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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Publié le par Emmanuel

Pour moi une incompréhension totale, je devais venir au centre de Pen Bron pour quelques mois, y faire de la rééducation, ensuite je me suis entendu dire que je devrais peut être même y rester un an voire un an et demi, alors que se passait-il !

On m’emmena avec mon lit vers la sortie de la classe, j’ai dis au revoir à ceux qui se trouvaient en cours ainsi qu’à Tartine.
Une fois dehors, des larmes ont commencé à couler sur mes joues, à ce moment là j’ai compris que je rentrais chez moi, que je quittais le centre.

Je réalisais aussi que j’allais partir sans revoir tous les amis que j’avais ici à Pen Bron, ils étaient tous dans d’autres cours et moi je quittais le centre sans les revoir.

Le lit roulait sur le chemin en ciment me ramenant au bâtiment où se trouvait ma chambre.

Je pleurais, mon cœur me serrait, j’étais un enfant perdu dans des sentiments que j’avais du mal à contrôler. Je n’ai pas souvent pleuré à Pen Bron, mais là, les larmes, je n’ai pas pu les retenir.
Quelqu’un m’a appelé, juste derrière nous, c’était Marie. Elle avait été mise au courant mais par qui je ne l’ai jamais su. Le plus important était qu’elle soit là, Laurence nous a laissé quelques instants.
Marie avait elle aussi des larmes, ses yeux pleuraient. Elle me demanda si j’allais revenir et quand, j’étais bien incapable de lui répondre, je ne m’attendais pas à ce départ.
Elle m’a tenu la main, m’a embrassé et elle a glissé autour de mon coup la chaîne qu’elle portait, une chaîne avec un médaillon de la Sainte Vierge pour ne pas l’oublier.

Nous avons repris le chemin de la chambre, mes parents m’y attendaient. Ils étaient certainement partis plus tôt le matin car déjà toutes mes affaires étaient prêtes et il y avait des sacs partout.
La responsable du bâtiment est venue leur parler, ils devaient aller remplir les papiers pour ma sortie. Ils l’ont suivie en emmenant quelques bagages.
J’étais seul dans la chambre, comme je l’avais été la première fois, le jour de mon arrivée. Puis des bruits dans le couloir, Yannick et tous les autres ont surgi, je pense que les filles de salle avaient fait en sorte qu’ils puissent sortir et venir me dire au revoir.

Ils sont tous venus avec dans les yeux un sourire triste, tous étaient là et moi aussi j’étais comme eux, triste de savoir que je partais, triste de les laisser là.

Même enfant, dans certaines circonstances, c’est dur de laisser des personnes derrière soi, de partir…
Marie est revenue elle aussi, elle s’est assise une dernière fois à côté de moi, et tous me parlaient, tous me disaient la même chose, tu as de la chance de rentrer chez toi.
Oui, je rentrais, oui j’en avais envie depuis longtemps, mais là, je n’étais pas prêt et je ne voulais plus partir.
Nous nous sommes séparés, Thierry et Robert, ceux avec qui j’avais vécu ma maladie depuis le début, ceux avec qui j’avais passé et partagé énormément de choses, de rires, mais aussi des bagarres et quelles bagarres mais nous nous aimions comme de vrai copains.
Yann et Thierry m’ont accompagné jusqu’à l’ascenseur, juste avant les filles de salle m’ont embrassés et dit au revoir puis la porte de l’ascenseur s’est refermée.

Nous avons pris la direction de la voiture, et nous avons quittés le centre. Nous avons pris la route vers la maison, ma maison. Du trajet, je n’en pas de souvenirs, j’étais encore là-bas, à Pen Bron.


Aujourd’hui encore le Centre de Pen Bron est bien présent en moi, tellement présent que souvent j’y suis retourné, sans osé l’approcher, pourquoi… je ne peux l’expliquer, je crois que l’instant doit venir et ne se commande pas, il faut se sentir prêt aussi à recevoir ses souvenirs, ses peurs d’enfants, se faire face aussi d’une certaine façon.

Et un jour de juin 2009, 35 ans plus tard, j’ai eu la joie, le trouble et l’émotion d’y pénétrer à nouveau, mais debout cette fois ci, et cet instant, je l’ai vécu tremblant et impatient en même temps de tout revoir et de marcher dans le hall, puis aussi de prendre l’escalier, gravir une à une les marches de cet escalier pour aller revoir les chambres…
Je ne l’oublierai jamais ce centre, les enfants de Pen Bron, ceux d’hier bien sur, que je garde en moi, mais j’ai une pensée très forte pour ceux d’aujourd’hui.


Entre Pen Bron et moi, entre nous les enfants de Pen Bron, cela demeurera une belle histoire
Et j’y reviendrais, car, on y revient tous, un jour ou l’autre. Et pourquoi pas, s’y retrouver et se connaître, je pense à tous

Le retour à Déols, parmi les miens

Nous quittons Pen Bron. Je suis installé à l’arrière de la voiture... mon fauteuil roulant et mes bagages remplissent le coffre.

Je me sens perdu, divers sentiments me traversent, et j’ai du mal à tout canaliser. J’ai du plaisir à renter chez moi, c’est vrai mais je laisse tant de visages, d’émotions et d’aventures de "gosse" derrière moi, et pourtant je ne suis resté que quelques mois dans le centre, mais quand on est enfant tout est tellement grand, important, les amitiés nouvelles ont pris tant de place. Je me sens différent, j’ai mûri, mon hospitalisation a fait de moi un enfant beaucoup plus "grand" et la suite me fera devenir encore plus fort peut être un peu plus attiré par le regard des autres.

Il n’y a pas un mot dans la voiture, uniquement la radio dont j’entends le son mais je ne sais pas ce qui se dit…
Mes yeux se remplissent de Pen Bron, je veux tout graver en moi avant de partir, je me retourne et l’entrée du centre disparaît chaque seconde un peu plus. Puis mon père tourne à droite, en direction de Guérande
Je regarde, je fixe, je maintiens mon regard le plus longtemps possible pour ne pas oublier tout ce qui entoure le centre, les légères dunes traversées de chemins qui emmènent à la plage mais aussi, juste sur ma gauche, un au revoir aux enfants de Pen Bron, ces enfants qui restent là à tout jamais, ces enfants qui ne me sont plus étrangers, j’ai mis des prénoms sur ces petites tombes…

La route commence et mes yeux sont embués de larmes, mais rien ne coule d’eux, peut-être parce que la tristesse est trop grande.

Triste alors que je ne voulais pas venir, triste alors que je voulais partir aussitôt arrivé, et maintenant, je souffre de quitter cet endroit…

Je ne sais pas ce que je veux, si je sais ce que je veux, retrouver ma famille mais je ne veux pas perdre les moments passés à Pen Bron, n’y ceux de l’hôpital Clocheville. Je sais que je n’oublierai jamais ces derniers mois écoulés entre rires et batailles, entre douleurs et plaisirs, je resterais pour toujours un enfant de Pen Bron.


Mes parents se mettent à discuter, ils parlent du centre, ils ont l’air ravi. Moi, je pense que le fait d’être venus me chercher les rend heureux mais ce n’est pas pour cela qu’ils le sont…
Une bonne partie de la route se fait sans que je sois malade et là c’est un miracle mais les miracles avec moi en voiture, cela ne dure pas. Bientôt le mal au cœur s’installe, l’envie de vomir me prend mais je sais que mon père n’aime pas s’arrêter, qu’il aime rouler sans aucune halte alors je vais tenir le plus longtemps possible, sans rien dire.

Pour ne pas penser à mon mal au cœur, j’essaye d’imaginer ce qui se passe au centre, que font mes copains, que fait marie France ? Je pense à eux, j’imagine car il est vrai que les samedis après midi que j’ai passés au centre sont rares vu que la plupart des week-ends j’avais eu la chance d’avoir de la visite.
Je ne connais pas la route que mon père prend pour rentrer à la maison, je ne sais pas par où on va passer pour rentrer, ni les villes que l’on traverse à cette époque. Nous rentrons par la nationale et pour un samedi, il n’y a pas trop de monde sur la route.
Tout ce dont je me souviens, c’est d’être passé par Saint-Nazaire, puis direction Nantes et Tours, je crois…

Le seul souvenir est que je ne tenais plus et j’ai commencé à dire a mon père de s’arrêter, que j’allais rendre, que j’étais vraiment mal.
Alors d’habitude quand cela m’arrive, mon père se gare comme il peut, je sors de la voiture… mais là que faire je ne peux pas marcher.
J’ouvre la portière et je suis allongé sur le ventre, ma tête sortie, j’ai mal au ventre, mal au cœur mais surtout mal aux jambes, je ressens des douleurs, des spasmes si violents que je souffre jusque dans mon bassin.
La route me semble longue mais pour mon père, davantage encore, car il vient de faire l’aller et je suis malade donc il s’énerve. Une voiture devant lui roule au pas et impossible de la doubler…Enfin l’autorisation de doubler, mon père accélère, la voie est libre dans l’autre sens, il double, accélère mais là l’autre conducteur accélère aussi alors qu’il n’a pas roulé sur des kilomètres ; il semble qu’il veut empêcher mon père de doubler.

Mon père est forcer d’accélérer encore… Mais les gendarmes installés au bord de la route lui font signe de se garer, mon père freine mais il roulait très vite, il lui faut donc un long moment pour se garer.
Les gendarmes arrivent et sermonnent mon père en lui faisant remarquer les infractions. Mon père a beau expliquer que le véhicule avait accéléré au même moment mais rien n’y fait …

Il invoque alors le fait que je viens de sortir d’un centre de soin et que je dois aller impérativement à l’hôpital et que je suis malade, il essaye par tous les moyens d’éviter d’être verbalisé mais rien n’y fera, il aura son PV.
Il est en colère, quelle journée…, mais voila on peut rien y changer.
J’apprendrais plus tard que mon père a écopé d’une semaine de retrait de permis, qu’il ira le donner au commissariat de Châteauroux.


Nous sommes arrivés en fin de journée, je me souviens du sourire que j’avais en rentrant dans Châteauroux et une fois passé le pont, d’être à nouveau dans la petite ville de Déols, à ce moment là, je me suis senti bien.

La maison était toujours entourée de l’épicerie et du boulanger. La voiture enfin garée sur le parking, face de la maison, tout le monde se précipite, donne un coup de main au déchargement dont je faisais parti !
Je n’ai pas été installé sur le fauteuil roulant, non, on m’a porté et installé sur la banquette du salon et là durant un instant, à nouveau bien installé chez moi, j’avais l’impression que je n’étais jamais parti, rien n’avait changé.
Mes tantes étaient prés de moi mes oncles aussi, tout le monde était ravi que je revienne à la maison et moi aussi j’étais heureux.

Mon frère, que je n’avais pas vu depuis Noël dernier, était près de moi avec sa tignasse si longue et d’un blond presque blanc, alors que moi j’étais tout le contraire bien brun mais pour ce qui était de la longueur des cheveux, je rivalisais maintenant, mes cheveux n’avaient pas été coupés depuis quelques temps.
Fatigué sans que je le sois vraiment, ma tête tourne un peu, je prends conscience de tout ce qui m’avait manqué.
On m’a amené ma petite chatte Sophie, quel plaisir de la retrouver, de sentir la douceur de son pelage. Elle me reconnaît, elle est là sur mes genoux à se laisser caresser, elle ronronne. C’est bon de sentir ce petit animal blotti contre moi.

La soirée arrive très vite, la vie reprend son cours, je suis installé sur la banquette mais j’ai envie de bouger et personne ne se demande si je dois d’aller aux toilettes…
Je ne dis rien, me laisse glisser à terre et me dirige vers l’escalier. Je réapprenais à me déplacer enfin sans faire de bruit pendant que tout le monde était à préparer le repas en cuisine. Mon père devait être parti prendre l’apéritif, comme il le faisait avant au bar du coin.


Moi je commence ma première escalade des escaliers ; Les toilettes sont à coté de ma chambre et il y a du chemin…
Tranquillement, prudemment, une à une et de coté je fais passer mes jambes sur la marche suivante et de mes mains, je prends appui pour poser mes fesses et ainsi jusqu’à la dernière marche.
Enfin j’atteins le "sommet", il ne me reste plus qu’à traverser le couloir, qui est pour moi assez long pour mes premiers pas, non pas mes pas car ce sont mes bras qui me portent de chaque coté du corps, je les pose et pousse et mes fesses suivent.
Enfin ma chambre, rien n’a vraiment changé, mon bureau est toujours là, mon bureau où je fais toujours mes leçons avec plaisir, avec envie, où je m’efforce d’apprendre… non je plaisante… mais le fait de l’avoir retrouvé m’a certainement fait délirer un instant.
Et juste après les toilettes, mais là petit problème… comment les atteindre…mais quand on est gamin, rien ne peut vous arrêter non !
Qu’est-ce que j’ai pris quand on a su que j’étais parti à l’aventure à peine arrivé mais mon père a eu raison de me disputer, car là j’avais été bien inconscient, je venais juste de rentrer du Centre.
Mais il fallait aussi que je me débrouille parce que quand j’allais me retrouver seul quand tout le monde serait parti au travail ou à l’école, je serais bien tout seul pour me débrouiller…

je retrouve l'ambiance de ma classe

Traverser à nouveau la ville ,me redonne de belles et douces sensations . Je suis bien chez moi , enfin je crois ou pense l'être
Mon oncle gare la voiture juste devant l'école . A ce moment là ,recommence l'opération inverse , qui est de déplier mon fauteuil roulant et de m'installer dedans.
Je suis à la fois heureux , content , mais j'ai en moi un peu la trouille de retourner dans la cour .
Je sais que je vais retrouver mes copains mais j'ai la peur au ventre.

Cela fait très longtemps que je ne suis pas revenu ici .Mon retour chez moi a déjà été un moment immense et intense .
Retrouver ces moments de la vie d'avant me troublent et me perturbent un peu.
J'ai l'impression de revivre comme une sorte de rentrée scolaire , mais aujourd'hui je suis le seul et unique élève .
Mon oncle pousse mon fauteuil roulant vers l'entrée de la cour de l'école . Tout le monde est encore dehors .La foule d'enfants qui était en train de jouer juste avant mon arrivée ,
s'arrête .
Quelques uns me regardent sans bouger et d'autres s'avancent vers moi .
Les maîtres d'écoles , au courant de mon retour viennent eux aussi vers moi ,ainsi que Monsieur Huguon , le directeur .
Au fur et à mesure , une foule d'enfants vient m'entourer . j'arrive à apercevoir des copains de classe ,qui eux me connaissent bien .
Un sourire se dessine sur mon visage et je me sens de mieux en mieux et rassuré . Ils sont heureux de me voir et de me parler ,et moi aussi d'ailleurs .
Seulement , je suis un peu perdu d'avoir autant de monde s'agglutiner autour de moi ,aussi bien des enfants que je connais et d'autres que je ne connais pas.
J'ai l'impression d'être une star , qu'il faut absolument voir ,toucher . C'est incroyable quand même !!!!
Je suis sûr que pour certains , si j'étais arrivé en marchant comme eux , mon entrée serait passée inaperçue.
Monsieur Boissinaud , lui , se dirige vers moi . Il est toujours pareil ,grand , il porte ses lunettes et il a toujours la barbe .
Il a un sourire aussi grand que le mien . Il vient me saluer et je me sens bien .
C'est bizarre pour moi , non , qui n'aime pas l'école de dire que je suis bien . Ce maître là , a toujours su se faire aimer par les élèves de sa classe .
Et je suis certain que beaucoup d'entre eux se souviennent encore de lui .
Il me parle , me pose plein de questions , je lui réponds et de moins en moins d'enfants restent avec nous . Ils retournent pour la plupart jouer ou reprendre leurs différentes occupations
qu'ils avaient ,avant mon arrivée.
La cour a très vite retrouvé ses cris d'enfants et ses petits groupes au quatre coin de la cour.
Quelques minutes se passent quand retentit la sirène annonçant la reprise des cours .
Là ,tous les gosses se dirigent à un endroit précis pour se mettre en rang deux par deux pour former une belle et droite ligne indienne .
Ce doit être le même rituel dans toutes les écoles de France .
Je retrouve mes copains de classe , là ,tous en rang ,attendant le signal du maître pour avancer . Et moi , je suis sous le préau du bâtiment , enfin moi j'appellerai ça plutôt un hall.
L'école est toute neuve , je l'ai vu se construire quand nous étions encore dans l'ancienne . Nous venions même faire du sport dans l'immense terrain se trouvant derrière celle ci.
Une belle école : comme tous mes camarades , nous avons découvert ce nouveau et grand bâtiment en Septembre 1974.
La vieille école qui abritait les classes de primaire , est toujours debout . Maintenant ,elle accueille la classe des maternelles. Et le primaire est doté de locaux tout neufs.
Le bâtiment est situé sur un rez de chaussée et un étage . Les files d'enfants avancent presque toutes en même temps.
Une danse de file indienne se dessine doucement , certaines s'entrelacent vers le couloir du bas et d'autres empruntent l'escalier pour rejoindre leurs classes.
Moi , la mienne est à l'étage et ma classe avance et monte l'escalier que j'ai si souvent comme eux gravi et monté les marches deux par deux , il y a quelques mois.
Mais là ,je suis toujours dans le hall.
Moi ,je pensais que j'étais juste venu voir mes copains de classe et mon maître et qu'ensuite je les laisserai travailler et que moi ,je rentrerai chez moi.
Hé bien non ,une belle surprise m'attend : mon oncle et le maître , chacun d'un côté du fauteuil ,me soulèvent et je me retrouve en haut de l'escalier .
Sur la gauche de l'escalier , je retrouve la porte de ma classe où tous les élèves attendent que le maître leur dise d'entrer.
Bien sur , la place que j'avais , est occupée par un autre élève. De toute façon ,avec mon fauteuil ,je reste dans le fond de la classe .
Une table est installée pour moi ,et là je suis en classe comme avant le 05 Décembre 1974.
Il n'y a aucun bruit . Le maître explique ma venue d'aujourd'hui , mon absence de ces derniers mois et de mon retour avec eux .
J'ai l'impression de me retrouver un lundi matin ,où nous avions l'habitude de raconter notre week end chacun notre tour.
Seulement ,l'histoire , c'est moi qui la raconte aujourd'hui et tout seul .Je leur explique tout ce qui s'est déroulé depuis ma première visite à l'hôpital de Clocheville.
Je leur dit que c'est un hôpital pour enfants . Les mots ,les phrases s'enchaînent , je leur parle pendant un long moment de ce qui m'est arrivé : des moments où j'étais un peu
perdu , seul et les moments de rigolades.
Je me suis fait des copains pendant mon séjour ,et je leur fait le récit de nos fous rires , la description des chambres d'hôpital, de mon Noël passé chez moi ,de mes
opérations ,et mon départ au Centre de Pen Bron et de la vie que j'avais là bas.
Le plus dur pour eux , était de de leur faire comprendre pourquoi, j'étais dans un fauteuil roulant maintenant, alors qu'avant je marchais et que tout allait bien.
Mon opération nécessite un long moment sans avoir le droit de marcher ,même si je peux marcher , mais je n'ai pas le droit . Ils ont du mal à comprendre:
"il peut marcher ,mais il est dans un fauteuil roulant " !!!!!
Alors , mon maître a essayé aussi de leur expliquer , mais il est vrai que c'est compliqué de faire comprendre ca à des enfants , même si moi ,je savais que je pouvais
marcher , me mettre debout ,je n'en avais pas le droit. Moi ,je l'avais très vite compris ,mais pas eux .
Pendant un très long moment ,je leur ai raconté ma maladie , ma manière de vivre , de me déplacer :soit en fauteuil roulant ,soit assis parterre.
Ils m'ont posé beaucoup de questions et moi ,je leur ai donné des réponses ; des réponses de gosse .Des réponses de gosse qui sont parfois et souvent plus drôles pour éviter
de parler de maladies.
Pour moi ,ce qui m'arrivait n'était pas une maladie ( même si c'était le cas ) car je ne me suis jamais senti malade.
Etre malade pour moi c'est avoir la rougeole , la grippe ,la varicelle ,les oreillons ,une angine ,enfin des maladies que nous avons tous eu à un moment dans la vie.
Ces maladies qui vous clouent au lit avec une bonne fièvre ou une grosse toux . Voilà ,pour moi ce que c'est une maladie.
Je n'ai pas eu un seul moment un de ces symptômes , je suis bien ,je me sens bien ,sauf que je suis cloué depuis plusieurs mois dans mon lit ,le plus souvent de la journée
et maintenant depuis mon retour ,je passe plus de temps assis le cul parterre ou dans mon fauteuil.
Il y a une chose qui me fait sourire . Quand on est gosse ,on a des vêtements pour la semaine et d'autres pour le dimanche . Ceux là sont plus beaux et plus neufs .
Et bien ,pour moi ,c'est la même chose ,c'est du pareil au même ,comme on dit .
Oui ,je vous vois sourire ,sans trop comprendre ,mais c'est très simple !!!
Quand je suis chez moi ,je passe la plupart du temps assis parterre ,à vivre en rampant le sol.
Tout est hors de portée pour moi ,alors il faut sans cesse que je jongle pour avoir la possibilité d'attraper la moindre chose .
Je me démène pour monter les escaliers , atteindre la cuvette des toilettes , ou même m'installer sur une chaise pour faire ma toilette ,même si souvent quelqu'un est là
avec moi ,en ce moment c'est ma tante Christine qui est là ,donc ca va .
Quant aux jours de sorties , je me retrouve assis dans ce beau fauteuil roulant bleu . Mon père a installé un système qui me permet d'avoir les jambes complètement allongées.
Pour moi c'est un jour de fête , un dimanche . Je peux mieux profiter des choses et je me sens un peu plus libre de mes mouvements.
Donc pour moi ,l'inconvénient était que j'étais tout le temps au sol ,comme un rampant .Mais je ne me sentais pas malade , j'étais en bonne santé.
Il y a des maladies qui sont graves et longues à guérir et aussi qui vous font souffrir .
La maladie n'est pas physique ,mais pschychique . C 'est plus dans la tête que l'on souffre : regarder les autres jouer ,courir ,faire du vélo etc ... oui ca pour moi ,c'est dur ,
surtout que j'étais un enfant qui bougeait beaucoup. Alors oui c'est vraiment dur pour moi.
Mais en 1975 qui se préoccupe de tout ca , qui pense qu'un enfant ou un adulte peut souffrir ,et vivre avec la douleur.
Personne , non personne !!!!!!!!!!!!
Pourtant ,si vous étiez à notre place un tout petit peu( on vous la donne ) ,peut être que vous comprendriez notre douleur ,notre souffrance .

Cette incompréhension est insoutenable et inhumaine .

une ballade a mon école

Le week end est passé à une vitesse folle . Le dimanche , je ne l'ai pas vu passer .
Je reprenais une vie normale d'enfant où comme tous les dimanches , on faisait une ballade.
Je me souviens que notre voisine , la boulangère avait apporte une tarte aux pruneaux .
elle avait sonné à la porte et elle était contente de mon retour.
Elle et son mari, étaient très gentils avec moi et c'est avec plaisir que j'ai mangé une bonne part de tarte.
Je me souviens encore ,d'ailleurs , du goût délicieux de leirs gâteaux.
La semaine allait débuter et je n'étais pas seul à la maison car ma tante Christine était en arrêt de travail . Et j'avais donc avec moi quelqu'un pendant ces quelques jours.
Ici à la maison , je ne pouvais pas faire grand chose et tout le monde surveillait mes moondres faits et gestes.
Des fois que je ferai des conneries et que je me mette à marcher , on ne sait pas !!
Entre la télé et ne rien faire , je regardais souvent celle ci.
Mais là , ma tante était présente et mon oncle ne travaillait pas le lundi .Donc nous étions tous les trois et c'était une journée super agréable.
Je ne me souviens pas exactement des premiers jours chez moi , mais j'ai en mémoire quand mon oncle m'avait emmené à mon école primaire.
Un lundi , alors je vais faire comme si c'était ce lundi là.
Début d'après midi , j'étais devant la télèvision à écouter et regarder les informations. Je ne peux pas dire que c'était le moment que je préfèrais , mais bon !!
Mon oncle et ma tante m'avaient dit que cet après midi là , je retrouverai mes copains d'école .Pour moi , ce moment ,je l'attendais avec impatience.
Quand j'étais à Pen Bron en classe , souvent je pensais à eux , surtout les jours où nous avions sport et que MOI , j'étais là assis dans mon lit.
Il faut dire que je me voyais mal faire du sport dans mon lit , à part la sieste !!! Mais là je ne pense pas que Marguerite aurait apprécier !!!!
Mais j'aurai fait l'effort de m'endormir si nous avions eu droit à une sieste en guise de cours et j'aurai certainement eu la meilleure note de la classe , pour une fois !!!
Malgrè que je sortais peu la journée , j'étais habillé d'un pantalon qui en aura vu de toutes les couleurs .Ce pantalon était le seul et unique vêtement que je portais .
Il a donc beaucoup souffert !!!
En effet , mon seul et unique moyen de locomotion , était de me déplacer sur les fesses , les jambes tendues devant moi . Et je posais donc mes mains de chaque côté de mon corps et je me
propulsais comme cela .
C'était l'unique et seul geste qui me permettait de me ballader dans la maison.
Le fauteuil roulant ne me servait que pour les sorties hors de la maison. Il fallait que je sois toujours accompagné si je voulais m'aérer un peu ,d'un membre de la famille .
Donc croyez moi ,ce n'était pas drôle tous les jours , vu les conditions .
C'était le même calvaire quand j'étais à Pen Bron .A la différence ,c'est que l'on sortait prendre l'air ,voir le soleil ou la pluis à chaque heure de cours .Je reconnais ,ca ne me faisait pas de mal de sortir un peu.
Chez moi ,pas de sortie ou ballade : il fallait attendre et les journées étaient longues.
Début d'après midi , mon oncle Christian me prend dans ses bras et m'emmène jusqu'à sa voiture et m'installe à l'arrière.
Je me positionne comme je peux , mon oncle met mon fauteuil roulant dans le coffre . Je suis impatient que l'on parte direction l'école .
C'est pas beau ca , moi heureux de partir à l'école .Vous qui avez pris l'habitude de lire que je détestais l'école ,et bien là,je suis super content d'y aller !!
Comme un élève super doué , j'ai envie d'y aller et de montrer que j'apprends bien . Non ,en fait ,je délire , j'ai surtout envie de retrouver mes copains de classe et de revoir Mr Boissinault .
Je me souviens même de son prénom ,Bernard . Il était maître d'école avec sa femme .
Je me souviens , aussi ,qu'il aimait nous raconter quand il avait enseigné en Afrique. Il nous disait que nous avions de la chance ,nous les enfants français d'avoir de si belles écoles.
Je l'aimais bien ,pourtant je l'ai eu peu de temps : de Septembre à Décembre. Je n'étais pas non plus le meilleur de la classe , mais je sais qu'il m'appréciait aussi.
Il faisait souvent faire une lettre aux élèves de la classe que je recevais à Pen Bron. Il avait un coeur et c'était un homme humain.
Voilà , mon oncle est au volant , il met le contact et nous sortons du parking juste devant chez moi et nous prenons la route.
Je regarde partout.
Samedi , j'étais content de rentrer , j'en ai pris plein les yeux , mais beaucoup trop vite .
Alors là , je regarde ,je redécouvre ma ville , je note et observe pour voir ce qui a changé ou ce qui n'a pas changé.
Une fois ,arrivé sur le pont de Déols , pont séparant la ville à celle de Châteauroux, je me sens bien . Je regarde l'eau qui coule , je souris ,j'aime cet endroit. Je suis heureux de retrouver cet endroit.
Ce lieu où je courais de chez moi jusqu'au pont , à faire la course sur le trottoir avec les voitures qui roulaient près de moi. J'étais gamin et j'adorais faire ca.
Que de souvenirs !!!!

les souvenirs restent encore et encore

Enfin une journée comme avant , comme avant ce mois de Décembre qui avait fait de moi un autre gosse , un gosse malade.
J'étais même devenu réservé en classe , à écouter le maître parler de moi.
Les copains ,eux ,cette après midi là ,je crois bien qu'ils pensaient se faire une après midi sans cours . Mais non,à un moment ,le maître leur a demandé de prendre
leur bloc de maths.
Ah, ce sacré bloc de maths !!!! Je me souviens en Septembre , quand il nous l'avait remis .Nous étions tous un peu surpris de ne pas avoir un livre de maths , mais des feuilles
reliées qui se décollaient les unes des autres ,quand nous avions fini la page et nous la rangions dans un classeur.
Cela sortait de l'ordinaire et je trouvais ça marrant ,enfin au début . En effet l'idée de ce genre de feuillet de maths était super bonne .
Mais comme toujours et encore maintenant , on ne va pas à l'essentiel !!!! Non ,on complique par des phrases longues et incompréhensibles pour expliquer une règle de maths .
Et tout est comme ca.
Mes copains sortaient donc leurs feuillets et là effectivement ,même si avec Marguerite , on bossait dur , j'avais pris un gros retard.
Le maître commencait à écrire au tableau et là , je me suis senti un peu mal à l'aise . Ils avaient fait un bond énorme en maths et moi ,
j'ai regardé l'exercice et je ne savais pas le faire . J'en n'étais pas à ce stade en quittant Pen Bron .
Monsieur Boissinaud a vu de suite que j'étais perdu et un peu gêné et il m'a dit " Emmanuel , tu écoutes et regardes et ne t'inquiètes pas " .
Là du coup ,j'ai mis la feuille de côté et j'ai écouté le maître comme jamais je n'ai dû l'écouter en classe et j'ai essayé de comprendre.
J'ai écouté mes copains , répondre et poser des questions . J'ai suivi sagement jusqu'à la récréation. Il était 15h30 , et pour moi,j'ai eu l'impression que ce n'était
pas la bonne heure .
Mes copains se sont mis en rang pour sortir , mais le maître leur a dit de me dire au revoir .
Et ,ils sont tous venus vers moi ,me serrer la main avec un grand sourire.
Parmi eux ,j'avais plusieurs bons copains ,dont Hervé avec qui nous avons été des amis pendant des années et Laurent ,avec qui ,on s'imaginait plein de choses , de rêves,
d'aventures ,de métiers .
J'ai eu à ce moment là ,un peu de peine à quitter la classe ,même si on m'avait dit " tu reviendras pour la fête de l'école ".
Quelque part ,je n'avais pas envie de partir de la classe . C'est un comble , je sais ,mais bon, je quittais ma classe ,encore pas comme les autres .
Mon oncle était là ,il m'attendait . Ils ont descendu mon fauteuil en me laissant dedans et nous avons pris le chemin de la sortie où tous les enfants jouaient dans la cour.
Au lieu de nous diriger vers la voiture , mon oncle Christian allait vers le bâtiment principal de mon école.
Oui ,l'école était divisée en plusieurs bâtiments : le bâtiment des secondaires abritait les bureaux et nous nous y dirigions tranquillement en longeant le trottoir que
j'empruntais en rang avec les autres élèves qui mangeaient à la cantine à l'époque où je marchais encore.
Arrivés à l'accueil ,les femmes du secrétariat sont venues me saluer avec un grand sourire . Je les connaissais toutes ,car tous les jours elles nous souriaient en nous disant "bonjour".
Et là ,une nouvelle fois ,je me retrouvais dans ce lieu , pourquoi ? cela je ne le savais pas encore !!!
L'une d'elles , nous dit que le père supérieur nous attend ,je suis étonné mais content de cette surprise.
Le père Godefroy ,si je me souviens bien de son nom: un homme très gentil , un père supérieur et donc directeur des établissements de l'école LEON XII.
Il m'a accueilli avec un énorme sourire et m'a demandé avec une voix chaleureuse , comment j'allais ,puis il nous a invité à entrer dans son bureau.
Nous avons discuté de plein de choses , et naturellement de mon état de santé , de mon hospitalisation .
Je me souviens de son sourire et de l'homme qu'il était avec tous les enfants de l'école.
Il gérait tout et il nous donnait des cours de basket certains soirs de la semaine. J'aimais beaucoup ce père et il nous aimait tous avec "cœur".
Pourtant ,je me souviens de ma première année dans l' école où ma maîtresse ,une femme ,elle aussi très gentille , m'avait collé . oui ,souriez !!!!
Collé , moi en CM 1 ,tout ça parce que mes cahiers étaient mal écrits !!!!
Un jour, elle m'a dit que je serai collé pour le samedi suivant et le vendredi soir ,elle m'a remis un papier pour la colle du lendemain.
Je me suis présenté le samedi matin au collège . J'étais le seul du primaire à être dans la cour à attendre l'ordre de nous mettre en rang.
J'étais le plus petit et j'avais les larmes aux yeux.
Le père supèrieur est arrivé et a demandé à ce que tout le monde se mette en rang.
Là ,j'ai vu tout le monde se mettre à exécution correctement devant la salle d'étude : une salle énorme remplie de tables en bois , le bureau légèrement penché.
Ils ont tous sorti leur billet de colle ,et l'ont présenté au père ,chacun leur tour. Le mien était dans mon sac ,je ne le savais pas .

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alexandre 13/10/2015 19:07

oui très dur de quitter des amis avec qui on a partagé la chambre et la maladie et bien d autres choses aussi Mais ce Pen Bron qui peut l oublier??? personne . meme ceux qui ne le connaissent pas comme moi d ailleuirs ont l impression d y etre alles mais non en plus cela doitc etre fermé maintenant Stupidité quand on voit comment les enfants y étaient heureux!

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