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Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Les Enfants de Pen Bron, La Turballe

Un blog pour témoignage, un blog pour le site de Pen Bron de La Turballe, pour que ce Centre Marin continue son action, celle d'accueillir des enfants dans un cadre de vie et un environnement marin unique. Emmanuel

Publié le par Emmanuel

On était au courant parce que quand nous faisions trop de bruit, les filles de salle nous avaient expliqué qui se trouvait derrière ces vitres et pourquoi, alors l'après midi, c’est vrai que nous étions calmes, très calmes.
Je me souviens que Robert avait demandé à un des gosses d'aller gratter cette peinture présente sur les vitres pour que l'on essaye de la voir.
Moi je l'ai vu un an après, mon lit était juste derrière elle, je l'ai vu, elle avait autour du cou comme un collier de trombones et un tuyau dans la gorge, je l'ai vu et j'ai vite retiré mes yeux de la vitre. Elle avait de très beaux cheveux longs et bouclés.
Un soir en jouant avec notre jeu du rouleau de papier toilette, Thierry a lancé tellement fort en direction de Robert qu'il n'a pu le rattraper et a frappé la vitre.
Un bruit énorme dans nos têtes a résonné et là tous les trois, nous nous sommes calmés, nous avions tous les trois peur qu'elle se soit réveillée et qu'elle vienne dans notre chambre.
Quelques années plus tard, je me rappelle avoir raconté ce moment et me dire comment j'aurai aimé qu'elle se réveille, du à notre bruit, à notre jeu bête, oui, j'aurai vraiment aimé.
Je ne sais qu'une chose, c’est que l'année suivante à ce que j'écris, je l'ai vu et que c’est la dernière fois que j'ai entendu parler de la jeune fille d'à côté de notre chambre.
Je me suis toujours dit qu'elle s'était réveillée, que sa mère avait retrouvé le sourire mais j'ai peur d'avoir malheureusement tort.


Les jours qui passent se ressemblent , les week-ends aussi, mes parents arrivaient le samedi, partaient et revenaient le dimanche.
Je me souviens que mon père, souvent installé au bout de mon lit, levait légèrement mes poids et que par magie ma jambe remontait toute seule, le moindre mouvement sur mes tractions je le sentais, c’est fou la sensation que cela me faisait.
Ces tractions, si je me souviens bien ou plutôt si j'ai bien compris, servaient à décoller ma tête de fémur du bassin, quelque chose comme ça...
24 décembre 1974 enfin, enfin, j'ai l'autorisation de sortir de l'hôpital pour passer Noël chez moi. Cela fait maintenant 18 jours que je suis attaché à ces poids, je vais pouvoir être libre.
Fin de matinée, le kiné arrive et là je me retrouve libéré, je vous dis pas comment ça arrache. Les sparadrap collés à mes jambes font que je suis sale, c’est tout noir la dessous et j'ai les marques même des trous du collant, ça fait un effet...
Je me souviens que l'on m'avait dit que j'aurais le droit de marcher un peu, juste un peu, donc, moi le petit "Manu" que j'étais alors, n'a pas attendu de savoir s'il avait le droit ou pas ! En cachette, une fois que tout le monde est sorti, j'ai eu qu'une envie, marcher !
Une grande question dans ma tête, est-ce que je saurais toujours marcher, quelque part j'avais la peur de ne plus savoir, j'avais peur de devoir réapprendre à marcher.
Alors je me suis lancé, j'ai laissé mon petit corps de gosse glisser le long du lit tout en me tenant bien. Mes jambes ont touché le sol, une sensation de fourmillement m’a prise, je me suis appuyé sur mes deux jambes et ai commencé à marcher.
D'un premier pas, j'en ai fait un second, j'avais l’impression de descendre une pente, de marcher en descendant un chemin de montagne, je dirais.
Là, j'ai eu peur et j'ai "bondi" dans mon lit.
En début d'après midi ma tante et mon oncle sont venus me chercher, la route ne m’a pas paru longue.
Je suis arrivé devant chez moi où tout le monde m'attendait, tous avec un sourire, j'étais heureux c’est vrai de rentrer chez moi après ces jours d'hospitalisation, heureux de me sentir ici, là sur cette banquette dans le salon. Là j'ai fait la découverte du cadeau qui avait été fait à mon frère, une chienne papillon, toute petite, ma mère me l’a apportée et me l’a déposée sur les jambes, j'ai voulu la caresser et madame enfin mademoiselle, c’est empressée de me faire dessus, ce qui a mis un terme à une longue amitié qui aurait pu naître.
Faut dire que je préfère les chats, c’est doux, ça ronronne, c’est câlin !
La soirée c’est super bien passée, j'étais heureux, en plus installé comme un roi devant la télévision, il faut dire que ça me manquait aussi ce petit écran.
Ma tante a eu la merveilleuse idée de m'emmener à la crèche vivante à une quarantaine de km de chez moi, je venais de faire dans l'après midi 140 km de route, couché et là on recommençait, non mais franchement !
Partir pour arriver à la nuit, voir une foule de personnes marcher vers une église, accompagnée de bergers, de moutons, d'ânes...
Nous sommes rentrés tranquillement et là une fois couché des démangeaisons dans les jambes m'ont prises mais à ne plus s'arrêter, j'en hurlais, je me grattais, je n'arrêtais pas, j'avais les jambes gonflées. Après des appels à l'hôpital, au médecin et aux pharmacies de garde, j'ai du m'endormir avec une crème sur les jambes et quelques comprimés.
Je ne parlerais pas des cadeaux de Noël, je ne m'en souviens pas, il devait y en avoir beaucoup mais tout ce que je sais, c’est que le plus beau cadeau que j'avais eu, c'était de sortir de l'hôpital.
Le 26 décembre 1974, retour à l'hôpital...
Nous sommes passés voir un de mes copains parce que c'était l'un des seuls à prendre de mes nouvelles et avec lui, tout gosse on rêvait de devenir cuisinier ou archéologue... des rêves de mômes...Ensuite, nous avons repris la route de Tours, oui demain matin, je vais au bloc pour l'opération, la première pour mes jambes et cela ne sera pas la dernière, croyez moi, là souvre un long chemin et le début des opérations.
J'ai retrouvé la même place, dans la même chambre, mes deux potes sont eux aussi rentrés dans la journée.
Une fille de salle vient me voir, m'embrasse, me souhaite un bon Noël et m'offre un petit paquet.
Tous les enfants de l'hôpital ont eu la même chose, un père noël en chocolat, quelques pâtes de fruits et une maquette, si je me trompe pas.
La soirée arrive à grand pas et là pas de chance, pour moi juste une soupe, une toute petite soupe et un yaourt, ce n’est pas grand-chose, il faudra faire avec.
Juste après le repas une infirmière arrive avec sa table roulante remplie d'accessoires, là elle me demande de me déshabiller et elle s'installe près de moi, elle est munie d'un rasoir et me rase, elle a passé le rasoir partout, du torse jusqu'a mes chevilles...
Ensuite elle me donne un produit et me conduit à la douche et là, un bain et une douche, deux douches avec ce produit marron qui sent mauvais, mais vraiment une odeur ! la betadine.
Elle m'enroule dans un drap antiseptique bleu, me prend dans ses bras et m'emmène dans mon lit et là, on recommence avec un pince où elle a accroché au bout un coton rempli de betadine, elle passe et repasse le coton, je suis marron non, non, j'ai pas pris le soleil, mais je suis d'une couleur atroce, marron rouille.
Ce soir là je n’ai pas trop dormi, pourtant il m'avait donné un médicament, mais j'ai tourné et tourné toute la nuit. Au matin, un peu plus tôt que d'habitude, l'infirmière du matin vient, me réveille et me dit qu'elle a encore quelques soins à me faire. A nouveau, la bétadine !
Je suis pas trop fier quand elle prend une seringue, je vous dis même pas la taille de la seringue, mais là où je commence à flipper le plus, c’est quand je vois la taille de l'aiguille. C’est pas possible plus long, elle rentre pas dans la pièce ou alors faut faire un convoi exceptionnel !
Un petit coup de coton, elle me pique, une douleur immense m'envahit le bassin ; j'ai l'impression qu'elle a traversé mon corps et que l'aiguille a touché le matelas tellement elle m’a fait mal, c’est dingue ça, pour pas avoir mal on commence par vous faire mal…puis elle m'a dit, décontracte toi, ça je l'étais, oui, pour être décontracté, tout était mis en oeuvre et j'ai senti le liquide me pénétrer doucement mais avec une violence aussi forte que cette fichue aiguille,
J'avais l'impression qu'elle n'allait jamais s'arrêter.
Il parait que le liquide est gras et qu'il peine à rentrer, c’est la raison pour laquelle elle y va doucement mais je peux vous dire que pour être épais, oui, il doit l'être.
Enfin elle retire l'aiguille mais j'ai toujours l'impression de l'avoir, ce n’est pas possible, elle a oublié un truc en moi, j'ai mal et quelques larmes ont encore coulées le long de mes joues.
Je bouge ma jambe pour écarter cette raideur, mais rien, au contraire plus je la bougeais plus j'avais mal.
Il me restait à attendre que l'on vienne me chercher.
Mes potes étaient réveillés et prenaient leurs déjeuners tranquilles devant moi. Ils ne manquaient pas d'air quand même manger devant moi, moi qui n'avais pas le droit, et la solidarité, non ne vous croyez pas ! Thierry est venu me parler un peu. A Noël, il avait eu un jeu d'échecs, il m’a proposé de jouer et comme je ne savais pas, il m'a appris à déplacer les pièces une par une.
Il y a une chose qui me fait sourir , c’est qu'apprendre les échecs enfin apprendre c’est vite dit, un matin d'opération, je pense que nous sommes peu à l' avoir fait avant de franchir ces grandes portes et d'entrer dans le bloc opératoire !
J'ai juste eu le temps de comprendre un peu, puis on est venu me chercher. On m’a emmené avec mon lit et là j'ai traversé le couloir sur toute sa longueur, traversé le côté des filles ! Même pas eu le temps de m'arrêter faire connaissance, car direction les deux portes du fond.
A l'entrée, c'était bien marqué passage interdit bloc opératoire, nous on avait des laissez-passer !
Alors sur ma gauche, bloc B et un petit peu plus loin bloc A.
Le bloc B, j'aurais le temps de le connaître plus tard.
Le bloc A, c'est une immense salle, énorme avec une table d'opéation en plein milieu, surplombé d'un immense spot qui éclairait très bien, je crois bien que l'on aurait pu éclairer un stade avec, non je plaisante !
On m'installe sur la table d'opération et une personne, une femme masquée est venue me parler et en même temps m'installer sur le dessus de la main une aiguille munie d'un petit tuyau.
Bon sur le dessus de la main, ça picotait quand même pas mal quand elle m'a introduit l'aiguille mais je préfère cela à la précédente piqûre.
Elle m'a installé un petit oreiller sous ma tête, une petite forme de boudin, je n’étais pas trop mal installé, un peu dur le matelas, mon petit corps de gosse recouvert d'une nuisette bleue ouverte et d'un drap, enfin il ne faisait pas chaud du tout.
Là, elle m'a parlé, m’a demandé de compter à partir de dix en reculant et c’est parti, je n'ai pas eu le temps de finir que j'ai senti une drôle de sensation, mes yeux voulaient se fermer et moi j'essayais de résister.Elle m’a dit, laisse toi aller, et de toute manière j'ai rien pu faire d'autre, quelques secondes après, je me suis réveillé malade à vomir et des douleurs atroces dans mon bassin.
Bon mince alors, ce n’est pas quelques secondes après, vu qu'il parait qu'elle a duré plus de sept heures l'opération, il devait y avoir de gros travaux à faire dedans !
Enfin tout ce que je retiens, c’est que pour moi cela a duré une seconde, même pas rêvé, rien, mais là maintenant un cauchemar, des douleurs, des vomissements incroyables et j'avais soif, c’est fou, il m'a fallu attendre je ne sais plus combien de temps avant que l'on porte un gant de toilette humide sur mes lèvres.
Je me rappelle l'avoir serré entre mes dents pour aspirer le peu d'eau qui s’y trouvait. J'ai été malade toute la nuit qui a suivi et les douleurs n'ont jamais cessées.
Au matin, j'ai découvert mon corps, j'ai relevé les draps, j'ai vue d'énormes pansements d'où sortaient sur chaque cuisse des tuyaux où du sang se trouvait.
Oui, ce matin un peu vaseux, il faut dire que j'ai passé un temps fou à vomir, toute la nuit, malgré les médicaments, je n’ai pas arrêté, il faut dire qu’ils n’avaient pas le temps d'agir vu que je les rendais aussitôt...
Cela va mal, mais ça passe, enfin je le dis vite parce que dès le moindre mouvement du bassin tout se réveille et j'ose même pas bouger mes jambes, ni les plier...
La matinée se passe, je dors, je me réveille, je suis un peu encore sous l'effet de l'anesthésie.

En milieu de matinée, l'infirmière arrive pour les premiers soins, une table remplie d'instruments. Bon, c’est reparti ou plutôt c’est parti avant c'était supportable !
On va commencer à toucher les plaies... J’ai peur parce que je ne sais pas encore ce qui va m'arriver.
Elle me demande de me mettre sur le côté avec gentillesse mais bon déjà que je peux à peine bouger alors me mettre sur le côté, elle plaisante ou quoi !

Bon, elle m'aide à me tourner j'ai mal et la peur ne fait qu'empirer les choses. Déjà les plaies me font mal mais en plus les tuyaux enfin les drains me causent plus de soucis, ce truc vivement qu'ils m'enlèvent ça.
L'infirmière avec délicatesse défait les pansements très, très doucement. Ils sont remplis de sang et collés donc elle fait attention.
De toutes mes interventions, jamais je ne pourrais dire qu'elles n'ont pas fait attention à ne pas me faire mal, elles seront, opérations après opérations, toutes gentilles et méticuleuses même s’il m'est arrivé de me prendre la tête une fois avec l'une d'elles, elles seront toutes prévenantes avec moi.
Voila la plaie est à l'air, c’est bizarre, je sens que plus rien ne la protège, j'ai l'impression que c’est frais dessus.

Avec un ciseau où elle a inséré au bout une compresse, elle glisse sur ma cicatrice et là un bien fou, c’est doux, c’est frais, ça fait un bien incroyable.
Le reflex que j'ai eu et que j'aurais toujours à chaque pansement, c’est de regarder ma plaie, de regarder à chaque fois comment c’est.
Faut dire que c’est pas joli quand même, des fils, il y en a un paquet, je peux vous le dire, cela part du haut de mon bassin pour descendre jusqu'à côté de mon genou, ça fait un sacré bout de chemin quand même.
Elle s'occupe de moi rapidement parce que ma position n'est quand même pas idéale, même si elle m’a bloqué avec des coussins, je commence à peiner et j'ai encore l'autre jambe à faire.
Bon voila, tout est fait, avec joie je me retrouve allongé et frais j'ai, l'impression que je revis, c’est fou, bon cela vaut pas une bonne douche mais c’est déjà ça.
Des douches, suis pas près d'en prendre une, croyez moi !
J’ai faim, j'ai une faim, c’est fou et c’est bientôt l'heure du repas, je sais plus ce qui se trouvait sur le plateau, mais je sais une chose, j'ai tout mangé avec plaisir, j'ai rien laissé.
En début d'après-midi, juste avant la sieste, une fille de salle est venue me passer une huile sur les talons, j'avais des fourmillements et elle m'a passé de la lotion sur le dos, cela m'a fait un bien fou. J'étais mal à force de rester allongé sur le dos et pour éviter les escarres, j'aurais droit à ce massage assez régulièrement.
Je n’ai jamais eu d'escarres, tant mieux et je n’aurais jamais d'oscar tant pis !
Les jours ont passé tranquillement, tout se déroulait bien, je ressentais doucement mon bassin même si par moment c'était pas encore ça, tout allait bien.
Le troisième ou quatrième jour, au matin, l'infirmière m’a dit les drains ne donnent plus rien, on va les enlever alors là, alors là, j'étais content et c’est pas peu dire croyez moi ! Alors elle me dis, c’est parti, j'inspire à fond et là une douleur violente me déchire la cuisse et me remonte jusqu'au cœur, des sueurs sur mon front sont apparues, j'ai jamais eu de ma vie aussi mal qu’à ce moment là, c’est fou, j'ai l'impression qu'elle a mis sa main à l'intérieur de ma poitrine et qu'elle m’a arraché le coeur et déchiré en même temps tout l'intérieur de ma cuisse.
J'ai hurlé, simplement hurlé, on m'a entendu dans tout le couloir.
Elle m'a dit de respirer calmement et avec une compresse a épongé le sang qui coulait de ce trou, une longueur de tuyau incroyable qu'elle venait alors de retirer de ma cuisse.
Elle a refait le pansement de ma jambe pour m'installer sur l'autre côté et s'occuper de mon autre jambe.
Elle a tout refait comme j'ai écrit avant, même système pour le second drain, mais là je savais la douleur que j'avais eu, je savais que c'était repartis pour la même chose.
Au moment où j'ai pris mon inspiration, je me suis tellement contracté que la douleur était encore plus forte , encore plus violente, je sais pas si c’est parce que je savais mais je peux vous dire que des larmes ont coulé, quand elle a eu fini, des larmes de douleurs en même temps que des larmes de soulagement se mêlaient les unes aux autres.
Parce que c'était fini, je n'avais plus ces maudits tuyaux et pour moi je pensais que je ne pouvais pas avoir des douleurs aussi importantes maintenant.
Voila le retour du bassin, cela fait depuis l'opération, donc je dirais quatre jours, je battrais mon record de bassin bien plus tard puisque je ferais toujours tout pour ne pas y aller...Record à battre 15 jours !
Alors comment faire pour ne pas aller au bassin sans éveiller les soupons, tous les matins et tous les soirs, l’infirmière vous demande si vous avez été au bassin, pas dur, à un moment vous dites oui, elle vous répond, c’est pas marqué sur la fiche et vous, et bien , elle a du oublié ! Cela a marché à chaque fois !
Donc le bassin, je demande à l'avoir, mais là mes fils sont justes posés dessus sur le bord, ça fait mal, mais en plus le bassin me fait mal lui aussi.
Les journées s'écoulaient doucement et avec mes potes, les jeux et rigolades étaient revenus à notre chambrée.


Et voila le jour des fils qui arrivent, ce matin l'infirmière m'a dit qu'on enlevait tout.
Elle m'installe, donc je ne vous redis pas comment, vous le savez.
Et là, c’est parti, je redoute un peu, je repense au drain, elle me rassure et commence par le premier, le deuxième et là un bien fou, ça gratte et elle gratte là juste là sans que je lui dise, c’est là qu‘elle pose sa lame, ça fait un bien fou.
De temps en temps, un fil est sous la peau et ça fait un peu mal mais je suis bien, si je me rappelle bien, je crois que j'avais entre 50 à 60 points par jambes.
Elle a nettoyé tout cela et m'a remis un pansement, j'étais bien et soulagé, ce n'était pas beau, ma cicatrice était très gonflée, c'était moche, mais tant pis

Nous entendions tous parler d'un centre de rééducation spécialisé près de Guérande, il s'appelait Pen Bron, on devait tous les trois y aller mais pour l'instant ce n'était que des paroles.
On m'a demandé si je voulais y aller et moi je n’avais pas envie même si mes copains s'y rendaient. Je voulais pas, c'était très loin de chez moi, trop loin

Voila, Thierry est parti dans le centre de Pen Bron, un vide s’est installé dans notre chambre.
C’est morose, on a l'impression de l'avoir perdu et en même temps notre bonne humeur.
Les jours passent, ils deviennent de plus en plus longs, nous voyons de dehors que le temps gris et la pluie tomber.
Nous sommes au chaud dans notre lit, plein de personnes rêvent de rester au lit le matin, de faire la grasse matinée, plus moi et pourtant j'aimais mon lit, j'aimais le soir aller me coucher, ouvrir discrètement les volets de ma chambre en pleine nuit et appeler ma chatte, Sophie, oui drôle de nom, je sais.
Parfois elle était trempée mais tant pis je l'appelais et elle bondissait sur le mur, le longeait de tout son long et venait d'un bon sur le bord de ma fenêtre.
Je la laissais vadrouiller et venir me rejoindre dans mon lit, elle s'enfonçait au fond du lit contre mes pieds, et elle me tenait chaud. Le matin, je me réveillais, elle était juste là, sur le traversin collée à ma tête. Comme ces moments là me semblent si importants maintenant, c’est fou j'aimerai pouvoir la caresser, l'entendre ronronner.
Parfois je repense à ma grand-mère et elle me manque, je me dis que jamais elle ne m’aurait pas laissé partir dans cet hôpital, mais je sais que, non elle, elle aurait vu depuis longtemps que j'avais un problème.
J'étais petit, chétif, je n'arrêtais pas de courir, de faire du vélo et de me prendre pour les plus grands joueur de la planète.
Et voila le résultat, au fond de mon lit, je ne bouge plus et je crois que jamais je ne recommencerais à faire un sport, à rêver à tout cela.
Bientôt, je vais partir pour le Centre de Pen Bron, j'ai peur d'affronter cela et encore j'ai de la chance, on m'a promis que je serais dans la même chambre que Thierry.

Voila, demain je pars ; toutes les filles de salle, les infirmières viennent m'embrasser, me dire au revoir.
Quand je pense que j'ai pleuré en arrivant ici, je pleure à mon départ, c’est dingue, mais voilà durant le temps passé ici, je n'ai jamais été mal traité, je me suis fait gronder une fois, la fois où j'ai fait dans le bassin pour la première fois et que j'avais peur, mais bon c’est tout ce qui c’est passé de mal.
Donc, je tenais à dire une chose à tous les parents et enfants qui ont ou qui fréquenteront l'hôpital de Clocheville pour enfants à Tours, tout se passera bien.

Mon arrivée au Centre marin de Pen Bron

C’est le départ.
De Tours nous prenons la direction du Centre marin de Pen Bron et pour moi encore une nouvelle épreuve, la découverte d'un nouveau lieu, de nouvelles personnes, je dois faire avec, je dois composer et m'y faire.
La route, toujours la route, depuis tout gosse je suis malade en voiture, alors partir dans une ambulance la tête en arrière n'est pas fait pour arranger les choses.
Comme d'habitude je vais essayer pendant un très long moment de ne rien dire, de me retenir mais je ne tiendrais pas plus…
Une fois que la guerre est déclarée avec ce mal des transports, je ne peux plus me contrôler, ni me retenir, et là le calvaire commence, que ce soit pour moi ou pour ma mère assise à mes cotés à me tenir le haricot … Je n'ai qu'une hâte que l'on arrive enfin.
Je veux que cette ambulance arrive au plus vite, ce n'est pas tant que j'ai hâte d'arriver à Pen Bron mais c'est surtout pour ne plus ressentir ce mal être qui me donne un mal au coeur mais pourquoi au cœur.
Tout ce que je n'ai pas vu de la beauté du site en arrivant, je le découvrirais un peu plus tard, nous avons traversé la dernière ville avant le terminus…
Guérande, à travers le peu de vue possible des glaces de l'ambulance, j'ai découvert de magnifiques remparts mais très peu de tout ce que j'ai pu y découvrir par la suite.
Nous avons emprunté une petite route où nous avons longé des marais salants, traversé une magnifique forêt de pins et… là au bout de la route, sur la gauche nous avons pénétré dans un site immense.
Nous y voilà, nous sommes arrivés à Pen Bron.
Une façade magnifique, style château renaissance si je peux dire, un parc immense et vert s'étend juste devant ce bâtiment.
Juste derrière, je ne le vois pas encore mais je le découvrirais, l'océan oui l'océan…
Pen Bron est posé là juste là, près de l'océan, à quelques pas de l'océan, enfin pour moi, je crois que je ne peux à ce moment parler de quelques pas mais, ce qui est sur, c'est cet océan à portée de mes yeux d'enfant.
Je n'ai que dix ans.
L'océan, la seule et unique fois que je l'ai vu, je n’avais pas trois ans. Tout ce dont je me souviens, c’est une canadienne orange, là installée sur un terrain et devant, devant mes yeux l’océan…

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alexandre 13/10/2015 19:38

quelle dure épreuve pour un gamin de rester la jambe en l air comme ça Je me souviens de mon neveu qui a 22ans maintenant et qui a 8 ou 9 ans avait subi le meme sort Je pense qu il a oublié tout ça mais moi non car noel je l ai passe avec lui dans cette chambre a ne pouvoir rien faire alors j imagine pour toi L horreur oui mais petit on a une force inouie en soi et bravo

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