pouvoir revivre des instants…
Je le remercie de cette attention qui m’a permis de visiter le Centre de Pen Bron en compagnie de Madame Guihard, le lundi 15juin 2009.

Monsieur le Directeur, vous ne pouviez pas mieux choisir pour me faire redécouvrir ces moments si importants pour moi, Madame Guihard a été d'une gentillesse si naturelle, nous avons ensemble parcouru les couloirs, elle a été à l’écoute des moments importants de ma vie, ensemble nous avons parlé de Pen Bron, ensemble nous avons partagé des mots qui parfois m'ont donné des larmes, mais des larmes d'émotion, des larmes de joie, des larmes de plaisir, alors oui merci à vous, merci de ce que vous faites pour tous ces enfants, merci pour eux.
Je sais que depuis quelques années le Centre accueille aussi des adultes, moi j'en suis resté aux enfants et je soutiendrais du plus profond de moi la continuité de la vie de ce Centre, pour eux .

Maintenant au fil de ces pages, je vous parlerais du Centre de Pen Bron et de mon histoire j'espère que cela vous fera réagir et prendre conscience de l’importance de ce Centre pour la convalescence, la guérison des enfants de la région, ou de plus loin.


N’oubliez surtout pas que la maladie, l'accident, le handicap n'arrive pas qu'aux autres et quand cela arrive, il vous faut pouvoir accepter, comprendre et guérir et bien souvent la guérison ne se réalise que bien des années plus tard. Il y a la guérison physique mais aussi et je dirais surtout la guérison psychique.
Merci de votre attention

J’ai pu retrouver le Centre de Pen Bron, le 15 juin dernier, et là j'ai eu la chance de pouvoir gravir les marches et entrer dans le Centre, m’y déplacer debout, trente cinq ans plus tard, dans ce centre où enfant je n'avais jamais posé le pied par terre. Cela m’a permis de faire un retour sur moi, d'effectuer une boucle importante. Pour cela, j'ai envoyé un mail au centre en expliquant mes motivations.

Ce centre doit poursuivre son œuvre encore longtemps car depuis quelques années, s’opère progressivement un déplacement des personnes en rééducation, et notamment les enfants.

Le Centre marin de Pen Bron doit continuer son œuvre, pour les enfants comme pour les adultes, il est aussi nécessaire de préserver ce lieu, ce petit bout de presqu’île entre terre et mer, témoin d’instants de vie, de guérison, de douleur aussi, mais qui reste ancré dans nos mémoires d’enfants.

Ce site, comme vous l'avez compris est un hommage et au Centre et à tous les enfants de Pen Bron, vous, moi et bien d'autres…Il se veut aussi un site d’information sur Pen Bron et sa région, sur le handicap…peut-être plus simplement, être un fil entre hier et aujourd’hui, entre l’enfance et un retour sur soi, un retour vers un lieu qui a laissé en nous une empreinte sûrement différente pour chacun ou chacune, un lieu qui a beaucoup évolué ces trente dernières années.

Car, nous, les enfants de Pen Bron, nous venions de diverses régions, et si ces quelques pages vous ont touchées, le but que nous nous étions fixé est atteint.

tout peut arriver à n'importe qui et surtout n'importe quand, personne, non personne n'est à l'abri d'une maladie ou d'un accident.

Cela vous arrive et bien souvent la première, la seule question que l'on se pose, c'est pourquoi moi, pourquoi moi, qu'ai je fait pour mériter ce calvaire.

Rien vous n'avez rien fait, c’est comme ça. Cela aurait pu arriver au voisin, mais non c’est à vous que cela arrive, mais si c'était arrivé au voisin, il se serait posé la même question et vous, vous l'auriez plaint en vous disant, le pauvre, quel malheur arrive chez eux.


Pour moi, c’est arrivé et alors ! Je ne cherche pas pourquoi, c’est sur moi que c’est tombé, point final ! On fait et on vit avec, pas le choix…

Quand j'étais gosse, je n'étais pas bien épais, pas bien grand, un petit gosse tout frêle qui aimait la vie, bouger, courir.

J’avais une passion déjà tout gosse, le sport, j'adorais le sport, tous les sports.

Je montais sur un vélo, je me prenais pour Pingeon, Poulidor, je pédalais, pédalais sans arrêt. Je me faisais mon tour de France, je m'imaginais escalader les cols, finir une course dans un sprint effréné en regardant derrière moi si l'autre coureur imaginaire ne me rattraperait pas avant la ligne d'arrivée.

Si je jouais au ballon, c'était la même chose, je m'imaginais être le gardien de but, George Carnus, Barathely… Je plongeais sur les ballons pour arrêter le but qui nous aurait fait perdre le match. Bien souvent aussi le long du trottoir, je faisais la course à pied, je courrais à toute vitesse contre les voitures, j'essayais d'aller le plus loin possible avant que celles-ci ne me dépassent.

Voila et moi le gosse tout frêle, j'aimais ces moments, jamais je ne pouvais rester sans bouger. J'adorais le sport, d'ailleurs tout gamin, j'ai fait du rugby, oui je me suis régalé à plaquer les joueurs, à vivre des moments intenses…

Par contre à l'école, je ne suis pas une flèche mais je me tiens pas trop mal quand même.
En 1974, mes parents m'ont fait redoubler une année, je me suis donc retrouvé avec de nouveaux copains et naturellement de nouvelles copines.
Un soir, je me rappelle un samedi soir, je pars avec ma tante voir un film Le Poséidon, un film magnifique qui reste dans ma mémoire pour plusieurs raisons.
Donc ce soir là, arrive la fin du film et tout le monde se lève, j'en fais autant et d'un coup blocage, je me rassois et ne peux plus bouger.
Mon oncle sera obligé de me porter.
Le lendemain matin, plus rien, je peux marcher, bouger mais avec des douleurs assez importantes.
Quelques jours plus tard, mon médecin me fait passer des radios, c'est grave, mais moi je ne me rends pas compte du tout, j'ai mal, mais ça passe !
Un rendez-vous est pris d'urgence dans un hôpital pour enfants, mais des grèves font que le courrier de mon médecin met un temps fou à arriver. J'ai eu de la chance que le fils de celui-ci soit en études de médecine et j'ai enfin eu mon rendez vous.

Nous sommes le 5 décembre 1974, après être partis très tôt de Châteauroux, nous arrivons enfin à Tours, à l'hôpital Clocheville pour enfants.
Nous entrons dans une salle d'attente immense remplie d'enfants plâtrés, dans des fauteuils roulants, il y en a partout.

Plusieurs heures passent.
La secrétaire nous appelle, le Professeur Glorion nous reçoit et annonce à mes parents que le plus urgent est qu'il me faut être en élongation pendant plusieurs jours, sans bouger, ni marcher avant de subir une intervention chirurgicale des deux hanches qui me clouera au lit pendant de très long mois.
Il demande si je suis d'accord pour entrer à l'hôpital dès le lendemain, et ma mère répond oui de suite, mais celui-ci se tourne vers elle et lui dit : "Madame, c'est à votre fils que je le demande".
J’ai dit oui sans savoir, sans peut être avoir compris ce qui allait m'arriver.
Le retour c'est fait sans un mot. Arrivé à la maison, tout le monde a pris soin de moi.


La journée s’est déroulée très vite, il devenait important pour moi de ne plus rien faire, il fallait que je réduise mes marches, ne pas sortir, ne pas courir, ni même faire du vélo.
Dès que je voulais faire quelque chose, c'était : "Non, tu ne crois pas que tu n’es pas assez malade pour en rajouter"…
Pourtant, ce n'est pas un après midi de liberté qui allait tout aggraver, non je ne pense pas, pour moi le mal était déjà fait.

On n'était quand même pas à quelques tours à vélo ou une simple promenade.
Le lendemain matin de très bonne heure, nous avons repris la route en direction de Tours. Je ne disais pas grand-chose, mais en moi ça bouillonnait, je me posais plein de questions auxquelles d'ailleurs je n'ai jamais eu de réponses.
Moi qui étais très souvent malade en voiture, j'avais en plus la trouille au ventre, nous sommes arrivés à l'hôpital, mes parents ont du remplir des documents puis ils m'ont emmené dans le service. Et là de suite des infirmières souriantes et des femmes de salle se sont occupées de moi.
Mes parents m'ont embrassé et sont partis.
Tout seul, je me suis retrouvé devant un kiné immense, c'est dingue, un monstre, un colosse. Il m'a dit : "tu sais pas, va aux toilettes, profite!".
J'ai pas compris de suite ce qu'il voulait dire, mais quand je me suis allongé sur le lit et qu'il a commencé à me mettre des longueurs de sparadrap le long des jambes, à glisser des cordes, là j'ai cru comprendre que le sol, je n'étais pas près d'y remettre les pieds, et là je me suis mis à pleurer, du jeudi jusqu'au samedi, mes larmes n'ont pas cessé de couler.
Dans une chambre de six gosses, j'étais le nouveau.
J'ai appris à faire mes besoins dans un bassin, bon là je rigole, mais c'est pas drôle du tout, car tant que je suis couché, je fais tout pour ne pas y aller sur ce maudit bassin.
Je souris encore tout seul, en me remémorant cela !
Le réveil se faisait à six heures trente, mais de toute manière pour dormir, ce n'était pas simple vu que la lumière éclairait les couloirs la nuit entière, donc très souvent je sursautais , et restais à me demander si je ne rêvais pas, si j'étais bien là, bien dans cet hôpital à plus de cent trente kilomètres de chez moi.
Quelques fois, je me réveillais brusquement car mes tractions s'étaient emmêlées les unes dans les autres, ce qui faisait que je ne savais même plus dans quel sens je devais les tourner pour me remettre correctement.

Mes parents sont là, je les vois arriver, je pleure à nouveau, bon, n'allez pas croire que je fais que ça non plus, mais j'étais heureux et ces larmes depuis jeudi n'étaient que de joie.
Alors là, il faut quand même reconnaître quelques avantages à être dans un hôpital et loin de chez soi , c’est que tout, tout vous est donné bonbons, livres et attentions, tout vous est offert.
Mes parents ont passé la journée avec moi, mon père lui, ne tenait pas en place, il n'aimait pas être là, pourtant il aurait du savoir lui qui a connu aussi l'hôpital, il sait que c’est long, que c’est dur.
Ils sont restés jusqu'au repas et ensuite ils ont repris la route.
Les chambres étaient sur toute la longueur du couloir et communiquaient entre elles par des baies vitrées ; ce qui fait qu’en se relevant de son lit, on voyait tout le monde, de chambre en chambre, trop bien !
J'ai connu là bas des moments très tristes mais aussi de bons moments où j'ai fait la connaissance de gosses, qui me sont, pour certains, encore bien présents à l'esprit.
Dans la chambre, nous étions six dont trois à être en longue durée, sur ma gauche Thierry qui avait un problème à la jambe droite, en face de moi un plus grand que nous, il était un peu "simple" et énormément atteint dans son corps. Il nous faisait bien rire et il était d'une gentillesse énorme, je revois encore leurs visages et complètement à l'opposé de moi Robert, lui comme moi nous avions un problème aux hanches, mais lui malheureusement très atteint depuis tout gosse. Personne ne croyait à ses douleurs. On est très vite devenus amis.
Amis parce que de toute manière des gosses se lient très vite et aussi parce que notre cours de recréation, c'était notre chambre et notre lit, notre prison.

Les jours se ressemblaient tous, les uns aux autres, levés si on peut dire levés, on prenait le petit déjeuner et après, et bien, il fallait trouver quelque chose à faire.
Même si les matinées étaient réservées aux soins, c'était trop long. Depuis ces images de mon passé, je suis retourné dans cet hôpital et là tout a changé, des chambres de deux personnes à des chambres individuelles avec la télévision.
Nous, pour regarder la télévision, on avait une toute petite salle, très vite remplie par les non marchants, oui un lit ça prend de la place. Ce qui fait que nous y allions que très rarement.

Robert, lui un singe, un vrai singe harnaché, comme moi, il nous faisait des trucs inimaginables. Je me rappelle, j'avais les cheveux longs pour l'époque, on s'amusait alors avec quelques élastiques à se faire des queues de cheval partout sur la tête, nous devions être beaux comme tout !

A cette instant, j'ai une pensée pour le personnel soignant, je tiens à remercier toutes ces femmes si gentilles et tolérantes et surtout très professionnelles que j'ai pu rencontrer, car, oui, ce n'est pas un métier facile.

Un matin un petit nouveau arrive dans notre chambre, pas très vieux, je dirais moins de dix ans et comme nous tous, il est passé des larmes dans ses yeux qui ont fini par couler le long de ses joues.
On a beau être gosse, on retient le plus possible nos larmes, mais nos yeux brillants ne cachent pas l'envie de pleurer qui nous prend quand nous rentrons dans cet univers.
Les infirmières sont venues le voir, lui ont donné un pyjama et là, enfin nous, on a bien ri ce matin là, mais lui je pense que non…l'infirmière lui a fait une toilette comme pour le préparer à une opération, lui a demandé de s'allonger et dit qu’elle revenait de suite.
Elle est alors revenue, mais pas les mains vides, elle avait avec elle deux énormes brocs d'eau, un tuyau et un entonnoir, non je ris pas, c’est bien vrai.

Elle lui a demandé d'enlever son pantalon et là, le pauvre, nous avons vu disparaître un morceau de tuyau entre ses jambes et à l'autre bout du tuyau, se trouvait l'entonnoir et là doucement elle a commencé à verser les brocs, le liquide coulait, coulait, coulait, c’est dingue, je sais pas combien cela contenait ces brocs, mais tout y est passé.

Après cela, elle est partie et lui a dit : surtout dans quelques instants, tu vas avoir envie d'aller aux toilettes, elles sont juste là tu vois, tu y vas de suite.
On ne peut pas dire que cela a duré très longtemps avant que cela le prenne, mais je peux vous dire qu'il n’a pas couru, non, il a même volé jusqu'aux toilettes du couloir et nous, nous gosses que nous étions, une crise de rire a commencé à nous prendre, on riait, ça nous faisait un bien fou, on pouvait plus s'arrêter. Il est revenu avec une fille de salle, s’est allongé et peu de temps après, il est parti pour des examens, nous ne l'avons revu qu'en fin d'après midi.
Mais même si ces longues heures ont du être pénibles pour lui, lui il est retourné chez lui, accompagné de ses parents, il est retourné dans sa maison, il a retrouvé sa chambre et demain, voir le surlendemain, retrouvé ses amis d'école, quelle chance !
Tous les quatre, Robert, Thierry et le plus vieux de la chambre, nous, nous restions là, bien là, les autres ne faisaient que passer une journée voir deux pas plus.
Le soir, les filles de salle venaient toujours nous voir avant de partir, tous les soirs nous avions tous le même rituel, tous les trois nous demandions à avoir le bassin, pas toujours l'envie mais à chaque fois, nous avions droit à un rouleau de papier toilette chacun et on se débrouillait pour les garder chaque soir.

Un petit jeu que nous avions trouvé une fois les filles de salle parties, nous prenions nos rouleaux de papier toilette et les entourions d’élastiques afin de bloquer le papier et là un jeu tout simple commençait. On se lançait à travers la chambre les rouleaux et il nous fallait les rattraper des deux mains puis d'une.
Que-est ce que l'on à pu rire avec nos jeux tout simples dans notre chambre ! Un soir Thierry a loupé le rouleau qui est tombé entre nos deux lits, on s’est précipité tous les deux pour l'attraper par terre sauf qu'il a oublié son plâtre et en se penchant le poids de celui ci l’a fait tomber par terre.
Tant bien que mal, il est remonté dans son lit et là, il a vu que sur le dessus du plâtre une grosse fissure apparaissait, résultat, le lendemain salle de plâtre et on défait et on refait un plâtre.

On s’est bien fait disputer mais cela ne nous a pas empêché de recommencer notre jeu.
Notre chambre était l'avant dernière du couloir et la seule baie vitrée où l'on ne voyait rien était derrière Robert.
Les vitres étaient grisées, on ne pouvait pas voir de ce qui se trouvait derrière, mais on savait.
On savait tous que dans cette chambre était une jeune fille qui se trouvait dans le coma depuis des années, si je me souviens bien. Sa mère passait tous ses après midis avec elle, tous les jours vers 14h, elle était là, on la voyait passer devant notre porte et tous les soirs repartir.

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