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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Publié le par Emmanuel
Publié dans : #Infos Handicap

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Une fois par mois, Didier, Erwann, Jean-François, Lucie viennent au 3D, une boîte de nuit de Saint-Hervé, dans les Côtes-d'Armor. Ils s'éclatent sur la musique, sans complexe, et surtout sans se soucier du regard des autres. Tous sont handicapés mentaux, et viennent ici à l'initiative du patron de la boîte, qui a eu l'idée de ces moments privilégiés.

"She's crazy like a fool, what about daddy cool", crachent les enceintes du 3D, une discothèque de Saint-Hervé, dans les Côtes-d'Armor. Sur la piste, Erwann, une trentaine d'années, se déhanche comme un diable. Une scène habituelle dans une boîte de nuit un samedi soir. Sauf que nous sommes mercredi après-midi et qu'Erwann est atteint de trisomie 21. Avec lui sur la piste de danse, Didier, 51 ans, souffrant d'un retard mental. Mais aussi Lucie, autiste, et une quarantaine d'autres personnes de structures du département et autant de maux.

Certains y voient un ghetto : laissons les handicapés entre eux... Eux le voient comme une chance de pouvoir s'éclater, une fois par mois. Comme tout le monde. Sans avoir à subir le regard des autres. Sans avoir à freiner leurs ardeurs quand Jean-François mime Johnny Hallyday ou quand tous entament une queue leu-leu endiablée entre les banquettes.

L'idée, c'est le patron de cette discothèque qui l'a eue. Avant de reprendre le 3D, Claude Carvennec était agent de spectacle. Il lance le concept il y a quelques années et l'adapte à la boîte qu'il va ensuite racheter. "Je leur apporte le bonheur musical", glisse-t-il entre deux morceaux. Une fois par mois, il attend ses fidèles. Aux platines, "il faut mettre du soleil ". Pour chaque après-midi, un thème et les accessoires qui vont avec. Ce jour-là, place au fluo. Le mois dernier, c'était l'après-midi "mousse".

Pour 9 € l'entrée, boisson comprise, chacun visse un chapeau multicolore sur sa tête, se passe un collier autour du cou et chausse une paire de lunettes qui brillent dans la nuit. Le stroboscope est en mode « on », Jean-Pierre Mader et son Macumba ambiancent le dance-floor. Tout le monde est sur la piste. Là, personne ne fait banquette.

Les encadrants aussi jouent le jeu. "Quand on vient en discothèque, la barrière soignant - résident disparaît, lance Yolande Rose, aide médico-psychologique. On fait nos fous avec eux !" Ils sont en moyenne 80, ces clients un peu particuliers, à faire le déplacement le deuxième mercredi de chaque mois. "Avec un record à plus de 200 personnes au moment de Noël", glisse le patron, fier. Le rendez-vous mensuel est attendu par les fidèles. "Si on les écoutait, on emmènerait tout le monde, mais nous sommes tributaires du moyen de transport. Alors on privilégie ceux qui participent au groupe de danse au sein de la structure », explique Marie-Madeleine Jouan, aide-soignante en Maison d'accueil spécialisée.

Alors avant de monter dans le mini-bus, tous se pomponnent. "Oui, je choisis ma tenue avant de venir. Je prends du temps pour me préparer. J'aime tout ici. L'ambiance. Danser." Didier ne loupe pas un rendez-vous. Il ne va pas arrêter un seul instant de danser.

"C'est un lieu de socialisation pour eux. Ils rencontrent d'autres personnes. Ils nous réclament sans arrêt cette sortie", atteste Josiane Le Fresne, aide médico-psychologique. Un lieu de séduction aussi ? Bien sûr, mais le personnel compte les danseurs pour éviter les escapades à deux... "On compte aussi parce qu'ils n'ont pas de repères. Avec leurs pathologies, ils peuvent se perdre facilement."

Sur le podium, Jean-François fait du air guitar puis attrape un micro fictif pour pousser un peu les vocalises. Pendant ce temps, Erwann part boire un jus d'orange. Diabétique, il a un peu trop sollicité son corps en dansant et a besoin d'un petit remontant. "Nous offrons les accessoires mais ne disposons jamais de friandises ou de nourriture sur les tables", confie Claude Carvennec. Il faut veiller à toutes les pathologies et donc à celles qui restent invisibles. Au bar, seulement des boissons non-alcoolisées. Et la musique est moins forte qu'un samedi soir classique. "Mais ici, ils se sentent dans un monde normal, sourit Laurence Sagorin, aide médico-psychologique. C'est difficile pour eux de sortir le samedi soir en boîte, comme tout le monde."

16 h 30, la musique retentit toujours mais la piste se vide d'un seul coup. Il faut rentrer avant 17 h. Certains résidents ont leur traitement à prendre. D'autres sont attendus par des taxis pour rentrer à leur domicile. Tous repartent avec leurs bracelets fluo, chapeaux et lunettes. Et une grande banane en travers du visage.

 

Article de Delphine Le Normand , Ouest-France, 11 septembre 2013

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alexandre 13/09/2013 20:18


belle initiative de ce responsable de boite mais ca doit y aller la drague!!!!!!et ils ont bien raison

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