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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Publié le par Emmanuel

Je me suis souvent demandé ce qui aurait pu se passer si ce jeu débile je l'avais fait en début d'après midi, après le moment où les plateaux nous sont enlevés, oui comment aurais-je pu défaire ce lien de mon cou, sans un couteau, comment aurais-je pu m'en débarrasser, j'ai eu ce jour là vraiment beaucoup de chance.

Nous sommes en début d'après midi, je vais passer une radio de contrôle, il faut vérifier où en sont mes hanches, voir si tout évolue bien, si je suis consolidé.
Une balade qui sort de l'ordinaire, en semaine je ne sors de ma chambre que pour aller en cours… mais là pour cette radio de contrôle, on se dirige à l'opposé des salles de cours, je vais enfin dépasser cette frontière, et me rendre….. en salle de radiologie.

Une fois pris l'ascenseur j'ai hâte, oui j'ai hâte d'entendre que tout va bien, je me pose des questions bien sur, mais bon vu que je me sens plutôt bien j’ai confiance, mon accompagnante me parle durant ce court voyage, mais là où je me rends, c’est le plus loin à l’intérieur du centre à ce jour ; nous passons donc derrière la chapelle, empruntons l'allée centrale et là elle installe mon lit dans une salle et j’attends que l'on vienne me chercher
C’est un endroit que je découvre, je regarde partout, mais j'ai vite fait le tour.

Je fus pris rapidement, là je dois me déshabiller puis on m'installe sur cette table dure et froide, toutes les tables de radio seront dures et froides, cela ne me gêne pas qu'elles soient froides mais la dureté fait que souvent j'ai mal dans les hanches le temps que j’y suis installé.

Le radiologue me fait prendre plusieurs poses de manière à bien photographier mes hanches. Certaines posent se passent bien d'autres non, j'ai hâte que cela se termine, mais je dois collaborer et puis ces radios peuvent donner de bonnes nouvelles alors je serre les dents parfois et j'attends. J’ai mal surtout sur le côté, cette position me fait souffrir, j'ai l'impression que je suis juste posé sur mes têtes de fémur et la douleur est intense à chaque radio.
Le plus drôle est qu'au début, il est arrivé près de moi avec une boule en plomb, une sorte de pince et me l'installe au niveau du sexe, cela afin de me protéger des rayons.

Le médecin a trouvé un petit souci avec ma jambe droite, si j'ai bonne mémoire, ma jambe droite n'est pas consolidée, donc il préconise de me mettre en tension. Voilà donc les résultats de ma première radio à Pen Bron.

Là, je le prends mal, je vais pas recommencer à être en tension, non je ne veux plus être attaché à mon lit, non pas là, pas maintenant où je commence à profiter un peu, où je commence à oublier ce mois de décembre, non !
On me ramène dans ma chambre et là j'ai à nouveau une bonne baisse de moral. Il faut comprendre que ne pas pouvoir marcher est une chose mais supporter une nouvelle fois cette tension c'est vraiment dur à imaginer.

Je suis là, j’attends dans mon lit un peu triste, un peu écœuré mais je tiens, aucune larme ne sort, moi ici je pleure oui, mais de l'intérieur, mes larmes coulent mais personne ne les voit. Puis une infirmière vient me préparer, elle me remet donc du sparadrap partout sur la jambe, mais là une amélioration quand même cette tension est amovible, celle-ci peut s'enlever et se remettre, ce qui me permettra de pouvoir comme d'habitude faire ma toilette, cela me rassure, mon moral remonte enfin un peu de savoir qu'il sera possible que je puisse l'enlever, je passerais de mon lit à mon lit d'école et là on me réinstallera pour la journée, mais à nouveau ces sparadraps me grattent, cela me démange, je n'arrête pas de me gratter. Il parait qu'il faut souffrir pour être beau, j'aurais souffert mais je ne serais pas non plus mannequin… !
L’infirmière me met donc dans mon lit de manière à être en extension : je vais de nouveau subir un étirement sur ma hanche, ma jambe gainée de sparadrap de chaque côté permettant d’installer un poids qui tirera sur ma hanche gauche.
Elle soulèvera le lit pour qu'il ait la bonne inclinaison et voila elle installe un sac de sable d'un certain poids lequel je sais pas mais il tire, il tire sur ma jambe, je commence à le sentir. Mais très vite je vais m'y habituer et puis de temps en temps on me décrochera et là c’est beaucoup mieux qu'à Clocheville, c’est moins pesant moins stressant, oui une seule jambe donc je ne m'emmêle plus quand je tourne dans mon lit la nuit.

Mes parents venaient très souvent me visiter, mais ici ce n'est pas très bien perçu de la part des sœurs, je dirais même que parfois, mes parents ne sont pas les bienvenus.
Un samedi matin, mon père est dès son arrivée convoqué pas la soeur supérieure du Centre pour lui tenir ces propos "Monsieur vu que vous venez souvent au Centre voir votre fils, que vous avez les moyens de louer un fauteuils roulant pour lui et que vous avez obtenu l'autorisation de sortir Emmanuel du Centre par le professeur Glorion en utilisant votre véhicule, vous devez donc avoir les moyens de ne plus venir au self et de vous offrir le restaurant"… Ces sœurs, quand même, si proches de Dieu et si peu de compréhension, enfin pas toutes, non, là je ne serais pas méchant mais cette soeur là son coeur devait être lourd et sourd.
Mes parents venaient me voir tous les week-ends c’est vrai, je pense que tous les parents se doivent de donner ce qu'ils peuvent, ce qu'ils ont au fond d’eux pour leurs enfants.
Mais pourquoi cette réaction, cette mise au point, non je ne comprend pas, même maintenant je n'ai toujours pas compris, peut être que cela dérangeait, et que… oui c’est vrai, j’étais aussi favorisé par ces visites régulières.


Dans le centre, il n’y avait pas que des garçons, non bien sur que non, la maladie touche garçons ou filles…

Il y avait des filles dans la classe mais je m’y sens tellement mal à l’aise que je ne vois personne, je suis en cours, mais sans y être.

Par contre le soir quand nous rentrions, quand nous regagnions nos chambres, ils arrivaient que l’étage soit envahi d’un petit groupe de filles qui naturellement venaient toutes dans notre chambre et là, le délire, là on oubliait la maladie, on parlait, on riait, on racontait tout et n’importe quoi et la chambre se fait l’écho de nos fous rires.

Quelques fois les filles de salle intervenaient, nous sermonnaient et nous demandaient de nous calmer… d’autres fois elles se fâchaient et renvoyaient les filles au rez-de-chaussée, dans leurs chambres.

Dans le pavillon Panckoucke, au rez-de-chaussée, se trouvait le service des Nadines, les filles, et à l’étage les Colibris, les garçons… Les Colibris, nous étions tous de jolis oiseaux et quand les Nadines retrouvaient les Colibris, cela nous faisait à tous un bien énorme.

Cela ne durait pas très longtemps parce qu’ici les soirées passaient vite mais nous étions tous là comme des gosses sortant de l’école, retrouvant les copains et copines, nous réussissions à oublier que nous étions malades, nous étions dans notre monde.

Entre nous tous se passait bien, on se racontait notre vie, on parlait ensemble, on se voyait chaque soir avant le repas. Il arrivait aussi qu’après le repas elles revenaient passer quelques moments avec nous mais pas très longtemps car une fois que les filles de salle s’apprêtaient à partir, elles devaient rejoindre leurs chambres.

Là la tension retombait, un vide s’installait quand l’heure du coucher arrivait. Ces moments étaient difficiles dès que la solitude nous gagnait tous. Pas un de nous ne parlait, le manque de des parents, des frères ou sœurs nous envahissait.

Mais nous avions mis au point un système de rencontre avec les filles. A une certaine heure de la nuit quand les veilleuses étaient passées, les filles venaient nous rendre une dernière visite.

Naturellement cette visite était bien moins longue que celles de la journée, oui bien sur que dans un bâtiment où le silence de la nuit règne, chaque bruit, chaque mot résonne et la surveillante de nuit arrivait pour mettre un terme à tout cela, de temps en temps certaines filles arrivaient à se cacher sous les lits ou dans un coin reculé de la chambre.

De bonnes crises de rire dans ce lieu rempli de malades.

Parmi ces filles, l’une d’elle plus âgée que moi était très belle, j’aimais bien son regard et ses cheveux long. Marie était atteinte d’une scoliose, je ne sais plus depuis quand elle était à Pen Bron mais depuis plus longtemps que moi.

Un soir alors que nous étions tous ensemble, nous chahutions et Yann a forcé Marie à m’embrasser, elle était toute rouge mais elle s’est approchée de moi et a déposé un bisou sur mes lèvres. Cela ne suffisait pas pour Yann, il insistait pour que ce soit un vrai et beau bisou, tout le monde riait…

Le départ d’un flirt entre gosses, le départ d’une histoire entre deux jeunes du centre allait alors animer tous les débats, tout le monde en parlait, tout le monde racontait un peu tout et n’importe quoi.

Mais pour moi c’était un moment important, à l’intérieur du centre un nouveau petit monde à nous, rien qu’à nous deux, bien sur nous étions toujours avec les autres mais nous avions nos regards remplis de sourires et nous étions l’un et l’autre heureux, si ont peut employer ce mot à notre âge.

La vie au centre n’était plus pareille, elle me semblait plus belle, les jours passaient plus vite et chaque soir je l’attendais et chaque soir elle venait.


Je tenais à évoquer, ici, les filles du centre, je vous ai surtout parlé de Marie mais c’est elle qui m’a le plus marquée, elle m’a fait aimé le centre, et nous étions en fait des enfants, oui comme tous les autres enfants, des enfants amoureux dans une cour d’école.

Nous...Les enfants de Pen Bron, entre rires et batailles

Au Centre, il y avait de bons et de mauvais moments mais j’ai toujours été entouré de mes parents. Souvent j’attendais le moment de leur arrivée.

Des moments où je n’étais pas bien, oui il y en a eu, mais je devais composer, je devais faire avec les douleurs liées à ma maladie, avec le manque des miens… Les douleurs, oui, elles pouvaient me faire atrocement mal, mais je les supportais, comme je supportais l’absence de mes parents.

Un jour j’ai entendu quelqu’un dire, on s’habitue à tout, oui à tout, même à la douleur si intense qu’elle devient une partie de vous, elle est là chaque jour et plus elle est présente plus on fait avec. Souvent les personnes qui vous connaissent vous disent, on ne dirait pas que tu as mal, mais elle est bien là, présente, en moi. La seule différence est que il faut l’accepter. Cela fait mal souvent, très mal parfois et tellement mal que l’on ne peut plus rien faire mais vous souriez et votre entourage pense que tout va bien.

Au Centre j’étais devenu plus qu’un enfant, on devient vite autre chose qu’un enfant quand il vous arrive d’importants problèmes de santé, on mûrit si on peut dire, on grandit, oui dans sa tête, on grandit mais le corps lui ne bouge pas, vous êtes et continuez à être un enfant mais vous grandissez trop vite de l’intérieur.

Entre nous il arrivait que l’on se chamaille, parfois même violemment. Nous étions au lit, couchés à ne pas pouvoir bouger de celui-ci mais des bagarres éclataient quand même. On se traitait de tous les noms et la violence était là, oui là aussi. Nous arrivions à nous battre, à nous envoyer les plateaux de repas à travers la figure, et heureusement nous ne nous sommes jamais fait vraiment mal.
Comme l’amour pouvait exister, la violence était aussi présente. Ils survenaient aussi les mauvais passages, les jours où tout est trop difficile. C’est vrai nous n’étions pas des anges malades, mais des démons parfois…

Je souris parce que chaque mot écrit dans cette histoire, chaque fois que je frappe le clavier, je revois chaque instant avec précision, quand j’écris violence, cela parait fort mais cela l’était même si maintenant je regrette ces moments où les mots, les gestes dépassaient la mesure.

Nous étions si soudés que je n’arrive pas à comprendre pourquoi nous étions à nous battre. La seule et unique bataille que l’on devait livrer était justement le contraire, il fallait se serrer les coudes comme nous le faisions la plupart du temps.

Mais voila ce n’était pas toujours le cas. Je me souviens qu’avec Thierry une dispute avait éclaté, pourquoi je ne sais plus, nous nous insultions et les mots étaient très forts, de ces mots découlaient des gestes aussi forts…des jets de diverses choses, ce que nous avions à porté de mains et jusqu'à nos tablettes de repas. Et ce jour la dispute en est arrivée au mains, la colère et moi, ayant pris l’habitude de me déplacer rapidement, je suis passé de mon lit à sa table de nuit, puis à son lit et là une grosse bagarre a commencé, des claques, des coups de poing…notre ring, le lit, et nous étions quand même assez habile pour rester dans le lit sans tomber. On se faisait mal mais on ne s’entait rien, tant la rage était là… il a fallut que les filles de salles interviennent pour nous séparer, je crois que s’est Yann qui était parti les chercher et elles nous ont séparé avec peine, chacun s’accrochant à l’autre, à tenter de donner le dernier coup.

La violence et la méchanceté, je les ai rencontrées par ma maladie, je ne me suis plus laisser plus faire depuis ce jour, je n’ai pas arrêté de me battre contre les regards, contre les mots et les sourires de certains, j’ai eu en moi cette colère et depuis elle ne m’a jamais quittée et je crois que je la garderai en moi encore longtemps.


Juste après le petit déjeuner, nous avions notre toilette à faire, pour ensuite prendre le "chemin" de l’école. Et tous les matins, avec Thierry et Robert nous étions les derniers à être emmenés au lavabo.

Comme d’habitude, il ne restait plus beaucoup d’eau chaude, la plupart du temps nous nous lavions à l’eau froide et cela nous mettait en rogne dès le matin.

Pour réparer cette injustice, nous avions notre astuce qui était de glisser nos pieds sous le lavabo de nos voisins et de faire remonter ce qui servait à retenir l’eau bien chaude qu’ils avaient afin qu’ils bénéficient de l’eau froide… comme nous… et là c’était parti pour une nouvelle bagarre ou des injures, des mots très "colorés" dans la bouche des mômes que nous étions.

Un matin, une fois notre opération menée à bien, j’étais tranquillement à savonner mon gant de toilette quand une des filles de salle est arrivée sans que je m’en aperçoive…elle m’a pris dans ses bras et m’a ramené dans ma chambre. Je me débattais, je ne voulais pas me laisser faire et pendant le trajet, enfin les quelques pas pour elle, qui allait de la salle des toilettes à ma chambre, je devenais de plus en plus colérique. Et quand elle m’a déposé dans mon lit, tout en débattant je lui ai passé mon gant de toilette sur la figure, je pourrai écrire que je ne l’ai pas fait express… mais si… j’ai profité que ma main était libre pour la débarbouiller de ce gant bien savonneux, elle est parti en me laissant dans mon lit.

Les autres ne bronchaient plus, certains m’interpellaient de la salle des toilettes, me demandant si tout allait bien. Moi, je jouais le dur, mais j’étais vexé d’avoir été le seul à payer notre opération commando, mais bon c’était le jeu et je ruminais contre Marie France, je crois que c’était son prénom.

Quand tout le monde a eu fini de se laver, elle est revenue me chercher, m’a ramené au lavabo et m’a dit "maintenant tu te laves et tu te débrouilles pour retourner dans ton lit".

Je me suis lavé tranquillement, j’ai bien pris mon temps en me disant qu’elle allait revenir, elle ou une autre, qu’elle ne pouvait pas me laisser sur ce banc en bois toute la matinée, que voyant que je serais toujours là, elle me prendrait et me ramènerait dans mon lit, mais non rien, j’ai espéré…attendu mais rien...

Ne voyant personne venir, au bout d’un moment, j’ai essayé de faire sauter le banc pour avancer un peu, celui-ci ce déplaçait légèrement. A l’aide de mes bras, je me battais pour gagner chaque centimètre, cela m’a pris un temps fou pour rejoindre ma chambre, sur ce banc, mais j’y suis arrivé.

Une fois à porté de la table de nuit, un dernier déplacement a failli me faire tomber, heureusement je me suis retenu afin d’éviter la chute, ce qui aurait pu être lourd de conséquences, pour moi. Toujours à l’aide de mes bras, j’ai réussi à me hisser sur la table de nuit… au lit de Robert, puis à ma table de nuit pour rejoindre mon lit.

Quand Marie France est arrivée et qu’elle m’a trouvé, là assis dans mon lit, moi la dévisageant, elle fut surprise certainement, elle a compris à ce moment que j’aurais pu me faire du mal, beaucoup de mal, mais je n’avais pas à faire le môme "rebelle", comme on dit aujourd’hui.

A force de jouer, on finit par gagner et avec mes bêtises enfin nos bêtises, c’est moi qui est payé, j’ai été emmené dans une autre chambre, je me suis retrouvé seul dans une petite chambre individuelle, près des ascenseurs. J’y ai vécu des moments difficiles, ils sont bien présents encore à mon esprit, vous savez ces moments où quand on est gamin, l’injustice est forte, douloureuse parfois.
Personne ne venait me voir au début, cela leur était interdit. Dans notre chambre, tout le monde venait manger, c’était le lieu où nous nous retrouvions, et là, je me sentais mis à l’écart.

Mais, j’avais la visite de Marie qui venait me voir en cachette très souvent, on parlait à voix basse pour que personne ne sache qu’elle était avec moi.

J’avais la chance d’avoir mes parents souvent avec moi, c’est vrai, je l’évoque beaucoup, mais tous les week-end, durant les mois passés à Pen Bron, ils étaient à mes côtés et cela ne plaisait pas aux sœurs. Pourtant ces visites très fréquentes auraient du les ravir, elles voyaient combien j’étais soutenu par les miens, je comprend pas… mais non cela gênait que mes parents venaient me voir…et où est le mal, je pense que l’on se disait que j’étais un enfant gâté mais croyez moi ce n’était pas le cas, non, chez moi avant ma maladie les claques et les punitions tombaient, mon père avait la main leste et lourde elle est souvent venue se déposer sur mes joues, que j’ai, ou non, fait une bêtise, je la prenais même quand la bêtise venait de mon frère, la claque était pour moi, j’avais beau me défendre et dire que je n’y étais pour rien, la seule et unique réponse que j’avais, était "tu es le plus vieux, c’est à toi de faire attention a ton frère"…

Alors que l’on me prenne pour un enfant gâté, non, je ne l’étais pas et ne le serais jamais, même avec cette maladie, cela a continué comme avant, je dirais même qu’avec les années cela a empiré, mais cela forge le caractère

Non pas gâté, j’étais entouré de mes parents, ils ont fait ce qu’ils devaient faire et cela je ne peux que les remercier d’avoir été présents dans ces moments de douleur, et la douleur n’est pas que physique, mais elle envahit votre tête, et pour des enfants, oui croyez moi cela tourne et retourne, et elle s’installe durablement.

Le temps s’écoulait et les jours devenaient de plus en plus beau. De jour en jour, le ciel bleuissait, je me souviens et j’entends encore dire que la Bretagne est belle mais souvent triste à cause de la pluie.

Nous nous approchions du mois d’avril je me souviens que le mercredi après midi, nous avions la chance de profiter du parc.

Ces moments étaient attendus, nous restions dans le parc, on y prenait l’air et le soleil et pour nous chaque instant gagné dehors était magique. J’adorais sentir le soleil me chauffer le visage, c’était un moment de vacances. En parlant de vacances je pense que nous étions comme les enfants des villes, que nous avions nos vacances scolaires comme tous les enfants, mais cela je n’arrive pas à m’en souvenir, je ne me rappelle pas avoir eu le plaisir de sortir de la classe à la sonnerie en courant heureux d’être en vacances, enfin courir pour moi était impossible.

Je me souviens très bien d’un week-end, enfin d’un samedi : je vivais pour attendre l’arrivée de mes parents.

Donc ce fameux samedi, mes parents sont venus comme d’habitude, ma mère avait le sourire, elle est venue, m’a embrassé et me dit qu’ils n’étaient pas que tous les deux, j’avais de la visite.

Quand ma tante Marie France est rentrée dans ma chambre ; j’étais heureux, mon cœur battait très fort, ce moment je l’ai adoré. J’aimais si fort ma tante que de savoir qu’elle avait fait la route pour venir me voir, cela fait un bien fou, croyez moi. Elle était accompagnée d’Alain, je crois qu’à l’époque, ils n’étaient pas encore mariés tous les deux, mais c’était mon oncle et pour moi c’était très important de le considérer comme tel, même si je ne l’ai jamais appelé "tonton", il savait que je l’aimais. Il n’arrêtait pas, il parlait sans cesse, il était intarissable et sur n’importe quel sujet.

Il était divorcé et avait eu des enfants avant de connaître ma tante, son fils Franck était venu avec eux. Il y avait aussi des amis que mes parents connaissaient depuis des années.

Que de visites en ce samedi…

J’étais comme je l’ai dis couvert de bonbons, de livres mais ce jour là je l’ai été plus encore que d’habitude, il y en avait partout, je ne savais plus où tout mettre mais j’étais tellement bien de voir du monde, tellement heureux que tant de personnes soient la ici autour de mon lit.

Mon lit ce jour là, je n’y suis pas resté très longtemps, nous avons pris la route pour aller bien au delà des promenades que nous faisions à l’accoutumée avec mes parents, non là, ce jour là, nous sommes partis loin, enfin pour moi oui, loin du centre, loin de la maladie.

Nous avons visité plusieurs ports, je ne sais plus où, mais je me rappelle d’une chose, c’est que tous ces endroit étaient magnifiques, que la mer et les bateaux m’ont apporté une certaine évasion….

J’en ai pris plein les yeux, plein le cœur aussi. Je revois ma tante, elle était ce jour près de moi, elle a toujours été près de mon cœur et elle y restera toujours.

Nous avons déjeuné dans un restaurant. J’avais ma chaise, oui j’étais installé le temps du repas comme tout le monde, je me sentais bien et j’ai gardé en mémoire ce moment, ce repas, ce restaurant et toutes les personnes qui étaient ce jour là si proches de moi.

Après le repas nous sommes partis pour Carnac, site où sont dressés des menhirs, les uns près des autres, ils formaient des lignes. Il y en avait un nombre incroyable, je n’en revenais pas de voir toutes ces pierres taillées et dressées dans le sol vers le ciel.

Cet endroit m’apparaissait magique, toutes ces pierres, ces gros blocs de pierre n’étaient pas là par hasard…..

Une photo a été prise devant ces menhirs, eux tous dressés, droits et fiers d’être debout et moi assis devant eux.

Quand nous avons pris la route du retour la tristesse, comme à chaque fois, s’est installée en moi et bien plus encore le soir puisque, ce soir ma tante et les amis de mes parents reprenaient la route pour Châteauroux.

Il vous manque toujours les êtres que vous aimez et bien ce jour là ils m’ont manqués avant même d’être partis, mais quelle belle journée j’ai vécue.

Pen Bron...Un cimetière d'enfants dans les dunes

Une semaine s’est écoulée..., les jours passent doucement. Le temps est de plus en plus beau et le bleu du ciel gagne en force et luminosité et je peux de mieux en mieux apprécier tôt le matin le départ des bateaux de pêche, avant de partir en cours.
J’aurai aimer être d’ici, aimer vivre là au bord de l’océan, pouvoir chaque jour regarder les vagues défiler les unes derrières les autres, les voir venir s’échouer sur la plage, pouvoir profiter de tous ces moments, oui je sais peut être que pour celui qui vit près du bord de mer, tout cela est devenu routinier, mais cette immensité d’eau, là devant mes yeux, c'est très impressionnant, et je suis un enfant qui vient du Centre de la France. J’apprendrai plus tard que cela est un besoin très fort qui s'inscrit dés lors en moi, un moment de calme, de détente, pouvoir se ressourcer les yeux pointés vers l’horizon où le ciel et la mer se confondent.
Aujourd'hui, Pen Bron est un site protégé, la nature y reprend ses droits que ce soit le faune ou la flore, et c'est important de préserver cet environnement. Il fait partie du Grand site classé des Marais de Guérande. Le massif dunaire de Pen Bron est classé Natura 2000.
Il est à l'abri de spéculateurs ou de projets immobiliers qui détruisent de nombreux espaces proches des rivages.
Dans une époque où l'argent et la cupidité règnent, il est bon de revenir sur notre histoire commune et se rappeler que l'hôpital pour enfants Pen Bron est né de généreux donateurs qui, afin de pouvoir soulager et souvent soigner les enfants tuberculeux, ont fait preuve d'abnégation, de générosité.
Revenons à Pen Bron, revenons à l’histoire que je vous livre depuis quelques semaines déjà.
Mes parents n'ont pu venir me voir au Centre, je le comprends très bien, il est tout à fait normal qu'ils restent avec mon frère. Il faut dire que depuis ma maladie, ils passent tous les week-end sur la route puis dans une chambre d’hôpital. Ils me manquent chaque jour ici, c'est vrai, mais mon frère, lui, ne les voit pas chaque fin de semaine, ils doivent lui manquer tout autant... mon frère que je n’ai pas vu depuis Noël lorsque je suis rentré, pour quelques heures chez moi.
Les moments importants d'une vie passent vite, trop vite, que l'on soit enfant ou adulte, nous vivons tous des moments magiques qui vous donnent l’envie que le temps s’arrête, mais... pas en salle de classe, là je trouve que la pendule accrochée au mur est déréglée, car les aiguilles peinent à avancer. Parfois je me dis que dans notre monde le temps ne bouge plus et là, la journée est très longue, oui, il est vrai que si j’avais plus écouté Tartine et regardé le tableau, j’aurai peut être trouvé les heures beaucoup moins longues et aurai certainement eu des notes beaucoup plus fortes que celles que j'obtenais.
J’ai eu, ce samedi là, la visite de mon oncle et de ma tante, Christian et Christine. Ils sont arrivés en tout début d’après midi, vraiment très tôt et j’étais heureux de les voir, ils me manquaient eux aussi. Ils ont fait la route pour passer quelques heures avec moi et j’étais heureux. Mon oncle adorait le football, mais dans ma famille qui n'aimait pas le foot... peut être les mères, tantes et cousines, oui mais... j’ai eu une cousine, très douée en football. A l’époque elle était capitaine de l’équipe de France féminine, un vrai garçon manqué, avec un ballon dans les pieds.
Nous partons donc en promenade, on m’installe dans mon lit, mes parents ayant ramené le fauteuil roulant puisque dans la semaine j’allais en cours dans mon lit. Pour cette fois, la promenade se fait en lit roulant. Une nouvelle fois, je découvre, redécouvre le tour de Pen Bron parcouru tant de fois, mais cela n’est pas grave, non, j’aime longer le Centre, le contourner, voir le port du Croisic. Le vent fouette à nouveau mon visage et là quel plaisir, une nouvelle fois je vis, là devant ce paysage si beau, j’ai beau le connaître, j’aime cet endroit. Le chemin est chaotique, c'est plus facile avec le fauteuil, mais je suis bien et je supporte les soubresauts quand mon lit avance sur la jetée.
Ma tante Christine me raconte tout ce qui se passe chez moi, à Châteauroux, et je souris, tout ce qu’elle me dit, je l'imagine dans ma tête... tous les jours, je pense à ce que chacun fait que ce soit chez moi ou à l’école, je vis ainsi un peu avec eux.
Christian me dit qu’une fois que je reviendrais à Châteauroux, nous irons voir mes copains et copines de classe et mon professeur monsieur Bernard Boissineau et là je souris encore plus fort parce que j’en ai envie, j’en ai besoin, j’ai besoin de retrouver mon "chez moi", j’ai besoin de revoir chaque visage.

Nous avons fait ce jour là le tour du centre, puis nous nous dirigeons vers l’entrée, oui notre tour est terminé quand ma tante propose de remonter la route…
Avec mes parents nous faisions souvent le tour mais nous n’allions pas plus loin. Nous partions en ballade à Guérande ou au Croisic, nous longions la côte sauvage et visitions les alentours de Pen Bron.
Alors aujourd’hui, oui, remontons la route et continuons la promenade… Cette route, je la connais mais à travers les vitres de la voiture. J’apercevais alors des chemins traversant les dunes, tels des passages secrets qui menaient, je le sais, à de belles plages…Qu'il eut été bon alors de courir et d'aller voir de l'autre côté.
Faire ce chemin avec mon oncle et ma tante, c’était comme tout découvrir avec eux. Bientôt, nous apercevons sur le côté droit de la route le haut d’un petit muret, jamais je ne l’avais vu, non jamais, je m’en rappellerai. Mon oncle nous laisse un instant, et de la route il s’engage dans un petit chemin façonné dans le sable, et bientôt disparaît.
Il revient vers nous, une émotion se lit sur son visage et d’une voix hésitante nous apprend que là, derrière ce muret, à l’abri des regards et du temps qui passe, se trouve un cimetière.
Difficilement, tous deux poussent, tirent mon lit sur le chemin menant à quelques marches puis à des grilles en fer…comme une porte entrouverte qui laisse l’entrée libre à qui veut bien venir à elle, j’apprendrais plus tard, bien des années après, qu’elle est toujours ouverte.
Nous nous trouvons face à de petites tombes, deux rangées de tombes d’enfants surmontées de croix blanches. De très jeunes enfants sont enterrés là dans le sable, ce qui me trouble c’est que sur chacune d’entre elles sont indiquées la date de décès et les noms et prénoms.
C’est ainsi sur n’importe quelle tombe mais là ce ne sont que des enfants, des enfants qui sont morts d’une maladie qui n’existe plus, mais moi je suis là malade, comme eux dans ce centre, tout comme eux à leur époque où ils sont venus pour guérir mais ils n'en sont jamais repartis… et là j’ai peur, j’ai l’impression de les voir tous ces enfants…je suis triste et j’ai peur.
Ils sont là alignés sagement, il n’y a pas de bruit, et au centre de l’allée une grande tombe, une sœur est là, elle veille sur eux, elle ne les surveille pas, elle les protège oui, je le sais, je sens que la sœur veille simplement sur eux, mais malgré cela j’ai peur, je n’ai qu’un souhait quitter cet endroit.
Nous repartons enfin, mais les images de ces tombes d'enfants restent en moi, dans ma tête et devant mes yeux, mon oncle et ma tante en parlent encore. Ils ont été très surpris de trouver ainsi ce cimetière, et ce sont des adultes, alors moi, jeune garçon de 11 ans, moi qui n'avais pas encore posé le pied sur le sol de Pen Bron, ce sol m'apparaissait maintenant dangereux, et l'émotion emplissait tout mon être et la crainte, la crainte de ne jamais rentrer chez moi.
Nous prenons la direction du centre doucement, la journée se termine, ils vont partir et moi reprendre ma vie ici tout en sachant que certains de nous meurent ici, je savais cela possible, mais depuis ce jour c'est une vérité, j'ai vu ces tombes d'enfants, des jeunes, voire très jeunes enfants venus pour guérir, ils n’en sont jamais repartis. Ils demeurent là couchés sur le bord de mer, bercés par le bruit des vagues, protégés du vent par ce muret de pierre, la sœur veillant leurs petites âmes d'enfants. Moi aussi, je suis un enfant…Ils sont près de nous, ils resteront à jamais des enfants de Pen Bron.
Pour nous, aujourd'hui adultes, et bien des années après, nous demeurons aussi des enfants de Pen Bron. Je suis aujourd'hui debout, j'ai pu parcourir à nouveau ce chemin sur mes jambes, l'émotion est demeurée intacte et je sais qu'au fond de moi je suis lié à ce lieu.
Pourquoi un tel attachement, car comme tous, j'y ai vécu des moments difficiles, loin des miens et la maladie, une ostéochondrite, a fait que ma vie a pris un chemin différent de celui qui est donné aux autres enfants. Cependant, je suis venu à Pen Bron, et les mois passés dans ce centre sont gravés en moi. Je ressens aujourd'hui une certaine sérénité à parcourir ce bout de presqu'île.
La tristesse, la colère, l'incompréhension parfois, que j'avais en moi enfant ont laissé place à une réconciliation, une union affective entre le centre de Pen Bron, son environnement si riches de couleurs, d'odeurs, et de paysages si contrastés et la finalité aujourd'hui de cet endroit : offrir une convalescence aux personnes, enfants ou adultes, souffrants de handicap dans un cadre où la nature est préservée.
Oui, tous, nous demeurons des enfants de Pen Bron.

Le jour où j'ai quitté Pen Bron...

J’ai longtemps gardé le souvenir du cimetière et une fois la nuit tombée, je tentai de fermer les yeux mais à chaque fois la même angoisse me prenait la gorge et me serrait le coeur, j’étais à nouveau dans la dune, près de ces enfants, je revoyais ces prénoms de filles et de garçons, ces petites croix alignées sagement mais que de douleurs dans mon émotion…

Quelques jeunes étaient au courant mais aucun ne m’en n’avait jamais parlé, depuis mon arrivée au centre.

Je me souviens du matin où nous étions restés dans nos chambres après le bain, un mercredi, sûrement…une fille de salle est venue nous chercher.
Cela se passa ainsi : elle m’a installé sur mon lit de promenade, puis quelques autres copains "de chambres" se sont assis avec moi, nous formions un "drôle d’équipage" jusqu’au moment où j’appris que nous allions tous rendre une visite au dentiste. Du haut de mes 11 ans, enfin si je peux le dire ainsi, je n’avais jamais, encore, vu un dentiste.

Certains visages ont brusquement changé de physionomie, je lisais une certaine inquiétude et entendais quelques mécontentements … et moi à force de les entendre, je ne me sentais pas mieux qu’eux
Une fois arrivée dans la salle d’attente, nous avons tous quitté le lit, nous avons été installés sur des chaises en nous demandant de rester là sagement, que l’on viendrait tous nous chercher après la visite.

Certains n’ont pas résisté, et les fous rires ont éclaté. Une femme, sûrement l’assistante du dentiste est entrée et nous a demandé qui voulait passer en premier.
Nous nous sommes tous regardés, aucun de nous ne voulait se désigner, plus un bruit ne régnait dans la salle, nous étions tous cloués à nos chaises, immobiles, sans aucun mot.
Le temps semblait s’être arrêté, quand bien sur, elle se dirigea vers moi pour me dire : il faut bien un premier alors allons y…
Non mais, pourquoi moi j’avais pas envie de passer le premier, mais je n’ai pas eu le choix, elle me prit dans ses bras et m’emmena jusqu’au siège du dentiste.

A nouveau, j’entends mes camarades fanfaronner et être tous contents de ne pas être à ma place et moi je suis "assis à demi couché" à attendre, non, je dirais à avoir peur.
Un homme arrive, vêtu de blanc, avec un large sourire surmonté d’une petite moustache. Il vient vers moi et me demande d’ouvrir la bouche pour vérifier l’état de mes dents.
Je le vois prendre un outil bizarre, un objet fin, plus fin qu’un stylo bille mais le bout était très, très fin…
J’ouvre ma bouche, mais néanmoins prêt à la refermer en cas de danger, je l’ouvre mais je ne suis vraiment pas tranquille, il glisse un doigt dans ma bouche puis commence à scruter l’intérieur. Je vois son regard se rapprocher de moi, avec en éclaireur, une lumière aveuglante. Je ne le voyais pas bien, j’étais ébloui…
Il prend son temps, fait passer son truc bizarre et métallique sur mes dents, se remet en position bien droite sur mon siège et me félicite de l’état de mes dents et me fait un énorme sourire… Il me dit : "tu vois, c’était rien, allez file et continue à avoir de bonnes dents".
On me ramène, me redépose sur mon lit. A nouveau aucun bruit dans la salle d’attente, pour moi tout va bien, j'ai le sourire, mais eux ne l’ont plus. Je les regardais tranquillement et attendais de voir lequel d’entre eux allait partir sur le siège du dentiste. Une fois les séances terminées, nous avons été ramenés dans notre bâtiment.
J’ai aimé le dentiste ce jour là, et ce sera bien la seule fois où j’aurais le plaisir de ressortir de chez lui avec le sourire.


Les journées sont de plus en plus belles, nous nous rapprochons du printemps, la nuit tombait un peu plus tard chaque jour.

Nous allions parfois en promenade dans le centre, et plus particulièrement devant l’entrée du "château", oui l’entrée principale était magnifique, et devant s’étendait un parc. Nous profitions alors des arbres et surtout de l’air, du soleil. Et moi, je devinais la mer, là toute proche. Pour nous "les couchés", ces moments étaient importants, car même au lit nous apprécions avec plaisir le fait d’être dehors, nous sentions le vent ou les rayons du soleil se poser sur nous…

Les "marchants" jouaient un peu plus loin.

Ce centre était notre monde, un monde où régnait un peuple d’enfants entouré de quelques adultes, de religieuses, de médecins, qui étaient là pour nous…un royaume pour des mômes, des gamins, des gosses malades… un endroit que l’on ne peut oublier, un séjour, un vécu qui reste gravé en nous, une histoire qu’il faut continuer d’écrire, un lieu qui ne doit jamais disparaître.

Sans le savoir je vivais mes derniers moments à Pen Bron, je ne savais pas que mes parents allaient profiter d’un rendez vous avec le professeur Glorion pour demander mon départ du centre.
J’étais en cours et comme tous les samedis, je contemplais les aiguilles de l’horloge, c’est bizarre comme parfois elles semblent nous défier et prendre leur temps.

J’avais hâte de retrouver mon père et ma mère que je n’avais pas vus depuis 15 jours ; Ma tante et mon oncle étaient venus passer un peu de temps avec moi le week-end dernier.
Si je n’étais pas studieux la semaine, le samedi matin je l’étais encore moins, ma tête était ailleurs, j’imaginais mes parents sur la route, ils se rapprochent du centre, ils viennent au devant de moi…
Quel était l’objet du cours ce jour là, je ne le saurais jamais…

On a frappé à la porte de la salle de cours…une fille de salle est entrée, je crois qu’elle s’appelait Laurence, je me souviens de son visage, de la couleur de ses cheveux, elle s’est montré patiente avec nous, car il faut quand même bien reconnaître que nous étions pas toujours des anges malgré les sœurs, nous étions de bons petits diables, parfois.
Elle est entrée en s’excusant de déranger le cours mais elle informe Tartine qu’elle doit récupérer Emmanuel, que ses parents l’attendent, qu’il rentre chez lui.
D’un coup dans ma poitrine, ça m’a fait comme un morceau de glace, j’ai eu froid, je ne comprenais pas ce qu’elle venait d’annoncer, enfin je le comprenais sans vraiment comprendre ou réaliser ce qui se passait.
Tout le monde s’est tourné vers moi, je revois encore les visages des autres élèves braqués sur moi. Je lisais dans leurs yeux la chance que j’avais de rentrer à la maison, je voyais de l’envie.

Les yeux de Tartine affichaient un léger sourire, mais pas un soulagement, non, je n’étais pas un bon élève, je n’étais pas très sérieux, j’ai un peu lutté contre elle, mais là, non, elle était ravie de me savoir heureux sûrement de rentrer chez moi.

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