"Attendez, je ne vous ai pas encore expliqué le déroulé de ma journée !" A l'autre bout du combiné, Foued est impatient, a des tas de choses à raconter, veut parler de son quotidien, de ses différents projets associatifs, de son travail d'ingénieur informatique chez Orange ("en même temps, je n'allais pas faire maçon !"). Et montre un poil d'agacement quand les questions s'enchaînent trop vite. A 32 ans, ce jeune Breton originaire de Rennes ne perd pas le nord, ni le fil du message qu'il veut faire passer.

L'amyotrophie spinale qu'il a développée depuis l'âge de trois ans, une forme de myopathie qui se traduit par une faiblesse et une atrophie musculaire dégénérative, l'oblige à être épaulé "à tout instant par une auxiliaire de vie, du matin au soir et même la nuit, pour me retourner et ne pas m'ankyloser", décrit-il, mais sa condition n'entrave en rien son énergie débordante et communicative.

"Bretons Purs Beurs"

"J'ai tellement de choses à vous dire, par où commencer ?" Par le début : c'est en 2001 que son engagement associatif prend forme. Refoulé à l'entrée d'une boîte, "sans que je sache si c'est parce que je suis en fauteuil roulant ou si c'est parce que je m'appelle Foued", explique-t-il, il veut s'engager dans la lutte "contre l'ignorance" et créé avec un copain, myopathe également, une association au nom évocateur "Bretons Purs Beurs". Les deux amis se lancent dans une idée un peu folle : un tour de France en fauteuil roulant "pour parler de la tolérance". Sauf qu'à l'époque, se tient aussi le Tour de France, celui des cyclistes, et que ce genre de thématique, "ce n'était pas trop la mode à ce moment-là", se désole Foued.

Qu'importe. Loin de se décourager, le jeune homme lance alors avec son asso le Festival Tolérance Party, dans l'idée de fédérer autour de la musique toutes les associations "qui travaillent dans leur coin, mais qui ont toutes un point commun : la lutte contre la discrimination et l'ignorance". "L'objectif est de parler de toutes les thématiques. Pas que de la myopathie, mais aussi de racisme, d'homophobie et de toutes formes de discriminations", détaille-t-il. Après quelques années de pause, le festival fêtera sa 6e édition le 10 mai prochain à Rennes.

La musique comme un sacerdoce

Transmettre son message par la musique devient alors un sacerdoce : en 2004, Fred et sa bande de copains créent TransGenik, un collectif de musiciens valides et handicapés. Lui, c'est la voix, forcément. Consécration ultime, un album sort en octobre 2013, "avec la collaboration d'un chanteur du groupe Tryo, Gizmo, le plus charismatique d'entre eux", s'enthousiasme Foued. Pour le style, c'est reggae, parce que "ça donne la patate, ça dégage beaucoup d'énergie." Et c'est aussi un bon support pour soutenir des textes engagés, dans lesquels il aborde aussi bien des sujets sur le handicap que sur la politique.

Certes, le groupe n'est pas encore ultra-médiatisé, mais un des membres sera tout de même présent vendredi soir sur le plateau du Téléthon, et France 3 diffusera un reportage sur le collectif. Une info croustillante lui brûle les lèvres, mais, en bon pro, il se retient et se contente de titiller notre curiosité : "on a un beau projet avec deux grandes personnalités de la scène musicale pour 2014, mais rien n'est encore signé, alors je ne peux pas trop en dire plus." Une fois n'est pas coutume, heureusement.